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Nombre d’intellectuels français ont fait, depuis une vingtaine d’années, les frais du chantage à l’antisémitisme. Mais aucun sans doute n’en a été victime aussi longtemps et aussi violemment que Pascal Boniface. D’où l’intérêt de son témoignage, sobrement intitulé "Antisémite".

Par les temps qui courent, défendre la politique israélienne n’a rien d’aisé. Plus Benyamin Netanyahou et ses alliés-rivaux, Naftali Bennett et Avigdor Lieberman notamment, se radicalisent, et plus ils s’isolent au plan international. Pour justifier la colonisation galopante, les projets d’annexion, la répression contre les Palestiniens, le blocus de Gaza, il faut des trésors de mauvaise foi.

C’est pourquoi les propagandistes – ceux de Tel-Aviv comme leurs relais à Paris – recourent plus que jamais au chantage à l’antisémitisme. Le raisonnement est simple : à défaut d’arguments favorables à l’action des dirigeants israéliens, on tente de délégitimer quiconque les critique. Toute mise en cause de la politique d’Israël est présentée comme antijuive. Et, a fortiori, tout antisioniste se voit traiter d’antisémite.

Nombre d’intellectuels français ont fait, depuis une vingtaine d’années, les frais de ce terrorisme. Mais aucun sans doute n’en a été victime aussi longtemps et aussi violemment que Pascal Boniface, depuis qu’il eut en 2001 le malheur de rédiger une note destinée à la direction du Parti socialiste, dont il était alors membre, pour critiquer la timidité de celui-ci sur le Proche-Orient.

Et pourtant, comme il l’écrit, dans une vie de recherche, « pas une ligne, pas un mot, pas une phrase ne peuvent pourtant permettre de corroborer l’accusation d’antisémitisme. Aucune plainte pour ce motif devant aucun tribunal, alors que la législation française est certainement la plus sévère au monde ».

D’où l’intérêt de son dernier livre, sobrement intitulé Antisémite [1] : c’est un témoignage vivant, dont chaque élément est daté et sourcé, sur les pressions, diffamations, insultes et manœuvres en tous genres auxquelles une poignée d’inconditionnels d’Israël se sont livré afin de le priver de tous ses moyens d’expression. Avec succès, malheureusement, s’agissant des chroniques qu’il assurait dans des journaux régionaux et qui lui ont été retirées sous la pression. Sans succès, heureusement, s’agissant de la direction de l’Institut de recherches internationales et stratégiques (IRIS), dont tout a pourtant été tenté pour l’évincer.

La victoire, car c’en est une, de Pascal Boniface se teinte néanmoins d’amertume. Car, à défaut de le faire taire, ses accusateurs ont réussi à éloigner de lui nombre de ses amis juifs. Certes, le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) n’encarte qu’une minorité de Juifs de France. Mais cette minorité sert d’otage au gouvernement le plus nationaliste de l’histoire d’Israël, via les dirigeants communautaires français et leurs « intellectuels organiques ».

La palme revient, comme souvent, à Manuel Valls : lui qui, en 2002, avait apporté son appui à Pascal Boniface, s’efforce encore et toujours d’obtenir que les autorités cessent toute subvention à l’IRIS. C’est sans doute pourquoi l’ancien Premier ministre se trouvait hier aux Folies Bergères : « Être Charlie, tweetait-il, c’est accepter le débat, la critique, l’esprit de contestation. »

[1] Max Milo éditeur, Paris, 18 euros.

