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 Comment Paul Kagame peut compter sur la presse française

 
Après s’être assuré de l’impunité des juridictions internationales, le Front patriotique rwandais (FPR) a réussi, aidé entre autres par l’activisme de ses relais parisiens, à torpiller les procédures engagées sur le territoire français.

Au terme d’une enquête de « plusieurs mois », Mediapart annonçait le 24 juillet dernier avoir débusqué Aloys Ntiwiragabo, chef des renseignements militaires au Rwanda jusqu’au mois de juillet 1994, et présenté par le patron du site Edwy Plenel comme un « pilier du génocide des Tutsi ». Confondre ce « génocidaire » présumé n’a pas été simple, racontent nos fins limiers, tant « son passé de maître espion et de chef d’une organisation clandestine (1) contraint à redoubler de discrétion et de prudence. ».
Suite aux révélations de Mediapart, qui soupçonne la France d’avoir accordé sa bienveillante protection à celui que des « rescapés » anonymes surnomment le « Eichmann rwandais », le parquet national antiterroriste ouvrait dans la foulée une enquête préliminaire pour « crimes contre l’humanité », tandis que Kigali exigeait quelques semaines plus tard l’arrestation et l’extradition d’Aloys Ntiwiragabo. En réalité, présumé innocent, et ne faisant l’objet d’aucun mandat d’arrêt, ni en France ni à l’international, ce dernier ne vivait absolument pas caché. Loin des règles élémentaires de « discrétion et de prudence », le « maître espion » s’est payé le luxe de publier un livre en 2018 (2). Et même d’envoyer le 17 octobre de la même année un courrier au juge d’instruction Jean-Marc Herbaut, alors en charge de l’instruction de l'attentat du 6 avril 1994 contre le Falcon 50 du président Juvénal Habyarimana, avec copie à l’avocat d’une des parties civiles, Maître Philippe Meillac. En tête de ce courrier, Aloys Ntiwiragabo y précisait son adresse exacte – numéro d’étage et d’appartement inclus – sans oublier son mail, ses téléphones fixe et portable…

Écran de fumée
Mais pour le régime de Paul Kagame, Aloys Ntiwiragabo n’est pas qu’un « génocidaire » présumé. Il est aussi un opposant politique doublé d’un témoin gênant dans une affaire judiciaire qui l’embarrasse au plus au point, celle de l’assassinat du président Habyarimana, considéré comme le déclencheur du génocide de 1994. Et la menace judiciaire plane encore : après une ordonnance de non-lieu sur l’attentat, rendue en juillet, le dossier demeure susceptible d’être renvoyé en cassation.
Dans l’agenda de Kigali, les procédures lancées en France comme à l’étranger contre les génocidaires hutu agissent comme un puissant écran de fumée pour masquer les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par le Front patriotique rwandais (FPR) depuis le déclenchement de la guerre civile en 1990.

Soutien de Washington
Grâce au soutien diplomatique décisif de Washington et de son ambassadeur itinérant Pierre-Richard Prosper, Paul Kagame est d’abord parvenu à empêcher le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), alors dirigé par la procureure suisse Carla Del Ponte, de respecter son mandat initial (3) pour se concentrer sur les seules exactions perpétrées par des éléments de l’armée hutu, le gouvernement intérimaire au pouvoir pendant le génocide et les milices Interahamwe. Lors d’un colloque organisé au Sénat à Paris en avril 2014, Carla Del Ponte avait détaillé les menues manœuvres de Kigali pour l’évincer de son poste, torpiller son « bureau des enquêtes spéciales » dédié aux crimes du FPR. Elle avait témoigné aussi de la fureur d’un Paul Kagame engagé dans la protection inconditionnelle de ses troupes, tout en rejetant sur les « Français » la responsabilité politique du génocide commis contre les Tutsi.
En dépit des alternances politiques en France depuis juillet 1994, date de la prise de pouvoir par le FPR, ce dernier persiste à se dire victime d’un vaste complot ourdi par Paris. A l’occasion d’un entretien accordé le 29 octobre 2017 à RFI, Le Monde, et TV5, la chef de la diplomatie rwandaise Louise Mushikiwabo s’indignait de la lenteur de l’instruction judiciaire consacrée à l’attentat du 6 avril, une enquête menée sous l’influence de « certains responsables (français) qui étaient les soutiens d’un régime qui a commis un génocide, et qui essaient depuis vingt-trois ans de cacher leurs traces, de brouiller les pistes.» Avant de contester toute indépendance à la justice française : « Comme par hasard, quand les relations politiques étaient bonnes (sous Nicolas Sarkozy), la justice avançait bien (4). Ce n’est pas de la justice, c’est de la politique ».

Coopération judiciaire
Après la parenthèse François Hollande, jugée décevante par Kigali, Emmanuel Macron n’a pas ménagé sa peine pour plaire à nouveau à un Rwanda jugé incontournable pour peser dans la région des Grands Lacs. D’abord en soutenant Louise Mushikiwabo – pourtant membre d’un gouvernement qui a remplacé l’apprentissage scolaire du français par l’anglais – à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie, puis en s’engageant à améliorer la coopération judiciaire entre les deux pays.
Une entente pour le moins problématique, tant le Rwanda méprise les droits les plus élémentaires des accusés et se voit régulièrement mis à l’index par les organisations de défense des droits de l’homme pour des actes de torture, des assassinats d’opposants, et par l’utilisation massive de faux témoignages.
Par ignorance ou complaisance avec la dictature rwandaise, la presse française recourt parfois sans ciller à ce dernier procédé, comme l’illustre l’enquête de Mediapart consacrée à Aloys Ntiwiragabo. Laquelle cite l’inévitable Valérie Bemeriki, animatrice à la Radio Télévisée des Mille Collines (RTLM) pendant le génocide.

