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Münchhausen par procuration : "Quand j'étais malade, ma mère m'aimait"

Qu'est-ce qui peut pousser une mère à rendre volontairement son enfant malade ? C'est ce que Delphine Paquereau, victime d'une mère atteinte du syndrome de Münchhausen par procuration, a voulu comprendre. Elle témoigne dans un ouvrage, "Câlins assassins". Nous l'avons rencontrée.

Mis encore récemment en lumière à travers les séries télévisées américaines Sharp Objects et The Act, le syndrome de Münchhausen par procuration fascine autant qu’il révulse. Difficile en effet d’imaginer que dans la vraie vie, des mères, souvent perçues comme dévouées et aimantes aux yeux de la société, soient en réalité les bourreaux de leurs propres enfants. “Cette forme extrême de maltraitance à enfant met en scène une mère induisant des symptômes chez ce dernier qu’elle amène devant le corps médical pour des explorations diagnostiques et thérapeutiques au détriment de l’enfant”, décrit le Dr Stéphanie Dauver. Leur but : obtenir une attention particulière de la part du corps médical et de l’entourage. Une douloureuse expérience vécue par Delphine Paquereau, 36 ans, qui raconte son histoire dans un ouvrage poignant, Câlins assassins (Éditions Max Milo).

Un rein contre un peu d’amour maternel

"Je lui ai fait cadeau de mon rein par amour". Nous sommes en 1991, Delphine Paquereau a huit ans, et à cause de coups-de-poing répétés portés par sa mère -avec la complicité de l’un de ses frères-, la petite fille vient de subir l’ablation d’un organe. Depuis l’âge de 4 ans, sa mère n’a de cesse de l’emmener consulter des médecins pour de soi-disant infections urinaires à répétition. Impuissante, elle subit cette femme décrite par beaucoup comme autoritaire et caractérielle. À qui l’on ne dit jamais non.
"Quand j’ai été prise dans son engrenage, je me rendais compte que tout n’était pas normal, nous confie-t-elle. Mais même si je trouvais parfois qu’elle exagérait et que je l’entendais mentir aux médecins, je n’avais aucune raison de remettre sa parole en doute. Elle ne ferait pas tout cela si elle ne m’aimait pas ? J’avais peur de la dénoncer et de la perdre."
C’est en cela que la mère atteinte du syndrome de Münchhausen par procuration puise toute sa force : ce lien de dépendance affective ambivalent qui pousse, en dépit d'eux-mêmes, les enfants victimes à devenir les complices de leurs génitrices. “Malgré tout ce que je subissais, je me raccrochais à elle. Quand je ‘jouais’ la malade, elle m’aimait, se remémore Delphine Paquereau. Je ne pense pas qu'elle aurait été jusqu’à me tuer. Ce qu’elle cherchait c’était à me garder pour elle, et pour y parvenir elle me fragilisait."

Seule contre tous

A l'époque, les consultations, examens et hospitalisations à répétition n’éveillent pas non plus les soupçons du corps médical. Du médecin de famille aux néphrologues en passant par les chirurgiens qui ont croisé la petite Delphine et s’échangent régulièrement des courriers durant de nombreuses années, aucun ne soupçonne la mère d’abus. "Dès qu’elle se sentait en danger, elle changeait de spécialiste. C’est grâce à ce ‘nomadisme’ qu’elle arrivait à passer entre les mailles du filet".
Et son père dans tout ça ? “Il a toujours été passif. Il lui faisait tellement confiance; pour lui c’était normal qu’elle s’occupe de ma santé.” Seule contre tous, elle passe plusieurs années de sa vie otage de cette mère toxique avec une peur de mourir omniprésente. "Je pensais que le seul rein qui me restait aller lâcher. Je craignais que personne ne s’en rende compte et que j’en meure". Autre conséquence malheureuse de son isolement : une scolarité et un début de vie professionnelle chaotiques dont elle garde encore aujourd’hui un goût amer. Sa liberté, elle commence à l’entrevoir vers la fin de l’adolescence, lorsqu’elle rencontre celui qui deviendra son futur mari et le père de ses deux enfants : “Il m’a permis de m’émanciper, de découvrir le monde, de sortir de ses griffes, de voir comment une famille fonctionnait ailleurs.”

De mère à grand-mère Münchhausen

Libérée physiquement de sa mère, Delphine ne l’est pas pour autant psychologiquement. C’est lorsqu’elle voit la relation que commencent à tisser sa propre fille, âgée de deux ans à l’époque, et sa mère, que l’enfance maltraitée de Delphine Paquereau commence peu à peu à resurgir. "Je sentais qu’elle était possessive avec elle, mentalement et physiquement. Par exemple, quand j’allais la récupérer chez elle, elle la tenait sur ses genoux, prostrée, emmitouflée dans une couverture. J’en arrivais à me dire qu’elle voulait me la ‘voler’ et qu’il fallait que je la protège." Déprimée sans vraiment savoir pour quelles raisons et de plus en plus alarmée par cette relation, Delphine Paquereau, enceinte alors de son deuxième enfant, entreprend de faire toute la lumière sur ce qui l’empêche de mener une vie pleinement heureuse et épanouie. "Je n’arrivais tout simplement pas à mettre des mots sur mes maux." Décidée à préserver son enfant, elle l’éloigne peu à peu de sa grand-mère, qui ne tarde pas à riposter en faisant appel à un juge.
Poussée par un instinct de préservation, l’enfant jadis victime de sa mère se rebelle et entreprend alors des recherches sur son passé médical. La jeune femme met alors à jour le lourd secret de famille et perce à jour sa mère. Un déclencheur qui lui permet de l’écarter définitivement de sa vie. "Avoir refoulé était un moyen de me protéger je pense, dit-elle avec le recul. Longtemps après découvert tout ça, je m’en suis voulue d’avoir été sa complice. J’en ai voulu à la petite fille que j’étais à l’époque et me suis demandée pourquoi je n’avais rien fait pour arrêter ça."