 

France-Palestine.org

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La presse

Lire Pascal Boniface

Alors que le festival rennais Caméras rebelles met en avant les lanceurs d'alerte, l'une d'entre eux, Stéphanie Gibaud, raconte le quotidien de ceux qui sacrifient tout pour informer le public.
Témoignage

Sa ligne de téléphone vient d'être coupée. Juste après la parution de son deuxième livre. Stéphanie Gibaud ne croit plus aux coïncidences. Plus depuis ce matin de 2008, quand tout a basculé. « J'étais responsable marketing communication à UBS (banque de gestion de fortune), se remémore l'auteure. Ma supérieure hiérarchique est entrée paniquée dans mon bureau. Elle m'a dit qu'une perquisition était en cours dans le bureau du directeur général. Elle m'a donné l'ordre d'effacer des données de mon disque dur et de détruire des fichiers papiers. J'ai refusé. »

Stéphanie Gibaud découvre alors qu'UBS démarche illégalement des clients en France, pour les inciter à créer des comptes offshore en Suisse. « J'ai décidé de tirer la sonnette d'alarme en interne. » La machine s'emballe et Stéphanie met en lumière un vaste système d'évasion fiscale.

Elle devient une lanceuse d'alerte. En quittant UBS, en 2012, elle « tient à peine debout ». « Je pensais que la justice me réparerait... »

Son histoire, Stéphanie Gibaud l'a tant racontée qu'elle préfère aujourd'hui la survoler. « Mon premier livre, La femme qui en savait trop, je l'ai écrit pour mes enfants. Les paroles s'envolent, les écrits restent. »

« Je suis devenue transparente »

Presque dix ans après le début de cette affaire, Stéphanie Gibaud est sans emploi. « J'ai envoyé plus de 1 000 CV, mais je n'ai eu aucune réponse. Je suis devenue transparente. »

Alors, elle écrit. Elle vient de publier son second ouvrage : La traque des lanceurs d'alerte, préfacé par Julian Assange. Elle raconte, cette fois, l'histoire des autres. Celle de tous ces lanceurs d'alerte, passés comme elle « sous un rouleau compresseur ». En leur donnant la parole, elle bouscule et interroge : « Que sont devenues nos démocraties ? »

Voilà dix ans qu'elle est en colère. En colère d'avoir été abandonnée par « ce pays des droits de l'homme où les informations sont bien mieux protégées que les citoyens ».

Mais alors quelles solutions ? Stéphanie Gibaud ne veut pas de compassion. « Des solutions il y en a. » Et elle les présente dans son livre. « Ça commence par le bon sens. Comme faire des achats éthiques. Acheter au juste prix. Avant d'être citoyens, nous sommes acteurs. À chaque fois que l'on dépense 1 €, il faut se demander dans la poche de qui ça va. » Avec cet ouvrage, elle espère « rendre les gens responsables en éveillant les consciences ».

Enfin le vent tourne. Stéphanie le sent. La loi Sapin II entre en vigueur en janvier. Elle prévoit la protection et l'anonymat des lanceurs d'alertes : « On va pouvoir construire, avec cette loi. Elle montre l'exemple. » Elle regrette qu'elle ne soit pas rétroactive : « Les lanceurs dont je parle, ils y ont laissé leur vie. »

Et lorsqu'on lui demande si elle a des regrets, Stéphanie Gibaud soupire. « On ne peut pas vivre dans le passé. Mais je ne voulais pas être complice de ça. Jamais je n'aurais imaginé que ça prendrait cette tournure. » Avant de conclure : « Mais il y a une seule vérité et elle émerge toujours. »

La traque des lanceurs d'alerte, Max Milo Editions. 19,90 €

 

Ouest France

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La presse

Stéphanie Gibaud écrit pour les lanceurs d’alerte

Lanceurs d'alertes : comment ils ont osé sacrifier leur carrière

Harcelés, licenciés… les lanceurs d’alerte paient souvent leur choix au prix fort. A partir de janvier, un nouveau statut devrait garantir leur protection.

Depuis qu’il a expliqué, dans une vidéo, avoir déversé de l’acide dans une décharge à ciel ouvert de Moselle pour le compte d’ArcelorMittal, en juin dernier, le chauffeur intérimaire n’a pas été réembauché… Le lanceur d’alerte, qui s’est pourtant bien gardé de révéler son identité, “ne retrouve plus de boulot”. Selon lui, il est blacklisté, et toutes les portes se ferment devant lui. “J’aurais dû me taire et continuer ma vie, a-t-il fini par déclarer sur France Info. Mes enfants en ont pâti, mon couple en a pris un coup.”