Faux témoins
« Le Rwanda n’a jamais renoncé au recours à de faux témoins, voire à l’invention de preuves invraisemblables », explique par exemple l’universitaire André Guichaoua (5), à propos de l’éventuel procès de Félicien Kabuga, un autre génocidaire présumé arrêté en France le 16 mai dernier. « On peut se demander si (les autorités rwandaises oseront) faire témoigner Valérie Bemeriki. Condamnée à perpétuité au Rwanda, elle est devenue le témoin obligé des autorités dans de nombreuses procédures, malgré le rejet de l’intégralité de son témoignage, qualifié de « déplorable » par les juges du TPIR dans le procès des médias » (6).
Quant autres sources de Mediapart dans le dossier Aloys, qu’il s’agisse du journaliste-militant pro-FPR Jean-François Dupaquier, lequel a la double nationalité ou du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), assumant pour sa part de travailler main dans la main avec le parquet rwandais, elles réclament toutes le transfert du « pilier du génocide » à Kigali. Comme si le régime de Paul Kagame demeurait un Etat de droit…. Le 14 septembre dernier, le héros du film « Hôtel Rwanda » Paul Rusesabagina, célébré dans le monde entier pour avoir sauvé plus de 1.000 Tutsi réfugiés dans l’hôtel des 1.000 collines de Kigali, était inculpé pour « terrorisme, meurtre et financement de rébellion » par un tribunal de la capitale rwandaise.
Human Rights Watch (HRW), qui pointe régulièrement les enlèvements et autres assassinats d’opposants au régime de Paul Kagame, hutu et tutsi confondus, a dénoncé une « disparition forcée », l’homme s’étant mystérieusement volatilisé de Dubaï pour réapparaître, menottes aux poignets et exhibé devant les caméras à Kigali. « Le Rwanda a un passif établi de recours à des méthodes illégales, secrètes, pour viser ceux perçus comme des menaces pour le parti au pouvoir », déclare Lewis Mudge, directeur de HRW pour l’Afrique centrale ». Sans surprise, Paul Kagamé – qui a l’habitude de se féliciter publiquement de la mort de ses opposants - a mollement démenti le rapt, en laissant simplement entendre que Paul Rusebagina pouvait avoir été trompé sur sa destination finale.
(1) Aloys Ntiwiragabo a participé à la création des FDLR, un groupe armé hutu basé en République Démocratique du Congo accusé de crimes de guerre
(2) Rwanda : le mal de la région des Grands Lacs, de la guerre d’octobre 1990 au génocide des réfugiés 1996-2002. Editions Scribe.
(3) Le TPIR devait examiner tous les crimes commis au Rwanda du 1er janvier au 31 décembre 1994, quel qu’en soit l’auteur
(4) L’ex-patron de la droite française, après son élection à la magistrature suprême en 2007, avait effectivement amorcé un spectaculaire rapprochement avec le Rwanda de Paul Kagame, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner.
(5) Rwanda : les enjeux du procès de Félicien Kabuga, The Conversation, 30 août 2020
(6) Valérie Bemeriki avait notamment témoigné dans le procès du TPIR qui avait abouti à la condamnation de Ferdinand Nahimana, présenté comme « l’idéologue » du génocide contre les Tutsi.

Par Etienne Cassagne, publié le 18/09/2020

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La presse

Génocide au Rwanda

La France des caïds : l’homme qui fabriquait du cash

Gérald Pandelon publie "La France des caïds" aux éditions Max Milo. Dans ce récit palpitant, l'auteur met en évidence la toute-puissance des grands bandits sur les milieux économiques, sociaux et politiques en France. Pour la première fois, un avocat nous raconte de l'intérieur la face cachée du crime.
 

À la Castellane, Adir fait partie de ceux dont on peut dire :

— Tout le monde le connaît.

Non qu’il soit le big boss, ni même l’un des véritables caïds de l’énorme cité. En revanche, il est à la fois un rouage essentiel du business et un original. Bref, un personnage aussi incontournable que singulier.

L’un ne va pas sans l’autre. Si Adir est aussi connu, c’est en partie parce qu’il détone dans son environnement. La remarque est même un euphémisme. Diplômé de Sup de Co, il a un master 2 en finances. Il parle couramment anglais, complément indispensable à l’idiome des chiffres ; mais il se débrouille aussi très bien en allemand, car il a travaillé à Francfort. Plutôt cultivé, il est cérébré, comme j’aime à dire pour synthétiser ce genre de personnage en les distinguant de certains décérébrés que l’on croise parfois dans les affaires pénales. À ses heures jamais perdues, l’hurluberlu adore boursicoter. En bref, il a le savoir (théorique) et la connaissance (qui associe la théorie et la pratique).

Dès lors, rien d’étonnant à ce que cet enfant des tours soit le rouage pécuniaire sans lequel le mécanisme du narcobanditisme de sa cité serait grippé. En effet, Adir fait le lien entre des personnes qui ont besoin d’un crédit ou de cash, et les prêteurs privés potentiels. En d’autres termes, il trouve un débouché juteux aux tombereaux de billets qui encombrent les gros voyous. Il maîtrise les codes des caïds et des notables. Il comprend les enjeux des professionnels qui se plaignent des impôts ou des exigences farfelues des banques ; et il sait quel parti en tirer.

Prenons un exemple.

Lorsque, à Marseille, un chirurgien-dentiste réputé s’estime spolié par les taxes qu’il doit régler, il s’adresse à Adir qui, lui connaît des gens susceptibles de disposer de grosses sommes en espèces. Le dentiste dispose d’une solide trésorerie en chèques, et veut la transformer en sonnantes et trébuchantes. À Adir, il remettra donc des chèques que les clients n’ont pas libellés à son nom (« ne vous inquiétez pas, ma secrétaire remplira l’ordre ») en trois échéances. Avec les caïds qui fournissent les espèces, Adir partagera un taux d’intérêt de 30 %.

À une époque où les banquiers qualifient leurs taux d’« historiquement bas », le coût de la transaction peut sembler usurier. En réalité, comme on l’a esquissé pour André, il n’est rien en regard des 70 % de charges et impôts dont le praticien devrait s’acquitter, in fine, s’il déclarait ses propres revenus. Faisons les comptes pour comprendre dans quelles circonstances une commission de 30 %, a priori exorbitante, peut paraître alléchante.

Supposons au contraire que le dentiste a accumulé 140 000 € en chèques. S’il les déclare bien sagement, il payera 70 % de charges et impôts, et il lui restera 42 000 €. Sur ces 42 000 €, une fois réglés les impôts, sa marge nette bénéficiaire sera, peu ou prou, de 30 000 €. Pour les plus anciens d’entre nous, disons que, sur le quasi million de francs qu’il a gagné, il en gardera deux cents mille.

Supposons que le dentiste trouve que la pastille est dure à avaler et qu’il décide de devenir manière de gredin. Au lieu d’encaisser lui-même les chèques et de déclarer ces sommes, il les remettra à un intermédiaire. Celui-ci lui versera 100 000 € en espèces. Ainsi, le dentiste aura, certes, versé 40 000 € aux caïds et spolié l’État de 110 000 €, mais il aura fait plus que tripler son gain.

La conclusion de cette histoire, c’est que, avec les cités, les professions libérales augmentent leur taux de marge de 333 %. Or, d’autres trafics permettent aux praticiens avisés de récupérer des espèces. Ainsi, dans un monde où l’argent liquide se réduit, d’autres intermédiaires peuvent aller acheter des euros au Maroc et, sur leur taux de change informel, récupèrent 20 % de la transaction. Juteux, n’est-il pas ?