Un deuil familial

Son secret dévoilé, Delphine Paquereau peut alors le comprendre et se l’approprier, pour enfin se l’expliquer. Et guérir. "Une fois que j’ai compris et que j’ai accepté mon histoire, le fait que j’ai eu une enfance ‘de merde’, j’ai pu me reconstruire. Aujourd'hui, j’ai tout de même du mal à consulter un médecin quand je suis malade. Je me retrouve dans le corps de cette petite fille soumise qui se laisse faire et ne dit rien."
"En deuil de [sa] famille", Delphine ne voit plus ni ses deux frères ni son père. "Je ne leur en veux pas, c’est juste dommage pour eux qu’ils n’ouvrent pas les yeux", regrette-t-elle. Sa mère, quant à elle, "est toujours dans la colère et dans le déni. Elle ne se remet pas en question."
Avec son ouvrage, elle souhaite avant tout informer le public et, aussi étrange que cela puisse paraître, les médecins. "Certains m’ont dit qu’ils n’avaient pas étudié et connu ce genre de comportement. Ils peuvent se faire manipuler très facilement, la preuve. Je voulais donc les alerter sur ce trio mère-enfant-médecin pour que lorsqu’ils ont un doute, ils aillent chercher plus loin. Le syndrome de Münchhausen par procuration peut être dévastateur pour un enfant. Il faut que tous, nous soyons attentifs aux signaux. Des absences répétées à l’école, la jubilation d’une mère à l’évocation de son enfant malade, son manque criant de réelles inquiétudes sur son état de santé, ou encore sa propension à se faire plaindre doivent nous mettre la puce à l'oreille."
Delphine Paquereau vit désormais une vie plus paisible dans l'Ouest de la France, entourée de son mari et de ses enfants, à qui elle a d’ailleurs tenu à raconter son enfance malheureuse. "Cela fait partie de leur histoire, surtout celle de ma fille. Pour moi, c’est un moyen de les protéger et je sais par expérience que garder un secret de famille est mauvais. Pour évoluer dans des relations saines, il fallait qu’ils sachent."

Par Aurélie Sogny

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La presse

Münchhausen par procuration

Le spectacle Brundibar, à Brive, une arme de lutte massive contre la guerre et l'antisémitisme
Le spectacle Brundibar, parcours d'enfances juives, a conclu dans l'émotion la plus vibrante qui soit, mercredi soir à Allassac, un an de travail commun entre les lycées Cabanis, Danton et l'ensemble scolaire Edmond-Michelet. 

 

Après des mois de travail commun et approfondi, les élèves des lycées Cabanis, Simone-Veil (ex-Danton) et de la maîtrise de l'ensemble scolaire Edmond-Michelet se sont retrouvés sur la scène de la salle culturelle d'Allassac, mercredi soir, pour la première représentation du spectacle Brundibar, Brive-Terezin, parcours d'enfances juives.
Une dramatique histoire en toile de fond
Un spectacle théâtral et musical, mêlant vidéo et MAO, pour évoquer les destins particuliers de trois jeunes, Ludwig Scheucher (raflé à l'Ecole pratique de Brive en 1942), Helga Weissova (déportée à Terezin et auteure du Journal d'Helga) et Hanus Hachenburg (déporté à Auschwitz et qui écrira On a besoin d'un fantôme).

Ces destins, mêlés à ceux de tous les enfants pris dans la tourmente de la guerre et de la déportation. Pour les rassembler, l'opéra pour enfants Brundibar, créé par Hans Krasa dans le camp de Terezin avec des milliers de jeunes déportés.
Un hymne à la jeunesse et à la résistance
Entremêlant la jeunesse d'aujourd'hui, engagée dans le concours national de la résistance, et celle d'alors, le spectacle est le plus vibrant hymne à la vie et à la résistance. Un plaidoyer vigoureux contre le racisme, l'antisémitisme et la violence.

Un spectacle vécu "dans un état émotionnel très fort" par la marraine du projet Brundibar, Frania Haverland. "Les événements actuels nous inquiètent, nous les derniers déportés survivants, mais je veux rester optimiste et dire à la jeunesse qu'elle se lève pour résister contre ceux qui nous attirent vers tous les néants."

Sur le sujet : Les enfants de Terezin et le monstre à moustache, un livre d'Henriette Chardak (Max Milo Editions). Un livre à la rencontre d'Ela Stein Weissberger, rescapée du camp de Terezin, où elle fut déportée à 11 ans. Entre 1943 et 1944, elle a chanté l'opéra Brundibar ; elle incarnait le chat et fut l'une des rares survivantes du chœur.