De fait, s’ils sont célébrés comme des héros des temps modernes par la presse et les réseaux sociaux, les lanceurs d’alerte (whistleblowers en anglais) paient souvent très cher tout signalement d’actes illicites ou dangereux touchant à l’intérêt général. “Nous sommes devenus les parias de la société”, écrit ainsi Stéphanie Gibaud dans son dernier livre, La Traque des lanceurs d’alerte (éd. Max Milo), préfacé par Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks.
Sur écoute
Cette ex-responsable du marketing événementiel France de la banque UBS sait de quoi elle parle. Tout commence pour elle à l’été 2008, quand elle refuse de détruire un listing de clients impliqués dans une affaire de fraude fiscale. Elle est alors mise à l’écart et privée de tout rôle opérationnel. Son employeur va jusqu’à la placer sur écoute et pirater son ordinateur. Une situation de harcèlement moral confirmée en 2015 par le conseil de prud’hommes de Paris, qui a condamné UBS à lui verser 30.000 euros de dommages et intérêts.
Combat cannibale
Résultat de cette méfiance des dirigeants : en sept ans, Stéphanie Gibaud n’a pas retrouvé le moindre poste en adéquation avec sa carrière longue de vingt-six années. Elle a envoyé plus d’un millier de CV, n’a reçu aucune réponse. “Je suis présente sur LinkedIn, Twitter et Facebook. N’importe quel chasseur de têtes peut me contacter, explique-t-elle. Silence total…” Comme si elle avait été rayée de la carte. Depuis trois ans, elle survit avec 450 euros de RSA par mois, en sus de ce que lui rapporte son premier livre, La Femme qui en savait vraiment trop (éd. Le Cherche midi). Elle confie aujourd’hui avoir “fait le deuil” d’un CDI. “Je suis punie pour avoir fait connaître la vérité.”

Stéphanie Gibaud : licenciée d’UBS
2008 : responsable du marketing événementiel de la banque UBS France depuis 1999, elle dénonce des mécanismes d’évasion fiscale pour les clients français. 2012 : elle est licenciée.
Aujourd’hui : en recherche d’emploi, elle vit avec les minima sociaux.

CE QUE DIT LA LOI SAPIN 2 : UN DISPOSITIF BIEN CADRÉ
Le statut du lanceur d’alerte a été défini par la loi Sapin 2. A partir du 1er janvier 2018, les entreprises de plus de 50 salariés devront créer un dispositif interne pour recueillir les signalements de faits touchant à l’intérêt général. Chaque entité sera chargée d’établir les modalités à suivre par les lanceurs d’alerte et de désigner un référent pour recueillir les faits. Personne physique ou morale, interne ou externe à la société, celui-ci sera tenu à la confidentialité. Les entreprises devront en outre assurer une communication suffisante sur cette procédure, y compris à l’adresse des collaborateurs extérieurs et occasionnels.

Capital.fr

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La presse

Comment les lanceurs d’alerte ont sacrifié leur carrière

A peine sorti, "Antisémite", le nouveau livre de Pascal Boniface, boycotté par les médias, fait déjà un carton. "Mon dernier ouvrage devient difficile à trouver en librairie, le premier tirage - 3000 exemplaires - étant pratiquement épuisé. Une réimpression de 3000 exemplaires est en cours", confirme le fondateur de l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). 

Une belle performance pour un livre sorti il y a seulement quatre petits jours, le 11 janvier dernier donc, aux éditions Max Milo et qui a été blacklisté par l'ensemble des médias traditionnels.

Si on exclut le blog personnel de Dominique Vidal et le site du Courrier de l'Atlas, aucun autre journaliste n'a pris le temps d'écrire sur cet ouvrage.