Voilà pourquoi, pour nos édiles, il est hors de question de juguler le trafic dans les cités. D’un côté, les trafics qui s’y pratiquent sont producteurs de lien social. De l’autre, ils rendent des services aux notables, puisque la profusion de cash permet à de nombreux contribuables de ruser pour doper leur taux de marge face à un État gourmand et à des banques excessivement frileuses. Pour le formuler de manière à peine provocatrice, les cités desserrent l’étau et font baisser les taux.

Dans ce jeu de dupes du blanchiment, un seul lésé : l’État. Et pourtant, celui-ci n’y voit que du feu.

D’une part parce que ça l’arrange – non pas d’être grugé, mais de laisser pérenniser des trafics qui, aussi surprenant que cela puisse sembler, vu de l’extérieur, assurent une forme de paix sociale. D’autre part parce que les dentistes blanchisseurs et leurs confrères sont des malins. Supposons que l’un d’entre eux réalise ordinairement un chiffre d’affaires annuel d’un million d’euros. L’année où il atteint 1,2 million d’euros, il peut tenter une culbute sur les 20 % supplémentaires en lavant l’argent des stupéfiants. Même calcul : si l’honnête homme déclare aux impôts 1,2 million d’euros, il gagnera peu ou prou 250 000 € ; si le filou déclare 1 million d’euros, comme de coutume, et s’arrange avec Adir pour les 200 000 € supplémentaires, il engrangera 330 000 €. 80 000 € de différence, ce n’est pas négligeable.

Cependant, pour les caïds, la remise d’espèces n’est qu’une première étape dans le blanchiment de leur cash. Leur défi est de réinjecter de l’argent dans ce que certains appellent, curieusement, l’économie réelle. En effet, ils font encaisser les chèques par des prête-noms et s’achètent ainsi, sous couverture, des parts dans des sociétés – parfois plusieurs dizaines, et pas toujours des très petites entreprises (TPE). Notons que les caïds (et les dentistes, mais évidemment pas qu’eux) ne sont pas les seuls à flouer l’État. Le principe qui finance en partie les cités est vieux comme les impôts ! Le black est le nerf de l’économie, qu’on le déplore ou non. Ainsi du restaurateur spécialisé dans l’événementiel, du cocktail d’entreprise au mariage. S’il réclame 10 000 € pour une soirée, il sait qu’il lui restera in fine autour de 2500 €. Si un particulier lui propose de payer 7 500 € en espèces, le bénéfice réel du commerçant a triplé. L’astuce ne peut être utilisée à chaque prestation mais, quand on y recourt avec une judicieuse parcimonie, elle améliore substantiellement la vie des entrepreneurs.

Quel rapport avec les caïds ? Il est simple. La cité n’invente pas le black. Elle en profite et en fait le nerf de sa guerre économique. Le nœud gordien, là où tout se joue, la clef de compréhension des cités, cela ne tient qu’en deux mots-clés, deux hashtags, deux summums de la gruge : le cash et la fraude. L’État peut feindre de vouloir s’attaquer à l’économie souterraine en fermant la vanne des espèces, il n’est pas au niveau des trafiquants qui disposent de moyens considérables et d’appuis dans toutes les sphères de la société.

Certains politiques n’interviennent pas car l’argent leur permet de contourner le plafonnement des dépenses électorales et d’acheter la paix sociale.

La police n’intervient pas car, quand elle ne croque pas elle-même, elle n’a aucun intérêt à susciter un embrasement local qui deviendrait incontrôlable et susciterait l’ire des donneurs d’ordre qui sont toujours politiques.

En définitive, il est urgent de ne rien faire : les gens puissants comme les affidés des criminels s’y retrouvent, des trafiquants aux habitants abandonnés par l’État et les villes, en passant par les élus et les grands bourgeois.

Néanmoins, bien qu’il ait beaucoup de points communs avec ceux qui trafiquent dans les cités et en dépit des sommes colossales qu’il brasse, Adir n’est ni un petit ni un gros caïd. Il est plutôt un chef d’entreprise immergé dans le monde impitoyable des cités comme un caméléon aux dents plus longues que la langue. Qu’importe son sulfureux fumet de ressortissant notoire de la Castellane ! Son côté « homme d’affaires » le rend fréquentable aux yeux des notables quand ils ont besoin de fraîche. Avec eux, et comme de très nombreux intermédiaires de son acabit, il négocie les primes, les taux d’intérêt et les détails pratiques pour la remise des espèces. Que rien ne cloche, que chacun s’y retrouve et que le business se développe, voilà son travail.

S’il n’y a pas de sot métier, force est de reconnaître que celui-ci ne manque pas d’astuce…

 

Avec Gérald Pandelon

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La presse

du crime

Jacques Baud publie "Gouverner par les Fake News" aux éditions Max Milo. L'auteur passe en revue les principaux conflits contemporains, gérés par les pays occidentaux à coups de fake news, ces trente dernières années.

Syrie : comment l’Occident a tenté de remettre en cause la légitimité du président Bachar Al-Assad
"Le  président Bachar al-Assad est illégitime"
L’image que nous avons de la Syrie est celle d’un État totalitaire. Elle a été façonnée au cours de la guerre froide sous la dictature d’Hafez al-Assad, père de Bachar, et nous est surtout parvenue à travers le prisme d’Israël, qui s’efforce de donner de ses voisins une image menaçante. Mais la réalité est plus nuancée.
Arrivé au pouvoir un peu malgré lui, Bachar al-Assad n’est pas l’homme sanguinaire que l’on décrit habituellement. Avec une formation de médecin ayant étudié et vécu en Occident, il cherche immédiatement à dépoussiérer et réformer le régime dont il a hérité, et avec lequel il doit fonctionner. Il développe la numérisation de la société syrienne et l’accès aux réseaux sociaux. Au début des années 2000, ses efforts pour poursuivre les tentatives d’ouverture initiées par son père sont réels. Mais le contexte international ne lui est pas favorable, et le monde est dominé par des dirigeants « va-t-en-guerre » et à la rationalité douteuse : Ariel Sharon en Israël, Georges W. Bush aux États-Unis, Tony Blair en Grande-Bretagne.

Un Marine américain, qui a séjourné en Syrie avant le conflit nous donne une image diamétralement différente de celle que les médias nous assènent aujourd’hui. D’ailleurs, depuis le début du conflit, les médias traditionnels ignorent la population qui vit – volontairement – dans les zones gouvernementales. Ceci étant, la Syrie n’est pas un État démocratique au sens où nous l’entendons en Europe et nécessite sans doute des réformes, tout comme la Tunisie et l’Égypte. Mais elle n’est pas non plus une tyrannie méthodique et impitoyable comme l’Europe en a connu au début du XXe siècle.