Par Blandine Hutin-Mercier

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La presse

Brundibar, une arme contre la guerre et l’antisémitisme

Esclaves et migrants : il était une fois les Blancs
LE RENDEZ-VOUS DES IDÉES. Dans « Histoire des Blancs », l’Africaine-Américaine Nell Irvin Painter explore les constructions mentales qui, depuis l’Antiquité, ont forgé la « blanchité ».

Dès 1948 et son mythique Orphée noir, Jean-Paul Sartre a eu conscience du « privilège blanc », celui de « voir sans qu’on le voie » et de se penser comme point de référence. En attestent une grande partie des travaux d’anthropologues au XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle. Des hommes (la plupart du temps) et des femmes (plutôt rares) occidentaux écrivent sur les « autres ». Dans un contexte de domination coloniale et impériale né de la traite transatlantique, les Noirs sont des objets d’étude scientifique pour les Blancs.
Il aura fallu attendre les années 1990 pour que les chercheurs s’intéressent enfin à ceux qui habituellement regardent les autres, les Blancs, et que se développent les Whiteness Studies aux Etats-Unis, après la publication de The Wages of Whiteness : Race and the Making of the American Working Class, de David R. Roediger, en 1991, et de How the Irish Became White, de Noel Ignatiev, en 1995. Vingt-cinq ans plus tard, en 2010, l’historienne africaine-américaine Nell Irvin Painter publiait Histoire des Blancs, dont la traduction française vient de paraître aux éditions Max Milo.
Cette étude monumentale, fruit de deux décennies de recherches, tend à montrer comment la notion de race blanche s’est construite outre-Atlantique et comment elle puise dans une histoire qui remonte à l’Antiquité, à une époque où les races n’existaient pas et où il n’était pas question de Blancs et de Noirs. Ce qui importait alors, c’était là d’où venaient les hommes, la géographie, le climat. Pourquoi alors remonter aussi loin ? Pour comprendre d’où viennent les Saxons, dont se sont réclamés – et se réclament toujours – une partie des Américains blancs, ceux qui pendant longtemps se sont pensés comme étant les seuls véritables Américains et qui dominaient la société dans son ensemble. Mais aussi d’où viennent les Celtes. Ce qui permet, entre autres, de comprendre la discrimination dont ont été victimes les Irlandais.
La distinction entre Celtes et Gaulois, par exemple, dépend de la manière dont les Romains parlaient d’eux et des mots qu’ils employaient pour les désigner ; ce qui n’est pas sans rappeler la manière dont, beaucoup plus tard, les colonisateurs européens créeront par le langage et la volonté politique des ethnies en Afrique.

Un pan oublié de l’histoire mondiale
Nell Irvin Painter convoque tout un pan « oublié », dit-elle, de l’histoire mondiale : celui de l’esclavage des Blancs, qui a duré plus de deux mille ans et qui ne s’est terminé qu’avec la modernisation ottomane au début du XXe siècle. Cet esclavage-là est fondamental pour comprendre comment s’est construite la blanchité, notamment à travers son idéal de beauté.
« L’emploi de l’adjectif “caucasien” pour désigner les Blancs, écrit-elle, trouve son origine dans les idées de beauté qu’on associait à l’esclave blanc originaire de l’est de l’Europe, et la blanchité reste liée à des représentations de la beauté existantes dans l’histoire de l’art et la culture populaire. » En témoigne le succès des odalisques. C’est là l’un des paradoxes dont aime à se jouer l’histoire : à cause de l’ampleur inédite – et sans commune mesure avec les autres esclavages – de la traite négrière, on a fini par associer les Noirs à l’esclavage, les Blancs à la liberté, et le modèle blanc s’est imposé comme canon esthétique. Or cette beauté-là nous vient de celle des femmes esclaves d’Eurasie.
Comble de l’ironie, le terme de « Caucasien » servant à désigner les Blancs a été pensé à partir d’un crâne qu’a eu en sa possession le médecin, anthropologue et biologiste allemand Johann Friedrich Blumenbach (1752-1840) et qu’il trouvait parfaitement beau. Il semblerait que « la femme dont le crâne servit à désigner la race blanche ait été une esclave sexuelle à Moscou, comme des milliers de ses compatriotes en Russie et dans l’Empire ottoman ». Cette femme était une Géorgienne que les Russes avaient faite prisonnière et qui mourut d’une maladie vénérienne.
Au XIe siècle, Dublin est le plus grand marché d’esclaves d’Europe et un dixième de la population britannique est esclave – ce qui aura profondément marqué l’identité anglaise, dont l’hymne national déclame que « les Britanniques jamais ne seront des esclaves », justement parce qu’ils l’ont été. Patrick, saint patron de l’Irlande, a été au Ve siècle l’un d’entre eux. Les Vikings ont été des marchands d’esclaves de premier ordre et ont déplacé massivement des peuples, à un point tel que ces trafics « ont changé la face de l’Europe ».
« Avant le développement du trafic d’esclaves provenant d’Afrique au XVIIIe siècle, c’est entre la moitié et les deux tiers des tout premiers immigrés blancs des colonies anglaises du Nouveau Monde qui vinrent comme travailleurs forcés, soit de 300 000 à 400 000 personnes », explique Nell Irvin Painter. Ces chiffres peuvent paraître infimes comparés aux plus de 12 millions d’Africains déportés outre-Atlantique, mais ils montrent comment les Etats-Unis, dès le début, se sont construits sur l’esclavage et la privation de liberté.