Étonnant quand on pense à la bonne couverture médiatique qu'ont obtenu les autres livres de Pascal Boniface, un intellectuel reconnu.

"Antisémite" dévoile avec intelligence et sans complotisme les rouages du "chantage à l'antisémitisme", utilisés trop souvent pour disqualifier toutes celles et tous ceux qui osent dénoncer l'occupation israélienne en Palestine.

Voilà maintenant quinze ans que Pascal Boniface subit sans relâche les foudres du lobby pro-israélien qui l'accuse sans la moindre preuve d'être un antisémite. Il a enfin décidé de tout raconter.

Et il semblerait que son livre, à défaut de susciter de l'intérêt pour les journalistes, intéresse énormément les lecteurs...

Nadir Dendoune

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La presse

Des faits, rien que des faits

Elle a 38 ans quand un banal rendez-vous chez la gynéco la propulse dans un monde jusque-là inconnu, celui du cancer du sein. Ancienne attachée de presse dans la mode, Marjorie Jacquet raconte sans pathos dans un très bel ouvrage* la perte de la féminité, de la libido et comment ce qui faisait jusque-là son quotidien - bosser à fond, enchaîner les rencontres, sortir - peut se fracasser en moins d’une journée. Elle dit la vie, aussi, et son message est si contemporain qu’il va parler à toutes. Interview.
* « Les cheveux dont je rêvais », éd. Max Milo

Marjorie Jacquet : « quand on a vécu une chimio, on est vraiment prête à prendre des risques dans la vie »

ELLE.fr. Tout d’abord, comment allez-vous ?
Marjorie Jacquet. Plus les mois passent et plus j’avance vers l’espoir d’une guérison définitive, donc je vais de mieux en mieux. La première année après le cancer est très difficile. On vit toujours dans la peur de la rechute. Je me disais aussi : "Si je ne vais plus à l’hôpital, est-ce que je ne vais pas mourir ?" Il faut comprendre que pendant le traitement, on est vraiment dans la lutte, le combat, et tout d’un coup on nous dit "voilà, merci, c’est fini, vous pouvez reprendre le cours de votre vie", et cela fait comme un grand vide quand on doit retourner au travail. Nous-même, on est complètement métamorphosée et puis les choses aussi se sont organisées sans vous au bureau. Il faut reprendre sa place et ce n’est pas évident.

ELLE.fr. Le retour au travail, on en parle trop peu souvent. Pour beaucoup de femmes qui ont eu un cancer, l’entourage professionnel perd parfois de sa bienveillance ?
Marjorie Jacquet. Pour moi, ça ne s’est pas très bien passé. Pendant trois mois, j’ai ressenti de la bienveillance mais on attend ensuite de vous que vous repreniez le rythme d’avant. Ma boss m’a ainsi reprochée de me plaindre d’être fatiguée. On est quand même très fatiguée après un an de traitement, même en reprenant à mi-temps thérapeutique, c’est difficile. Et puis, au bout de quelques mois, on va en rendez-vous à la Sécu qui nous annonce que maintenant, il faut reprendre à temps complet, que vous soyez prête ou pas prête ! C’est vrai aussi que personnellement, je ne me sentais plus à ma place, j’avais d’autres envies, d’autres attentes. Le cancer c’est horrible, certes, mais j’ai aussi découvert la liberté. J’étais employée depuis 16 ans et quand il a fallu retourner au bureau avec des horaires, des comptes à rendre, je me sentais en prison. Je n’avais plus envie d’être salariée mais de monter ma boîte. On se sent hyper puissante, quand on a vécu une chimio, on est vraiment prête à prendre des risques dans la vie.