Dès le début des révoltes en Tunisie et en Égypte, l’éventualité d’une contagion en Syrie est évoquée. En janvier 2011, une page Facebook intitulée Syria Revolution 2011 est créée par les Frères musulmans (depuis la Suède) et annonce des « Journées de colère » les 4 et 5 février. Le gouvernement réagit en coupant l’accès à Facebook. Mais le succès de l’appel est limité : les participants scandent davantage des refrains contre le régime libyen que contre le gouvernement syrien. L’accès à Facebook est rétabli le 8 février 2011 et les réseaux sociaux fonctionneront normalement, sans interruption, depuis. L’opposition tente une nouvelle action au début mars, mais sans réel succès, comme le rapporte le magazine américain TIME :

Même les critiques s’accordent sur le fait qu’Assad est populaire et proche de l’immense cohorte de jeunes du pays, à la fois émotionnellement, idéologiquement et, naturellement, en âge.

La journaliste confirme sa constatation dans un autre article :

(…) Bien qu’il y ait eu des appels sur Facebook pour des manifestations en Syrie, la jeunesse du pays, qui constitue la majorité des 22 millions de citoyens du pays (65 % en dessous de 30 ans), a pour une grande part ignoré les activistes d’Internet.

En février 2012, face au durcissement de la situation, la Russie propose aux pays occidentaux un plan qui prévoit le départ de Bachar al-Assad, en trois points. Il est discuté par Vitalii Churkin, ambassadeur russe auprès des Nations unies, et Martti Ahtisaari, Prix Nobel de la paix et ex-président finlandais :

Un : nous ne devons pas donner d'armes à l'opposition. Deux : nous devons mettre en place un dialogue entre l'opposition et Assad maintenant. Trois : nous devons trouver une façon élégante pour qu'Assad se retire.

Il y avait donc dès le début une solution pour le départ de Bachar al-Assad sans passer par la violence. Mais les Occidentaux refusent : leur objectif n’est pas de remplacer Bachar al-Assad, mais de démanteler la Syrie, qu’Israël – et donc les États-Unis – perçoit comme un bastion avancé de l’Iran. Il leur faut donc insérer dans l’axe Téhéran-Beyrouth un obstacle sunnite. Ils cherchent ainsi à militariser le conflit en distribuant clandestinement des armes aux militants sunnites. C’est ce qui explique le soutien d’Israël aux islamistes syriens et ses bonnes relations avec l’État islamique, comme nous le verrons plus bas.

En 2013, sur la base d’enquêtes menées par des organisations humanitaires indépendantes, l’Otan elle-même constatait que Bachar al-Assad bénéficiait du soutien de 70 % de la population syrienne, essentiellement parce que les islamistes se sont approprié la révolution soutenue par les Occidentaux. La raison pour laquelle, les Occidentaux – États-Unis et France en tête – sont réticents à une élection populaire pour trouver un successeur à Bachar al-Assad, est que ce dernier pourrait bien gagner une telle élection !

Cela pourrait expliquer – au moins en partie – le jeu pervers mené par la France et les États-Unis, qui ont tout fait pour vider la Syrie de ses éléments chiites et chrétiens, généralement favorables au régime, en soutenant les milices islamistes sunnites et l’ASL, bras armé des Frères musulmans de Syrie. Cela explique probablement aussi pourquoi, lors de la présidentielle syrienne du 3 juin 2014, la France, l’Allemagne et la Suisse ont interdit aux ressortissants syriens de participer au scrutin dans les ambassades. Malgré l’incongruité d’un tel scrutin organisé dans un pays en guerre (même si, à cette époque, le gouvernement maîtrise la majeure partie des zones habitées du pays), on peut s’étonner du manque de confiance des démocraties occidentales dans la clairvoyance du peuple syrien, particulièrement sur le territoire européen, hors de portée des pressions du pouvoir.

 

 
Les attentats terroristes en France
Le contexte
En 2014, l’Occident n’est menacé ni par l’État islamique ni par aucune faction engagée dans la guerre en Irak ou en Syrie et n’a aucune raison pour intervenir en Syrie. C’est ce qui pousse les États-Unis à créer le groupe fictif « Khorasan » en été 2014.

L’État islamique et son Califat sont créés le 29 juin 2014. Les combats entre factions rivales sont brutaux et la situation humanitaire se dégrade de manière rapide et visible. Le 10 août 2014, interrogé par France 2 sur l’action de la France en Irak, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius affirme même :

Est-ce que, nous-mêmes, nous allons nous impliquer militairement ? La réponse pour le moment est non, je vous le dis clairement, puisque notre doctrine est que nous n'intervenons pas s'il n'y a pas un feu vert du Conseil de sécurité des Nations unies, et s'il n'y a pas une menace directe pour nos ressortissants. Mais nous saluons le travail que font les Américains. C'est un premier point ; et, de toutes les manières, il n'est pas question d'envoyer des gens au sol.

Pourtant, des militaires français sont déjà engagés clandestinement en Syrie depuis 2012. Mais c’est pour renverser le gouvernement syrien et non pour lutter contre l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui partage le même objectif que la France.

Le 5 septembre 2014, en marge du Sommet de l’Otan du Pays de Galles, les États-Unis réunissent neuf pays autour d’eux dans une coalition destinée à lutter contre l’État islamique tout d’abord en Irak, puis en Syrie ; non pas pour protéger l’Occident – qui n’est pas menacé – mais pour préserver la fragile stabilité de l’Irak. Dix jours plus tard, lors de la conférence de Paris, cette coalition est augmentée de 18 pays. Le 18 septembre 2014, le président Hollande annonce que la France frappera des groupes terroristes en Irak, à la demande du gouvernement irakien, malgré que la France n’ait subi aucune menace ou attaque de l’État islamique jusque-là. Le lendemain, il confirme que les premières frappes sont exécutées :

Ce matin à 9 h 40, conformément aux ordres que j’avais donnés, les avions Rafale ont pilonné un objectif et l’ont entièrement détruit […] En aucun cas il n'y a de troupes françaises au sol […]

Lors de la réunion ministérielle de l’Otan à Bruxelles, le 4 décembre 2014, la coalition est élargie de 33 autres pays. Après les images obscènes d’égorgements et de décapitations, le langage de la fermeté plaît. Néanmoins, la décision de mener des frappes en Syrie, sans mandat et sans l’aval du Conseil de sécurité des Nations unies – et donc, sans légalité internationale – n’était justifiée par aucune menace directe contre l’Occident.
"Ne nous y trompons pas : un totalitarisme a frappé la France non pas pour ce qu'elle fait, mais pour ce qu'elle est".