Plusieurs races blanches hiérarchisées
Très vite, les esclaves associés aux travaux pénibles (Africains et Tartares) sont perçus comme laids ; ceux appréciés pour le sexe (essentiellement des femmes blanches du Caucase) incarnent un idéal de beauté qui perdurera après la disparition de cet esclavage. « Traite négrière et invention de la race sont concomitantes et s’imbriquent étroitement », précise Nell Irvin Painter au Monde Afrique.
Il faut attendre le milieu du XVIIIe siècle pour qu’on ne répartisse plus les hommes seulement en fonction de leur origine géographique. On met désormais l’accent sur la couleur de peau. Dès la fin du XVIIIe siècle, les Etats-Unis se construisent en accordant la citoyenneté à presque tous les hommes blancs. En sont exclus les femmes, les Indiens, les Asiatiques, les esclaves et les hommes libres d’origine africaine.
Au milieu du XIXe siècle, l’évolution est telle qu’être Américain signifie être un homme blanc anglo-saxon protestant (WASP). Car à cette époque, rappelle Nell Irvin Painter, on ne croit pas en une race blanche mais en plusieurs races blanches, qu’on hiérarchise. Race, classe, religion se mélangent et entrent en considération. Il y a souvent conflit de race là où il faut cacher un conflit de classe, observe l’historienne américaine. L’homme WASP domine. Les Irlandais, parce que considérés comme celtes et catholiques, sont persécutés et occupent les emplois précaires. Les Etats-Unis sont traversés par un anti-catholicisme sanglant. Considérés comme des « dégénérés » et comparés aux Noirs, les Irlandais pratiquent la discrimination raciale pour s’élever au-dessus de ces derniers.
Lorsque de nouvelles vagues d’immigrés débarquent à Ellis Island au XXe siècle, les Irlandais s’intègrent davantage à la société américaine. Sont alors considérés comme races blanches inférieures les juifs de Russie, les Européens de l’Est, les Polonais, les Italiens. Et ce jusqu’à la fin des années 1930, où « la perspective d’une guerre avec l’Etat raciste de l’Allemagne nazie élargit le concept d’Américain, si bien que les non-Blancs, en particulier les Noirs, commencent à se faire une place ».

Toute identité est une fiction
La grande force de cette Histoire des Blancs, extrêmement documentée et savante, est de montrer que pendant près de deux siècles ont cohabité deux systèmes raciaux aux Etats-Unis : « un pour les races d’Europe et les races “étrangères”, un pour la dichotomie noir/blanc ». Cette dernière « apparaît comme un élément social et non biologique, une construction sociale puissante qui permet aux Blancs de se considérer d’abord et avant tout comme des individus ». Un « privilège » qui constitue « l’identité de la race blanche » : « En même temps, de nombreuses autres caractéristiques – classe, région, sexe, âge, capacité physique et orientation sexuelle – ont un impact sur la façon dont se manifeste ce privilège. »
« La race est une façon de parler de relations de pouvoir », résume Nell Irvin Painter auprès du Monde Afrique. Des relations qui créent des clivages que l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche a renforcés : « J’ai écrit Histoire des Blancs sous Obama. Avant Trump, beaucoup de personnes blanches ne voyaient pas leur blanchité. Trump a changé cela. Depuis, poser la question blanche se confond avec la question du nationalisme blanc », poursuit l’auteure. Un nationalisme blanc dirigé contre les migrants et qui veut dresser un mur de séparation avec le Mexique, alors même que les Etats-Unis se sont construits dans la migration, tout comme les déplacements et les brassages de populations ont créé de nouveaux peuples constitutifs de l’Europe.
L’ancienne enseignante à Princeton démontre ainsi que toute identité est une fiction, une construction politique et idéologique, et qu’il ne saurait exister d’identité culturelle ou biologique pure. Elle rappelle par exemple qu’à son origine, le terme « Saxon » (dont se revendiquaient les pionniers blancs américains et dont se réclament encore les WASP) « ne désigne pas ceux qui peuplent l’Angleterre, mais des étrangers : des brigands qui sont originaires de l’Europe continentale – Scandinaves, Angles et Jutes, tous ceux qui pouvaient se livrer au pillage de la Bretagne romaine ».

Par Séverine Kodjo-Grandvaux

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La presse

Il était une fois les Blancs

« Les Enfants de Terezin et le Monstre à moustache » : le camp d’internement nazi, théâtre des enfants perdus.
Un documentaire revient sur le tournage d’un film de propagande dans lequel jouent de jeunes prisonniers « heureux ».
La désinformation n’a pas attendu l’ère numérique pour tromper le public. Passés maîtres en la matière, les responsables chargés de la propagande nazie ont réussi, dans la ville forteresse tchèque de Terezin transformée en camp d’internement (et dernière étape avant le voyage final vers Auschwitz), à faire croire que les hommes, femmes et enfants juifs rassemblés derrière les remparts y étaient bien traités.
Ce documentaire revient notamment, avec des archives filmées d’époque, sur le tournage d’un film de propagande destiné à rassurer l’opinion internationale. Grâce au témoignage d’Ela Stein-Weissberger, disparue le 30 mars 2018, ce film rend hommage aux quinze mille enfants juifs qui, comme Ela, connurent Terezin et dont seuls une centaine survivront aux camps de la mort. Le quotidien des enfants du camp, raconté par Ela mais aussi par Hanna, 16 ans à l’époque et survivante d’Auschwitz, fait la force de ce documentaire poignant.