« J’ai vraiment fait exploser ma zone de confort. »

ELLE.fr. Dans votre livre, vous vous agacez de tous ceux qui, lorsqu’ils apprennent que vous avez un cancer, vous parlent de cette injonction à « changer de vie ». Et finalement, c’est ce que vous avez fait…
Marjorie Jacquet. C’est vrai que ça m’agaçait : tout le monde me disait : « Mais après, tu verras, ce sera bien, tu vas enfin changer de vie, ça fait 16 ans que t’es dans la même boîte, etc." Mais à cette époque-là, je ne voulais pas changer de vie ! Aujourd’hui, j’ai encore quelques missions de relations presse en lifestyle, mais en free-lance. Je travaille à mon rythme, si j’ai envie de bosser la nuit, je bosse la nuit… Je n’avais plus envie qu’on décide pour moi, d’avoir une boss, je me sentais complètement étouffée. Peut-être que j’avais en moi cette envie mais le cancer a été un élément déclencheur, un révélateur. Finalement, les gens ont raison : on ne peut pas reprendre sa vie comme on l’a laissée. Aujourd’hui, je vis entre Paris et le Maroc. Je vais chiner des tapis berbères dans des endroits complètement improbables, et par exemple je vais les exposer lors d’un pop-up début octobre dans le Marais. J’aime bien l’idée d’avoir une vie un peu bohème, je n’ai plus aucun attachement à mon appartement, j’ai vraiment fait exploser ma zone de confort, j’ai redéfini un cadre de vie complètement différent, je n’ai plus peur de la précarité, je me dis que je vais toujours m’en sortir. Peut-être que c’est un peu de la folie mais c’est comme ça. J’ai 1 000 idées, 1 000 projets. J’adorerais avoir un ryad en gérance donc je cherche. J’ai beaucoup aimé écrire aussi, pourquoi pas un roman ?

ELLE.fr. On a l’impression de vous voir « grandir » au fil des pages ? Vous avez écrit ce récit au fur et à mesure du traitement ?
Marjorie Jacquet. Quand je suis tombée malade, j’avais une grande angoisse : comment je vais exploiter tout ce temps libre ? Je savais que j’allais rester un an alitée et j’étais très angoissée à l’idée de ne rien faire. Donc au début, j’ai lu, j’ai regardé des séries. Et puis, une amie m’a offert un livre de développement personnel qui s’appelle « Le pouvoir de l’intention ». L’idée ? Si on a un objectif et qu’on se dit qu’on va y arriver, on y arrive ! Je voulais me sentir utile, je pensais à mes amis qui travaillaient et je me disais je vais leur préparer à dîner, leur faire des tupperware, j’avais des idées un peu folles comme ça de cuisine ! Et puis, j’ai eu une mucite qui a été très difficile durant ma chimio : c’est une inflammation, des ulcérations dans la bouche. C’est bizarre mais j’ai donc eu l’idée d’écrire quand je ne pouvais plus ni parler ni manger. J’étais à la moitié de ma chimio quand j’ai décidé que j’allais écrire un livre et de le sortir ! J’ai choisi le titre tout de suite, la couverture aussi - j’étais fan des dessins de Delphine Cauly qui avait fait toute l’imagerie des Brigitte. J’étais assez déterminée ! J’ai raconté ce qui s’était passé les précédents mois puis j’ai écrit au fur et à mesure. Et, oui, j’ai grandi dans le sens où j’ai perdu ce côté un peu insouciant, un peu léger que je pouvais avoir. C’est une nouvelle version de moi…

« Je vous attends demain à 17h dans mon bureau. »