La stratégie des terroristes
Le moment choisi pour les attentats de 2015 n’était pas complètement imprévisible. Il faisait suite à plusieurs articles doctrinaux dans la littérature djihadiste sur les « opérations de dissuasion », selon la terminologie de l’État islamique. Un examen dépassionné des attentats djihadistes en Europe montre qu’ils ont été perpétrés avec la même finalité : pousser les populations à exiger le retrait de leurs troupes du Moyen-Orient, comme en Espagne en 2004. Mais nous refusons de comprendre cette mécanique et le message convoyé par les médias et les journalistes est exactement inverse :

Il est faux de dire que les attentats ont lieu en France en réponse et pour faire pression sur les gouvernements qui interviennent militairement au Moyen-Orient.

Pourtant, en 2013, Abou Mu’sab al-Souri, le principal théoricien du terrorisme djihadiste moderne écrivait dans le magazine Inspire :

[La résistance] doit s’efforcer de créer l’impression que son bras est prêt à s’étendre et frapper quiconque envisage de participer à une agression. Généralement, la majorité de nos ennemis, du général au simple soldat sont en fait des lâches. Et la plupart d’entre eux peuvent être dissuadés par un exemple fort, en en frappant et punissant quelques-uns. Cette dissuasion a comme effet recherché, le retrait de ceux qui sont déjà engagés ou de prévenir ceux qui pensent s’engager.

En mai 2018, dans sa vidéo d’allégeance et de revendication, avant de commettre une attaque au couteau, Khamzat Azimov transmet exactement le même message :

[…] C’est vous qui avez commencé à bombarder l’État islamique, là je m’adresse à la France et à ses citoyens, c’est vous qui avez commencé à tuer les musulmans, et après quand on vous donne une réponse, quand on riposte, vous pleurez. Si vous voulez que cela s’arrête, faites pression sur votre gouvernement ! Je ne suis pas le premier à vous le dire. D’autres frères avant moi avant d’agir, qui sont sur place là-bas, vous l’ont déjà dit, mais vous avez refusé d’écouter […]

Les djihadistes ont bien compris que l’opinion publique américaine – toutes tendances politiques confondues – est très « militarisée » et généralement favorable aux interventions extérieures. En revanche, en Europe, la situation est assez différente : les populations sont plus critiques par rapport à ces aventures militaires… et donc plus vulnérables. C’est la notion de « ventre mou », que Gilles Kepel associe – à tort – à une hypothétique révolution islamique mondiale… En Espagne en 2004, puis en Grande-Bretagne en 2005, le faible soutien populaire du gouvernement a été un facteur de décision pour les terroristes. Mais en dix ans personne n’a tenté de comprendre leur logique.

En 2013, 68 % des Français étaient opposés à une intervention en Syrie et à la fin 2014 la cote de popularité du gouvernement se situe à 15-20 %. En intervenant dans ces conditions en Irak et en Syrie, le gouvernement Hollande a littéralement fait un « appel du pied » aux terroristes. Le 12 septembre 2014, six jours avant la déclaration du président Hollande pour s’engager en Syrie, le Washington Post affirmait :

Une analyse plus précise montrerait que l'intervention militaire américaine a une énorme valeur de propagande pour l'État islamique, l'aidant à rallier d'autres djihadistes à sa cause, peut-être même des salafistes qui ont jusqu'ici rejeté sa légitimité.

C’est exactement ce qui s’est passé. Par ailleurs, notons que l’expert n’associe pas automatiquement le salafisme au djihadisme comme le font les médias en France.

 

Avec Jacques Baud

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La presse

fake news

Du Brexit au mouvement féministe, en passant par la question des frontières, l’agent 007 continue de cristalliser toutes les mutations de notre société. La preuve par le livre pertinent d’Aliocha Wald Lasowski, Les cinq secrets de James Bond.
 

James Bond est un homme ponctuel. L’année 2020 marque toutefois son premier retard mondial. Le nouvel épisode de ses aventures, qui porte un titre prémonitoire - Mourir peut attendre  -, initialement prévu dans les salles en avril et retardé pour cause de pandémie, sortira le 12 novembre. Si 007 patiente derrière l’écran, il est quand même présent dans l’actualité, au  centre d’un livre percutant - Les cinq secrets de James Bond. Professeur de philosophie politique à Sciences-Po Lille, Aliocha Wald Lasowski pose un regard très contemporain sur la saga de l’agent secret et livre une remarquable odyssée rythmée par cinq escales - la politique, l’identité, l’amour, le corps, la culture -, soit les principaux modules de la mythologie 007. La grille de lecture d’Aliocha Wald Lasowski nous transporte plus loin que la simple analyse relevant de l’esthétique du film d’espionnage ou du cinéma d’action. On voit ainsi apparaître tout ce que la série véhicule comme sens et comme sous-texte, démontrant qu’elle est l’une des plus en phase avec l’évolution du monde - de la guerre froide au Brexit, en passant par la menace  nucléaire, la guerre des étoiles et le terrorisme. Confronté à l’actualité, qui est l’histoire en train de se faire, James Bond doit faire face aux fake news, à la cybercriminalité, et se positionne dans un mouvement de révolution des moeurs. Sa misogynie est depuis plusieurs films déconstruite, le poussant à se regarder dans un miroir marqué par les courants de pensée qui bouleversent notre société et redistribuent les cartes en termes de domination.

 

La saga, miroir géopolitique

“De la guerre froide au Brexit, explique Aliocha Wald Lasowski, la saga  accompagne, et parfois anticipe, les rapports entre les puissances mondiales. Au fil des films, on peut notamment suivre l’évolution de la place de la Chine sur l’échiquier mondial, mais aussi la question du terrorisme et du cyberterrorisme. En 1962, Dr. No sort presque au même moment que la crise des missiles à Cuba, et le film est déjà un reflet des tensions de l’époque. En 1983, Octopussy rend compte aussi de son époque en illustrant cette opposition qui divise le Kremlin - celle entre le général Orlov qui préconise d’attaquer frontalement le bloc de l’Ouest et le général Gogol qui, lui, affirme que le communisme vaincra mais par la voie diplomatique.”

 

La notion de frontières

“James Bond est un pur sujet britannique, mais de film en film, il devient de plus en plus sensible aux autres cultures. Il interroge la notion de frontières car il ne vit pas les autres cultures de l’extérieur, mais en se les appropriant et en se positionnant comme un symbole du multiculturalisme. Il surmonte les frontières, il les efface. En 1967, dans On ne vit que deux fois, on voit que 007 aime tellement la culture japonaise qu’il se transforme physiquement. L’agent 007 est un être hybride, un être en mutation - comme le monde d’aujourd’hui.”