Manipulation réussie
Dès novembre 1941, de nombreux artistes juifs avaient été regroupés à Terezin. Flairant le bon coup, les nazis décident, en 1943, de tourner un film baptisé Le Führer donne une ville aux juifs. La réalisation est confiée à Kurt Gerron, chansonnier juif berlinois très connu avant-guerre, et qui sera gazé à Auschwitz en 1944. Avant le tournage, les nazis font disparaître 7 500 détenus trop maigres et malades, afin de masquer les conditions effroyables du ghetto. Ela, âgée d’une quinzaine d’années, se retrouve sur scène et face caméra, en compagnie d’autres enfants, pour jouer Brundibar, un opéra dans lequel elle tient l’un des rôles principaux, celui du chat. Près d’elle, un vilain moustachu dont les enfants se moquent. Preuve, selon les nazis, que ces enfants chanteurs vivent normalement…
Autre manipulation réussie : celle de la visite rapide de Terezin, le 23 juin 1944, par une délégation composée de deux représentants danois de la Croix-Rouge et du jeune docteur suisse Maurice Rossel. En balisant la visite, en donnant généreusement à manger aux détenus pour l’occasion et en empêchant tout contact direct entre représentants de la Croix-Rouge et population du ghetto, les nazis obtiennent ce qu’ils veulent : faire croire au monde que les juifs ne sont pas maltraités. Dans son rapport, Rossel note : « La population est bien nourrie. Les enfants s’amusent et vont à l’école… » Ces mêmes enfants qui, dans les semaines suivantes, seront envoyés à Auschwitz.

Par Alain Constant

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La presse

Le théâtre des enfants perdus

Samedi, dans l'émission On n'est pas couché, l'animateur a affirmé avoir été victime de chantage de la part de l'attachée de presse du politique.
"Si vous annulez la venue de Madame Chamard, monsieur de Villiers viendra la semaine prochaine." C'est, selon Laurent Ruquier, ce qu'aurait affirmé l'attachée de presse de Philippe de Villiers, à la suite de l'invitation de Christine Chamard dans On n'est pas couché.

Le tort de la journaliste ? Être l'auteure de Puy du Fou, la grande trahison, aux éditions Voix d'alerte. Elle y décrit "un rêve fracassé". "Celui de bénévoles, propriétaires historiques du Puy du Fou, et qui se retrouvent dépossédés du fruit de quarante ans de dévouement et d'enthousiasme." Elle accuse en particulier Philippe de Villiers et son fils Nicolas, tous les deux fondateurs du parc à thème du Puy du Fou lancé en 1989, d'avoir traité "sans ménagement" "ceux qui se mettaient en travers de leur route, provoquant le départ de centaines de Puyfolais." On l'aura compris, il s'agit d'un livre à charge, donc.
"Faux", répond à L'Express l'attachée de presse concernée
Samedi, donc, dans On n'est pas couché, Laurent Ruquier a dévoilé, une fois n'est pas coutume, les coulisses des tractations entre lui et l'attachée de presse du politique, qui a sorti récemment un livre d'histoire controversé (dont L'Express a notamment parlé ici) intitulé J'ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu.

"Il n'a jamais accepté de venir ici depuis des années. Mais là bizarrement, il a dit, si vous annulez l'invitation de Madame Chamard, il viendra la semaine prochaine. Mais comme je ne le crois pas, je me suis dit qu'on allait garder Madame Chamard", a plaisanté Laurent Ruquier.

Une méthode des plus particulières que conteste toutefois l'attachée de presse de Philippe de Villiers, que L'Express a réussi à joindre par SMS. "C'est faux", nous indique-t-elle, affirmant que tous deux étaient déjà passés "à autre chose", et que ni Philippe de Villiers ni elle ne réagiraient à ces accusations.

 

Par Audrey Kucinskas

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Chantage ?

Puy du Fou, un livre qui fait polémique
Ancienne bénévole du Puy du Fou, la journaliste Christine Chamard a démissionné en 2010 avec d'autres après l'éviction de Bruno Retailleau, metteur en scène de la Cinéscénie, et vice-président du Conseil général de Vendée.
Dix ans après, elle revient sur cette histoire dans un livre au titre accrocheur : « Puy du Fou, la grande trahison » (Max Milo Editions).
Elle a recueilli le témoignage de 60 bénévoles qui comme elle ont rendu leur carte et qui ont pour point commun d'avoir la rancune tenace envers Philippe de Villiers, le créateur du Puy du Fou, et son fils Nicolas, aujourd'hui président du parc à thème.
« Je n'ai pas de comptes à régler, ni avec le Puy du Fou, ni avec Philippe de Villiers, J'ai voulu prendre le recul nécessaire pour laisser une trace écrite », assure-t-elle.
Elle conteste par ailleurs la nouvelle gouvernance via un montage juridique, qui, selon elle, avantage la famille De Villiers au détriment des bénévoles historiques. « C'est un livre poubelle et dérisoire parce qu'il traite de sujets qui ont 10 ans, 15 ans, 20 ans. Il cherche à profiter de la notoriété du Puy du Fou », lui répond Nicolas de Villiers qui a « porté plaine pour diffamation parce que ce livre porte atteinte à notre réputation et notre honneur. »
« Mon père et moi-même qui écrivons les scénarios, nous avons fait don de nos droits d'auteur, sur lesquels nous n'avons jamais perçu aucun centime, à l'association Puy du Fou stratégie », se défend le fils du fondateur du Puy du Fou.