ELLE.fr. Racontez-nous cette annonce chez la gynéco.
Marjorie Jacquet. Je ne m’y attendais pas du tout. J’étais allée chez la gynéco trois ou quatre mois avant pour un simple examen de contrôle. J’avais demandé à reprendre la pilule, elle m’avait dit : "oui mais vous avez 38 ans, on peut faire une mammo… ou pas." Sa réaction quand elle m’a fait la palpation des seins ? "Je sens peut-être quelque chose mais je ne suis pas sûre, on n'a qu’à faire une mammo". Mais elle ne m’a pas dit d’y aller tout de suite donc je m’en suis occupée quelques mois après. Mon oncologue m’a expliqué ensuite que j’avais une tumeur non palpable. Je pense que ma gynéco a eu une intuition... Elle m’a sauvée la vie ! Nous étions alors en mai, j’ai attendu très longtemps les résultats de cette biopsie à cause des jours fériés, je n’avais pas de nouvelles et un jour, j’ai reçu un SMS : "je vous attends demain à 17h dans mon bureau". J’étais terrorisée. J’ai très mal dormi et quand je me suis réveillée, il faisait beau. C’était un vendredi, le 13 juin 2014. La date, on ne l’oublie jamais… J’ai mis des talons, une jolie robe. C’était la première fois que je la portais d’ailleurs, je ne l’ai jamais remise mais elle est toujours au fond d’un placard (rires). Quand je suis rentrée dans son bureau, la gynécologue avait un air très solennel et m’a dit d’un bloc : "j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer, vous avez un cancer du sein". J’ai eu l’impression que ma vie m’échappait complètement. J’ai senti aussi que plus rien ne serait comme avant, j’avais basculé. Après, j’ai le souvenir qu’elle me parle en chinois, un peu comme si j’avais fait médecine ! "Carcinome canalaire infiltrant machin…" : je ne comprends rien du tout, "grade 3", je ne savais pas du tout combien il y en avait - en fait, il y en a 4 - et elle m’annonce que je vais avoir de la chimiothérapie. Evidemment, je connaissais le mot, mais je me suis rendue compte que je n’avais aucune idée de ce que c’était : des piqures ? Des médicaments ? Tout ce que je savais, c’est que ça rendait chauve. Elle m’a a alors demandé si j’avais des questions. « Est-ce que je vais perdre mes cheveux ? » C’est la première chose que je lui ai demandé.

ELLE.fr. La perte de vos cheveux, le fil conducteur de votre livre… Racontez-nous comment vos amis se sont mobilisés pour vous offrir une perruque réalisée par John Nollet, le coiffeur des stars.
Marjorie Jacquet. Je pleurais tellement à l’idée de perdre mes cheveux… Mes amis le voyaient, je n’arrêtais pas d’en parler et c’est vraiment devenu une obsession. Je passais mes nuits à lire sur Internet des témoignages de femmes qui racontaient comment elles avaient perdu leurs cheveux. J’ai regardé où j’allais pouvoir trouver une perruque et je trouvais tout affreux : que des coupes de vieilles, des perruques en synthétique… Sur Instagram, en France, on ne parle pas trop de son cancer - voire on le cache - mais aux Etats-Unis on trouve plein de photos de femmes qui sont chauves. J’ai aussi vu un reportage à la télé où une femme avait réuni ses copines chez elle et elles arrivaient toutes avec le crâne rasé ! J’avais trouvé ça incroyable et j’en avais parlé à mon amie Anne-Cha. Je ne lui demandais pas du tout de faire ça (rires) mais ça m’avait interpellée. Elle a cherché comment m’aider avec son mec Matthieu : ils étaient très amis avec Aurélie des Brigitte et c’est comme ça que s’est venu. Les Brigitte portaient une perruque à l’époque et Mathieu a demandé à Aurélie qui leur avait fait : c’était John Nollet. J’ai eu de la chance d’avoir des amis dans un milieu assez privilégié… Ils m’ont pris rendez-vous avec John Nollet et quand il m’a reçue, il m’a posé cette question : "quels sont les cheveux dont vous avez toujours rêvé ? (Le titre du livre : "Les cheveux dont je rêvais", NLDR) ? C’était tellement bizarre : quand je suis allée au rendez-vous, j’avais encore mes cheveux... J’aimais bien la perruque qu’avaient les Brigitte, je voulais quelque chose de féminin, très sexy, donc il m’a fait une perruque un peu semblable mais avec une coupe un peu plus floue, plus longue, avec une frange. J’y allais une fois par mois pour nettoyer ma perruque, et c’est toujours John Nollet qui m’a reçue, même quand il était avec des clientes sans doute plus importantes que moi ! Il a toujours pris du temps pour moi, c’est vraiment quelqu’un de bienveillant. Et c’était assez drôle pour moi de passer de l’hôpital au parc Hyatt !