 

James Bond est-il féministe?

“Je ne sais pas si James Bond est  féministe - il est quand même l’incarnation d’une masculinité stéréotypée -, mais les films où il apparaît peuvent l’être. Contrairement à ce que l’on croit, les femmes y ont un rôle plus important que celui assigné aux James Bond girls. Il y a des femmes qui symbolisent des valeurs d’émancipation, comme Pussy Galore dans Goldfinger qui, en 1964, est une pionnière, sans compter que, dans les missions, les femmes sont souvent des alter ego de Bond, surtout les espionnes russes, d’ailleurs. Cette dimension féministe est de plus en plus marquée dans les derniers épisodes et pousse évidemment James Bond à se remettre en question sur le principe de domination masculine.”

 

007 est-il influencé par la communauté LGBTQI?
“Daniel Craig a fait franchir un cap supplémentaire dans l’évolution du personnage. Avec lui, James Bond devient un corps sexué et un objet érotique, voire homoérotique. Dans Skyfall, la
scène de face-à-face avec Silva interprété par Javier Bardem (scène dans laquelle Bond immobilisé, les poignets liés, est entrepris par Silva qui lui caresse le torse et les jambes - NDLR)  est basée sur des jeux de séduction entre les deux hommes... Il faut saluer cette remise en question des normes sexuelles et ce déplacement du regard vers une nouvelle forme d’érotisation. En ce sens, Bond participe aux mouvements de pensée les plus à l’avant-garde.”

 

L’agent est-il un lanceur d’alerte?
“La saga des James Bond interroge la société de surveillance, l’hyper-technologie de notre monde et ses dérives. C’est une autre thématique apparue et défendue à l’ère de Daniel Craig,  opérant un peu comme Edward Snowden (informaticien à la National Security Agency, inculpé par le gouvernement américain pour espionnage - NDLR) qui a dénoncé cette société de l’hyper-contrôle. Dans les films avec Craig, on voit que, du côté britannique, il y a une volonté de contrôle, en même temps qu’une mise en garde face au danger qui viendrait de l’intérieur - le fait de détourner de façon malveillante des outils de surveillance, par exemple - et qui menacerait les démocraties.”

 

La pandémie, future thématique
“Dans la saga, deux films évoquent déjà la menace d’un virus mortel - Au service secret de Sa Majesté en 1969 et Moonraker, sorti en 1979. En revanche, ce qui est intéressant pour le récit 007 dans ce que nous vivons actuellement, c’est la dimension mondiale de l’épidémie qui est également un très bon moyen de questionner la notion de frontières puisque le virus ne connaît pas les frontières. La pandémie pourrait donc bien nourrir les fantasmes des missions de James Bond à venir car elle correspond assez bien à l’esprit politique de la série.”

 

Par Sébastien Ministru, le 5 août 2020

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La presse

Un Bond dans l’actu

Achat de la paix sociale: les gangs ont déjà vaincu les autorités françaises, selon Gérald Pandelon
 

 

Pourquoi l’État est-il impuissant face aux parrains des cités? Gérald Pandelon, avocat pénaliste, pointe la passivité et la lâcheté des politiques dans les zones de non-droit. Il publie un ouvrage décapant, La France des caïds. Entretien-choc.

Voitures et bus incendiés, forces de l’ordre caillassées. La nuit du 14 juillet est régulièrement émaillée d’incidents et d’émeutes. Cette année encore, cette dramatique tradition a été respectée dans nombre de cités en France, à Évreux, Besançon ou Lyon. Comment se fait-il que ces désordres se reproduisent si régulièrement? La faute à l’État français, qui serait dépassé depuis près de 30 ans.

«Qu’est-ce que vous voulez que l’on fasse d’autre, Pandelon? Que l’on rentre dans les cités et que l’on reprenne la main sur tout ce petit monde? Vous être fou, maître! Ça va foutre un bordel monstrueux», tempêtait déjà Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur face à Gérald Pandelon, jeune avocat dans les années 80.

Une anecdote que Gérald Pandelon, avocat pénaliste, relate dans l’essai La France des caïds (Éd. Max Milo, 2020).

Son constat est glaçant : «Les narcobandits sont plus puissants que les forces de l’ordre. Dans les cités, c’est évident, ils ont gagné.»

Lui-même défenseur de deux cents grands bandits de Marseille, Paris et Lyon, il dresse un portrait terrifiant des cités de France, véritables zones de non-droit, alimentées par le trafic de stupéfiants et l’achat de la paix sociale par la corruption de la classe politique. Autant dire que le livre de l’avocat pénaliste est un brûlot.

Publiée le 9 juillet, La France des caïds est d’abord un témoignage: celui d’un avocat sur ses clients très particuliers. Il est aussi une analyse sociologique de ces caïds: les parrains des années 70 et 80 et désormais les narcobandits souvent issus de l’immigration. Dénonçant les activités de ceux qui paient ses honoraires, Gérald Pandelon admet bien volontiers être «schizophrène».
Des zones de non-droit
Me Pandelon connaît comme personne ces bandits. Si leur anonymat est préservé, leurs propos sont rapportés sans filtre. Ainsi ceux d’un caïd de Vaulx-en-Velin, sûr de sa force face aux autorités : «On n’a pas peur que l’armée et la police investissent nos cités, mais on les attend avec impatience. On est prêts […] Vous avez vu comment ils ont galéré pour gérer les manifs des Gilets jaunes alors que les mecs n’ont pratiquement pas d’armes ? Vous croyez qu’ils vont venir affronter chez nous des tas de types armés de kalach?»

Des confidences qui ont permis à l’avocat de comprendre les mécanismes du milieu. Ainsi, l’avocat mentionne-t-il la mise en place de «micro-entités qui s’autogèrent» au sein d’une structure très hiérarchisée, «du petit chouffe jusqu’au patron de la tour». À l’invitation d’une fratrie de caïds notoires à Marseille, il décrit sa venue ubuesque dans la cité de la Castellane, où le trafic se fait au vu et au su de tous. D’ailleurs, durant le confinement, plusieurs journalistes du Figaro ont tenté de pénétrer dans cette même cité. Ils y ont été vertement éconduits avant d’être pris en chasse jusqu’à l’autoroute.