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Puy du Fou, la polémique

Pour un livre consacré à la saga du Puy du Fou où elle a été bénévole pendant des années, l’ancienne journaliste Christine Chamard a trempé sa plume dans une encre au vitriol pour raconter, témoignages à l’appui, les désillusions d’un rêve qu’elle dit "fracassé et confisqué".
C‘est ce qui s’appelle écorner une légende, briser la loi du silence. Dans son livre enquête qui fait grand bruit, Christine Chamard n’y va pas de main morte, et le titre annonce d’emblée la couleur à forte teneur en désillusions : Puy du Fou, La grande trahison. Diantre !

Si vous n’avez pas encore entendu parler de ce livre, que d’aucuns considèrent comme un brûlot, c’est que le Puy du Fou est pour vous d’un intérêt tout relatif. En effet, l’auteure multiplie les rencontres depuis plusieurs semaines et une diffusion ciblée, sous plis fermés, a précédé la sortie officielle de l’ouvrage dont les médias nationaux se sont emparés avec délectation. Christine Chamard a passé l’après-midi du samedi 27 avril en dédicaces à la librairie Agora, à La Roche-sur-Yon. Le 6 avril, elle était à l’émission de Laurent Ruquier (On n’est pas couché) sur France 2 et l’animateur a affirmé, à l’antenne, que l’attaché de presse de Philippe de Villiers a tenté de faire pression pour annuler cette participation : « Si vous annulez la venue de Madame Chamard, Monsieur de Villiers viendra la semaine prochaine… » « Il n’a jamais accepté de venir ici depuis des années », expliqua l’animateur, ajoutant : « Comme je ne le crois pas, je me suis dit : on va garder Madame Chamard… » À l’instar des lecteurs intéressés, les téléspectateurs n’ont pas été déçus.

De déceptions et de désillusions, il est abondamment question dans ce livre sujet à polémiques. « Comme tout est vrai, étayé sur des témoignages nombreux, des documents incontestables, sur le fond, mon enquête dûment sourcée est inattaquable quant à son contenu qui démonte et dénonce un mécanisme d’appropriation », plaide l’auteure qui évoque une action engagée en justice : une plainte qu’elle juge « périphérique ». Il s’agit d’une plainte pour diffamation, visant deux personnes : notre consœur Marie Coq, en sa qualité de directrice de la publication du Sans-Culotte 85, « cousin vendéen » du Canard enchaîné, qui a eu la primeur de l’information et révélait dans un article publié en février dernier la sortie alors imminente de La grande trahison ; « quant à moi, précise Christine Chamard, je suis attaquée en justice car étant considérée comme directrice de publication de ma page Facebook où j’ai partagé ledit article. » Elle affiche la sérénité de qui estime être de bonne foi et surtout dans son droit garanti par la liberté d’informer sans sortir des rails dûment fixés par la loi.

Ancienne journaliste, Christine Chamard a travaillé pour la presse parisienne, comme son mari, Michel, qui a été rédacteur en chef adjoint et chef du service politique du Figaro. L’épouse a quant à elle travaillé pour l’hebdomadaire Valeurs actuelles. Installée en Vendée avec sa famille depuis 1993, elle a travaillé dans la presse régionale et, surtout, été bénévole au Puy du Fou pendant une vingtaine d’années. « Jamais, confie-t-elle dans les premières pages de son livre, nous n’aurions imaginé devenir un jour puyfolais, mais nous le deviendrons tous les six en 1994. Notre vie était à Paris. C’est à la naissance de notre dernier enfant que nous avons commencé à envisager la possibilité de partir vivre en province. Trop compliquée, la vie au cœur de la capitale avec quatre enfants en bas âge… Philippe de Villiers a tout de suite compris où était son intérêt. C’est une chose qu’on ne peut pas lui retirer : il a toujours su bien s’entourer. Le profil de Michel l’intéressait. Nous avions, depuis notre première visite au Puy du Fou, tissé des relations amicales avec lui. Il venait très régulièrement dîner dans notre appartement proche du Forum des Halles et nous avions pris l’habitude d’organiser à la maison en son honneur des rencontres informelles avec certains confrères de nos amis, ravis de profiter le temps d’une soirée de ses formules assassines et de ses imitations du personnel politique… »
Dédié aux bénévoles
Les époux Chamard sont donc du sérail et ont longtemps compté parmi les proches de l’ancien président du Département. L’ancien journaliste du Figaro est devenu en 1993 « son conseiller culturel et sa plume ». L’année où la famille a quitté Paris pour s’installer dans le bocage vendéen, à La Verrie, à quelques encablures du Puy du Fou. Michel Chamard, qui assure aujourd’hui des cours à l’Institut catholique d’études supérieures (Ices) si cher au cœur de Philippe de Villiers, siégeait au Comité directeur du Puy du Fou ès qualités en tant que directeur de la rédaction du Puyfolais, journal interne de l’association éponyme. Son épouse ne tarit pas d’éloges dédiés au Puy du Fou dont le couple avait découvert la Cinéscénie, spectacle emblématique, en 1984. « C’est en Vendée que j’ai fait mon voyage de noces, écrit Christine Chamard. J’ai aimé ce pays avant d’y être installée. Assister pour la première fois à la Cinéscénie fut pour nous un véritable choc, un éblouissement, au point d’être toujours revenus au Puy du Fou au moins une fois par an, de 1984 à 1993. La beauté du spectacle, l’enthousiasme des bénévoles qui incarnaient sur scène leur propre histoire, la richesse des voix qui s’élevaient dans la nuit : tout nous subjuguait. »