ELLE.fr. Quand vous portez cette perruque, vous écrivez que vous vous sentez êtes belle et invincible ?
Marjorie Jacquet. Il faut savoir qu’avec le traitement, on n’a plus de libido, plus de cheveux, plus de cils et de sourcils non plus donc aucune expression sur le visage. On se sent redevenir une fillette : on a plus de poils nulle part. On se sent hyper vulnérable en fait, mais c’est vrai que quand je mettais ma perruque, je me maquillais, je mettais des talons puis on allait dîner. J’ai fait des photos parfois que j’envoyais à mes copines, des avant/après, c’est hallucinant ! On vit quand même dans une société où les critères esthétiques sont très sévères, et particulièrement dans le milieu où je travaillais, dans la mode. Je ne vais pas dire que ça a été plus dur pour moi que pour une autre femme, mais toute la journée je voyais des filles minces comme des allumettes avec des cheveux jusqu’en bas des reins et je pense que j’ai eu beaucoup de mal à accepter cette dégradation physique.

« A ce moment-là, on se dit : qu’est-ce qui me reste de féminin ? »

ELLE.fr. Il y autre chose dans votre livre, dont on ne parle pas assez. La chimio provoque une ménopause chimique et se pose alors la question de la congélation des ovocytes. Tout d’un coup, vous devez sérieusement y réfléchir alors qu’à ce moment-là faire un enfant, vous n’y pensiez pas ?
Marjorie Jacquet. Pas du tout ! Lors du rendez-vous chez l’oncologue, on sent qu’ils n’ont pas de temps à perdre et tout d’un coup, elle me sort : « Evidemment, vous allez être ménopausée et stérile". Et là, je fais quoi ? J’apprends alors qu’il y a un grand spécialiste, le professeur Grynberg, qui ne soigne que les femmes en chimio, car en France c’est le seul cas où on peut faire congeler ses ovocytes. Je l’ai appelé en sortant et il m’a reçu dès le lendemain. C’est vrai que je n’avais pas spécialement envie d’avoir un enfant mais j’ai pensé que, peut-être, après le cancer, je changerais d’avis, donc j’ai préféré congeler mes ovocytes plutôt que de regretter. A ce moment-là, on se dit : qu’est-ce qui me reste de féminin ? J’ai un cancer du sein, un cathéter, plus de cheveux, plus de libido, plus de désir, j’ai plus mes règles, je peux plus avoir d’enfant…

ELLE.fr. Cette féminité, vous vouliez la choyer, ne pas la lâcher, la préserver ?
Marjorie Jacquet. J’ai essayé mais malheureusement, on la perd. Et j’ai mis du temps à la retrouver. Auparavant, j’étais toujours dans la séduction, je cherchais à plaire aux garçons. Aujourd’hui, je cherche encore à me mettre en valeur mais désormais, c’est pour moi. Quand j’étais malade, je portais ma perruque chez moi, même quand j’étais toute seule. Et quand mes cheveux ont repoussé, je n’aimais pas du tout cette coupe de garçon manqué, donc je préférais mettre ma perruque ! Je suis toujours aussi féminine qu’avant, voire plus, et même peut-être un peu féministe aussi. J’ai peu de respect pour les garçons par rapport à l’attitude qu’ils ont pu avoir quand j’étais malade… et puis quand j’étais à l’hôpital, j’ai découvert qu’il y avait beaucoup d’hommes qui s’en allaient, qui quittaient leurs femmes, leurs compagnes… Donc les femmes avaient en plus de devoir gérer un cancer devaient gérer une rupture.

« Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à toutes les femmes qui sont en chimio. »

ELLE.fr. Un message à passer aux lectrices ?
Marjorie Jacquet. Le message c’est que, malheureusement, le cancer du sein concerne toutes les femmes. 1 femme sur 8, c’est un chiffre énorme donc il faut avoir ça en tête évidemment, sans vivre dans la peur ou l’angoisse, mais il faut allez chez sa gynéco, faire des mammos, surtout ne pas prendre ça à la légère ! Pour les lectrices qui sont malades, et je pense qu’il y en aura, il n’y a pas un jour où je ne pense pas à toutes les femmes qui sont en chimio… Je me dis qu’avec toutes ces femmes qui doivent être comme moi, ça doit faire une énergie féminine hyper forte à envoyer à toutes celles qui sont en chimio. Et puis aussi, je leur conseille de se trouver un centre d’intérêt, de s’occuper l’esprit pour ne pas rester comme ça à attendre, sans rien faire. Je pense que si je n’avais pas écrit, je me serais étouffée avec ma colère.

ELLE.fr. Ce livre était aussi un exutoire ?
Marjorie Jacquet. Bien sûr ! Je me demandais "pourquoi moi je suis tombée malade ?", "qu’est-ce que j’ai fait de mal ?" Je ne voulais pas écrire un livre anxyogène car le cancer est déjà très anxyogène, je l’ai découvert quand je suis tombée malade : je l’entendais dans les voix, je l’ai vu dans les regards et ça m’angoissait parfois plus de voir la peur dans les yeux de mes proches que mon cancer en lui-même. Ce qui est très difficile quand on est malade c’est de voir que le monde continue à avancer, mais sans vous. J’avais l’impression d’être sur le banc de touche. Avant, je n’étais jamais toute seule, j’étais dehors tous les soirs et je n’aurais jamais eu le courage de quitter mes amis… Et quand je suis tombée malade, j’ai découvert le calme, la sérénité. Je me suis vraiment reconnectée avec moi-même.

Emilie Poyard - Elle.fr

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La presse

Les cheveux dont elle rêvait

Et contre l’angoisse, docteur ? Contre l’angoisse, écoutez et rêvez. C’est en substance la réponse de Max Dorra dans un nouvel essai, Angoisse. Le double secret. L’homme est un professeur, un clinicien qui se dit versé dans la « médecine d’écoute ». Tout est personnel dans ce livre – comme dans les précédents –, le ton, le contenu, les schémas qui ponctuent la réflexion. Membre du comité de rédaction de Chimères, la revue fondée par Gilles Deleuze et Felix Guattari, Max Dorra convoque Freud mais aussi Proust, Spinoza et Eisenstein.

Elle nous est précieuse plus qu’elle n’est odieuse.

L’angoisse, alors ? Elle s’agrippe, elle maltraite, elle transperce, mais elle est aussi parfaitement banale, attestant la « force d’exister », courageux combat contre la « stase désespérée de la déprime ». Elle nous est précieuse plus qu’elle n’est odieuse. De cette première partie qui diagnostique on retient l’idée centrale que la source de cette pesante étreinte se trouve dans un « enchevêtrement retors » : « La crainte d’être rejeté si nous n’acceptons pas le rôle qu’un groupe nous destine. Et, dans le même temps, la perte de notre regard, l’insupportable resserrement des possibles que cette soumission réveille. » L’angoisse jaillit quand le regard de l’autre ou son attente à notre égard nous fait revivre un événement traumatique, menaçant : « Ce que cache l’angoisse, c’est un morceau d’enfance mal oublié, du passé déguisé en futur. » Quand le jeu social nous mine, quand il nous accule, le temps est soudainement aboli et il nous désaxe.

Il faut alors parvenir à identifier le montage réducteur (et ravageur) qui nous fait vaciller et, pire, revivre sans fin ce vacillement. L’angoisse recule à la condition d’en repérer le « double...

 

 

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La presse

Max Dorra désenchevêtre l’angoisse
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