Qu’est-ce qu’un caïd? Une personne détenant «une autorité morale», selon Gérald Pandelon, et qui a su inspirer une certaine crainte «par le sang», tout en parvenant «à blanchir ses activités sans faire l’objet de poursuites». S’il s’est spécialisé dans le trafic de stupéfiants en ayant amassé beaucoup d’argent, le parrain tentera de réintégrer l’économie officielle en investissant dans des «restaurants, des bars à chicha, des sociétés civiles immobilières». Il distingue en cela les «petites racailles» des «gros voyous», qui nourriraient selon lui l’espoir secret de «l’embourgeoisement» et de la «respectabilité».
«Les politiques ont souhaité acheter la paix sociale»
Mais les caïds ne sont pas selon Pandelon les seuls coupables. «Depuis une trentaine d’années, les politiques ont souhaité acheter la paix sociale», pense Gérald Pandelon. Leur outil? Les multiples plans de politique de la ville. Plus de 100 milliards d’euros, selon Contribuables associés, depuis les années 90.

Une «corruption endémique»: marchés publics contre voix d’une cité entière ou intimidation musclée d’un adversaire politique. On se croirait en Amérique latine, mais c’est bien de la France que notre interlocuteur parle. Les deux mondes pourraient bien se rapprocher pour le pire : «Comme au Brésil, en Colombie, ou au Venezuela, leur puissance [des caïds, ndlr] est telle dans l’Hexagone que si ce n’est pas encore le cas, l’État devra incessamment négocier avec ces guérillas localisées pour se maintenir au pouvoir.»

Par Jean-Baptiste Mendès, le 15 juillet 2020

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La presse

la paix sociale

Retour de l’Etat de droit : la difficile et délicate mission de la lutte contre le narcobanditisme
 

Gérald Pandelon publie "La France des caïds" aux éditions Max Milo. Dans ce récit palpitant, l'auteur met en évidence la toute-puissance des grands bandits sur les milieux économiques, sociaux et politiques en France. Pour la première fois, un avocat nous raconte de l'intérieur la face cachée du crime. Extrait 1/2.

Avec Gérald Pandelon

Oui, j’en suis persuadé, ces cheminements compliqués pourraient être taris en grande partie si les financements officiels étaient plus accessibles ; mais il existe quatre raisons éventuellement cumulables pour lesquelles ce n’est pas le cas.
La première raison est un fait : l’Etat minimise – voire dissimule – l’impact du narcobanditisme des cités et de ses incidences. En témoignent les « plans gouvernementaux », souvent portés par des ministres qui font tout ce qu’ils peuvent pour avoir l’air intelligents mais qui ont, à de rares exceptions près, beaucoup, beaucoup de mal.

La deuxième raison est une hypothèse : celle de l’incompétence des décideurs. On a toujours tendance à considérer que, au seul motif que des hommes sont nommés ministres, ils reçoivent les compétences appropriées par l’intercession du Saint-Esprit républicain. Pourtant, si les ministres étaient réellement compétents, n’auraient-ils pas un métier au lieu d’avoir une fonction et un maroquin ?

La troisième raison est une évidence que nous avons rapidement évoquée : laisser prospérer les trafics dans les cités permet d’acheter la paix sociale. En 2000, lors d’un dîner auquel j’étais invité, Charles Pasqua l’avait reconnu devant moi, avant d’ajouter :

-Et qu’est-ce que vous voulez que l’on fasse d’autre, Pandelon ? Que l’on rentre dans les cités et que l’on reprenne la main sur tout ce petit monde ? Vous êtes fou, maître ! Ca va foutre un bordel monstrueux !

C’est une autre facette du terrorisme : la peur des conséquences concrètes qui suivraient un retour de l’Etat de droit dans les cités. En réalité, l’Etat a peur. Les gros bonnets s’en frottent les mains. Un caïd de Vaulx-en-Velin me disait récemment :

-Nous, non seulement on a pas peur que l’armée et la police investissent nos cités, mais on les attend avec impatience. On est prêts. De toute manière, ils viendront jamais. Ils auraient aucun intérêt. Ils perdraient des hommes pour rien. Ils tueraient des gamins. Vaut mieux qu’ils restent là où ils sont. Nous, on fait notre business dans notre coin. On emmerde personne. Et comme on fait du bif chez nous, on a levé le pied sur les braquages. Ils ont tout à gagner à nous lâcher la grappe. D’ailleurs, vous avez vu comment ils ont galéré pour gérer les manifs des gilets jaunes, alors que les mecs ont pratiquement pas d’armes ? Vous croyez qu’ils vont venir affronter chez nous des tas de types armés de kalash ?

La quatrième raison est un constat : peut-être parce que les victimes sont des pauvres, l’Etat se désintéresse de la question. Disons-le, la perspective dans laquelle est abordée la question des cités et du narcobanditisme ressortit du je-m’en-foutisme. Rien de paresseux, dans ce laisser-aller – la simple conviction que le but du pouvoir est de le conserver ; le moyen est de limiter les soubresauts sociétaux ; la conséquence est que personne ne souhaite s’attaquer à un problème de première importance, d’autant qu’il est politiquement très risqué. Autrement dit, à mon sens, ça va empirer. Le manque de courage va nous tuer.

Une dernière anecdote, en guise de synthèse : j’ai relu récemment un livre stabyloté lors de mes années à Sciences-Po – un ouvrage dirigé par Yves Cannac sur les réformes « dont l’Etat a besoin ». Trente ans après, on n’a pas avancé d’un iota. Le phénomène de paupérisation, de sclérose, de replis sur soi et d’abandon de nombreux territoires comme de leurs habitants, s’est aggravé. C’est un échec absolu. La puissance des grands narcobandits des cités et leur rayonnement hors de leur territoire traduisent sans fard cette terrible évidence.
Décrire la France des caïds, c’est évoquer une pieuvre aux tentacules infinies. Le grand banditisme est poreux. Insidieux. Osons le néologisme : insinueux. Il s’insinue partout. Il ne se limite ni aux braquages, ni au narcobanditisme, ni à l’extorsion, ni au business de la mort. Il est souvent multicartes. Certes, les cités recèlent nombre de trafics d’importance, mais ceux-ci s’étendent bien au-delà des zones dites « de non-droit » ou, ce qui revient au même, « de reconquête républicaine ». L’argent sale fait vivre des pans entiers de la société. Les narcotraficants se substituent à l’Etat pour soutenir, non sans arrière-pensées, familles démunies et petits commerçants croulant sous les dettes. Néanmoins, l’argent sert aussi à s’assurer les bonnes grâces des politiques en finançant leurs campagnes, contre de petits ou grands avantages ; de plus, il permet aux entrepreneurs de contracter des prêts en dépit de la sévérité des banques ; et il offre l’occasion à certaines professions libérales de ruser avec l’Etat.
Le blanchiment de la manne stupéfiante peut aussi bien financer le train de vie des grands truands, la survie d’une « sœur » dans une impasse, le nouveau yacht d’un chirurgien capillaire, des embryons de terrorisme ou les ambitions d’un parti politique susceptible de se montrer reconnaissant à moyen terme. En d’autres termes, il n’y a pas, d’un côté, les voyous patentés, oeuvrant dans les cités tout en risquant de violentes incursions hors de leur territoire, et, de l’autre, de bonnes gens irréprochables.