C’est à ces bénévoles, les Puyfolais, qu’elle dédie son livre – « pour qu’ils sachent »… Elle met les mots sur les non-dits, donnant la parole à des bénévoles « qui ne l’ont jamais eue et qui ont quitté le Puy du Fou en 2010 pour ne plus cautionner ce qui s’y passait ». Pour les besoins de son livre, histoire d’un rêve fracassé, Christine Chamard en a rencontré une centaine. Elle a sélectionné soixante témoignages. Ses interlocuteurs s’expriment à visage découvert et à cœur ouvert, racontant avec passion « leur » Puy du Fou, celui des Puyfolais qui formaient une grande famille et qui croyaient qu’ils et elles y étaient chez eux. La déception et les désillusions n’en seront que plus fortes.

Dans son livre, Christine Chamard s’en fait l’écho. C’est le premier livre « non autorisé » consacré au Puy du Fou. Il écorne la légende, construite avec une remarquable maîtrise des rouages de la communication et un savoir-faire indéniable dans ce domaine. L’auteure se défend de toute intention à régler des comptes. « Qui aime bien châtie bien », affirme l’adage. Elle châtie avec l’application de la journaliste qui a pris le temps d’une enquête au long cours à laquelle elle a consacré une dizaine d’années, s’attachant à construire ce qu’elle considère comme la vraie histoire du Puy du Fou, en hommage aux bénévoles, ses « vrais propriétaires, qui se retrouvent dépossédés du fruit de quarante ans de dévouement et d’enthousiasme au profit d’une seule famille » (sic). « Mon Puy du Fou n’existe plus, celui que j’ai tant aimé, chéri au plus profond de mon cœur », déplore en préface l’ancien maire des Épesses, Jean-Marie Delahaye. Président du Puy du Fou de 1978 à 2004, il a comme Christine Chamard l’amertume de qui a aimé passionnément et se retrouve à parler de « confiance trahie » – celle de bénévoles qui estiment être « dépouillés de leur héritage dans le cadre d’une stratégie mûrement réfléchie ». Christine Chamard leur dédie son livre. Par devoir de mémoire.

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La presse

De la légende aux désillusions

Lanceuse d’alerte: «à partir du moment où on dit la vérité, on doit être exécuté»
Il ne fait pas bon être lanceur d’alerte aujourd’hui. Geoffrey Livolsi et Mathias Destal auditionnés le 14 mai par la DGSI, Julian Assange dans une geôle londonienne depuis le 11 avril et Stéphanie Gibaud qui a tout perdu dans son combat contre l’évasion fiscale qui transitait par UBS. Entretien avec cette «survivante».
«Harcèlement, placardisation, isolement, licenciement, précarité»: voici le quotidien d'une lanceuse d'alerte. Son nom: Stéphanie Gibaud.
Les faits: en 2008, la hiérarchie d'UBS lui demande de détruire des documents après une perquisition. Elle refuse et dénonce l'évasion fiscale massive qu'elle a sous les yeux. En février 2019, le géant bancaire était condamné à une amende de 4,5 milliards d'euros pour «démarchage bancaire illégal» et «blanchiment aggravé de fraude fiscale». Licenciée en 2012 de la firme suisse, la spécialiste de l'événementiel se consacre désormais à la lutte contre l'évasion fiscale.

Sputnik a voulu en savoir plus sur cette femme qui se retrouve propulsée n ° 2 de la liste de Nicolas Dupont-Aignan aux Européennes. Le rapport? Mme Gibaud prévient immédiatement, la politique politicienne, ce n'est pas son truc. Elle, son truc, c'est le dossier de l'évasion fiscale, ce pourquoi elle se bat avec ténacité depuis une douzaine d'années. Pourquoi donc avoir choisi la droite souverainiste pour porter une lutte souvent connotée à gauche?

«Je suis proche de Nicolas Dupont-Aignan parce que c'est le seul homme politique qui soit venu vers moi en 2014 […] Je lui ai expliqué que non seulement j'avais dénoncé chez UBS en interne, j'avais porté plainte contre UBS, mais que Bercy, via des fonctionnaires assermentés de leurs équipes, m'avaient demandé pendant plus d'une année, alors que j'étais toujours cadre de la banque, de sortir des informations confidentielles appartenant au serveur de mon ex-employeur. [Une démarche, ndlr] qui m'a mise en risque absolu, mais qui permet de dire à M. Sapin quelques années plus tard que ça représente quelques 20.000 comptes offshore à hauteur de 12 milliards d'euros, ce qui n'est pas rien. Mais vous avez un État qui vous abandonne, un État du coup de gauche. […] Ça a emporté ma vie de cadre, de salariée, de mère de famille, de femme tout court, qui m'a expulsé de Paris quelque part, puisque n'ayant plus de revenus, je ne pouvais plus payer mon appartement. Vous vous retrouvez toute seule et le petit nombre de personnes qui viennent vers vous, intègres et honnêtes, sont immédiatement stigmatisées.»

Elle prend ainsi l'exemple de personnalités de gauche qui n'ont pas marqué les esprits pour leur implication contre la fraude fiscale, de Jerome Cahuzac et ses comptes en Suisse à Pierre Moscovici, qui a enlevé Jersey et les Bermudes de la liste noire des paradis fiscaux. Les débats sur l'optimisation et l'évasion fiscale appartiennent selon elle à tous les citoyens:

«On parle d'intégrité, d'éthique et d'honnêteté. Et l'éthique et l'intégrité n'appartiennent pas aux extrêmes, pas au centre, elles appartiennent à tout le monde.»

Elle mène donc un combat de citoyen, vent debout contre l'Union européenne, qu'elle accuse de favoriser à outrance les paradis fiscaux dans le monde et surtout en son sein. Et c'est là où elle rejoint Debout la France et son projet d'Europe des nations.

«Il y a toujours ces paradis fiscaux au sein de l'Europe, la question de l'Irlande par exemple, des Pays-Bas, du Luxembourg, mais aussi de Malte et de Chypre. Rien n'est réglé et année après année, on a ce qu'on appelle les Leaks, les Panama Papers, les Paradise Papers, les Malta Files, les Football Leaks, et que rien ne change. On a beaucoup de paroles et on a peu d'actes. On a des gens qui sont payés pour parler, et qui disent que c'est compliqué.»

Elle n'y va pas avec le dos de la cuillère concernant le sort des lanceurs d'alerte, dont elle fait partie et dont elle retrace leur combat dans le livre paru en 2017, La traque des lanceurs d'alerte (Éd. Max Milo). Le plus connu d'entre eux, c'est évidemment Julian Assange, le fondateur australien de WikiLeaks, qui risque l'extradition aux États-Unis et qui a rédigé la préface de l'ouvrage de Stéphanie Gibaud.

«À partir du moment où on dit la vérité, on doit être exécuté […] La chose positive, c'est que WikiLeaks continue, malgré les six ans et demi à l'ambassade d'Équateur à Londres, et maintenant l'emprisonnement d'Assange depuis un mois, on voit que les consciences partout en Amérique du Sud, en Europe, en Australie, en Nouvelle-Zélande, même aux États-Unis et en Angleterre, sont en train de s'éveiller, de dire il y a un véritable problème: pourquoi on n'a pas accès à l'information, pourquoi est-ce que l'information est autant verrouillée dans ces pays d'Europe occidentale et aux États-Unis qui se disent les premières démocraties de la planète?»

Comment alors protéger les lanceurs d'alerte? Les lois en vigueur ne sont-elles pas suffisantes? La loi Sapin 2 adoptée en 2016 reconnaissait ainsi officiellement le statut de lanceur d'alerte, suivie en mars 2019 par la Commission européenne. Est-ce suffisant? La lanceuse d'alerte détaille ses préconisations. Pour elle, l'alerte doit être lancée sur trois niveaux, les syndicats, l'inspection du travail ainsi que la création de lignes externes:

«Les élus en entreprise doivent avoir le courage de défendre l'intérêt des collaborateurs et de leur entreprise en même temps, c'est eux qui doivent porter le dossier. Deuxièmement, il y a l'inspection du travail, qui a un rôle plus important. Et puis troisièmement, on avait aussi proposé à ce qu'il ait des lignes externes, des lignes sécurisées, où il n'y ait pas d'interférence possible de l'entreprise à partir du moment où le collaborateur envoie un mail ou passe un coup de fil.»

Mais comment a-t-elle décidé de passer de cadre dans la communication d'UBS à lanceuse d'alerte, licenciée en 2012 et depuis au chômage?

«Moi, si je n'avais pas dénoncé cette histoire d'UBS, je serais probablement partie un matin avec les menottes devant mes enfants, que j'aurais dû laisser en pyjama dans l'appartement, j'aurais certainement été mise en examen, j'aurais peut-être été écrouée. Donc en fait, vous êtes coincée.
C'est un système qui est très bien pour que tout perdure. D'un côté, on fait passer des lois, bravo, tout le monde ne fait pas ça, mais qu'en est-il des cas concrets? Dans mon livre, il y a 50 cas différents, des PME, des banques, des laboratoires pharmaceutiques, et quel que soit le cas, on arrive à la même situation, harcèlement, placardisation, isolement, licenciement, précarité, des procédures en justice qui n'en terminent pas, des lois qui passent, mais qui ne nous sont pas applicables.»

 

Par Jean-Baptiste Mendès

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Entretien avec une lanceuse d’alerte
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