Le grand banditisme est spongieux. Il efface les frontières. Il aspire les franges. C’est sa force. Tout le monde grignote son gâteau empoisonné, du manant au grand commis de l’Etat, de la maman célib de cité (ou d’ailleurs) avec quatre enfants à charge au patron de PME cherchant du cash pour baisser ses charges. Chacun trouve son intérêt dans ces crimes et délits ; et, pour le dire rondement, tout se passe comme si l’ensemble des Français vivaient, directement ou indirectement, au crochet des caïds.

Aussi peut-on se demander si la notion même de « caïd », chargée de représentations comme elle est, a encore un sens. Le caïd, c’est bien sûr l’individu qui s’adonne à tout type de trafics. Le grand voyou qui gère un point de deal et monte à l’occasion au braquo tout en s’occupant de blanchir l’argent ainsi récolté. Cependant, c’est aussi ce même personnage, adulé des hautes sphères de l’Etat, qui est soupçonné de tremper dans des trafics d’une gravité insondable. A plus d’un titre, le caïd est insaisissable.

Logique que, en conséquence, la France des caïds efface les frontières. Les absorbe. Détrousse l’idée que les citoyens se peuvent faire de la justice. Cette France-là, notre France malgré qu’on en ait, vit dans un autre monde. Un monde où les grands voyous tutoient les représentants de la République quand ils ne sont pas les meilleurs amis de hauts fonctionnaires de la police.
Extrait du livre de Gérald Pandelon, "La France des caïds", aux éditions Max Milo

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La presse

de droit

Jeunes remis à la rue, engorgement des procédures administratives, refoulements quotidiens vers Vintimille : la situation s'aggrave à la frontière franco-italienne.
 

Dans un journal de bord, co-écrit avec la journaliste Aurélie Selvi, Teresa Maffeis, figure militante niçoise, revient sur les citoyens connus ou inconnus qui ont aidé des réfugiés.
 

Au téléphone, Mila et Vedran (1) se sont vu expliquer qu’il fallait prendre la première à droite en sortant du tram. Le lieu de rendez-vous avec la Cimade semblait simple à trouver. Ils se sont trompés, c’est la cause de leur retard. Le couple de Bosniaques n’a pas l’habitude des adresses bucoliques pour s’occuper des papiers. Trop exigus pour respecter les consignes sanitaires, les locaux de l’association d’aide aux migrants ont été délocalisés dans le jardin d’un temple protestant du centre-ville de Nice. Un cadre champêtre : des oliviers pour l’ombre et des chaises de jardin pour la salle d’attente. «Ça a ce côté folklo mais l’organisation est précaire, temporise Elysabeth Marque, bénévole. On n’a pas d’imprimante ni d’électricité. Quand il pleut, on utilise le parasol. C’est la débrouille.»

Toute l’organisation est chamboulée. Désormais, les rendez-vous à la Cimade se prennent au téléphone : difficile pour des non-francophones. Ceux à la préfecture par mail : compliqué à déchiffrer avec Google Traduction. «C’est là qu’on s’aperçoit des limites de ce système après le confinement, dit Elysabeth Marque. Les démarches sont encore plus lourdes.» Mila et Vedran, 37 et 42 ans, ont été hébergés par le 115 dans un hôtel pendant le confinement. Une aide qui va s’interrompre en même temps que la date fatidique de leur obligation de quitter le territoire français (OQTF). Dans quinze jours, ils devront être partis. «On est là pour voir si on peut faire quelque chose», espère Vedran, arrivé en France en 2016.
«Police administrative»
David Nakache et son association Tous citoyens ! apportent une aide administrative aux mineurs migrants qui arrêtent leur chemin à Nice. Le responsable de l’association a vu un basculement dans leur prise en charge dès le jour du déconfinement. «On a récupéré douze jeunes en dix jours. L’aide sociale à l’enfance [ASE, gérée par le département, qui ne souhaite pas communiquer, ndlr] a remis à la rue d’un bloc les jeunes pour lesquels il n’y avait pas de minorité établie, raconte-t-il. Rien n’a changé avec le confinement. C’est même pire : on est dans la police administrative dans toute sa splendeur.»

Après avoir trouvé «en urgence» une solution d’hébergement, l’association a relancé la machine à recours. «Tous les foyers de France ont ouvert les vannes. Nous nous sommes retrouvés avec beaucoup d’audiences et de passages au tribunal, explique David Nakache. Avec les difficultés d’envoi des documents, ces gamins ont perdu trois ou quatre mois. Comme ce sont des jeunes proches de la majorité, c’est fatidique. Ils risquent de perdre leurs droits.» La préfecture des Alpes-Maritimes fait savoir que «le renouvellement des récépissés et la demande de document de circulation pour un étranger mineur s’effectueront par téléprocédure à compter du 1er juillet». Avec, là encore, des barrières linguistiques et matérielles.
Vintimille, base de repli
Comme Mila et Vedran, les migrants qui se retrouvent à Nice sont entrés en France en franchissant la frontière franco-italienne au niveau de Vintimille. Souvent, le passage ne se fait pas du premier coup. Ils tentent leur chance à pied, en train ou par la route, faisant de Vintimille une base de repli. C’est dans cette ville que Carla Melki intervient pour Médecins du monde. «Le 18 avril, le camp de Caritas à Vintimille a fermé ses portes aux nouveaux arrivants à cause d’un cas de Covid. Il n’a toujours pas rouvert, dit-elle. En termes d’assistance humanitaire et d’accueil, il y a une détérioration très nette : moins d’accès aux soins, à l’information et à la nourriture.» En trois heures d’intervention, Carla Melki a croisé 45 migrants. Elle estime à 200 le nombre de personnes en transit qui dorment sur la plage, sous les ponts et devant la gare.

Teresa Maffeis se rend à Vintimille deux fois par semaine. Militante et coauteure du livre les Sentinelles – un recueil de «chroniques de la fraternité» à la frontière –, elle vient de reprendre ses distributions de duvets et de kits d’hygiène. «Si le camp reste fermé, ça va être une catastrophe. A Vintimille, il n’y a que des gens de passage, rapporte-t-elle. Avec la réouverture des ports et la reprise des bateaux de sauvetage, des gens ont déjà débarqué. Ça va redevenir comme avant.» Un retour déjà observé par la Coordination des actions aux frontières intérieures (Cafi), pilotée par cinq associations. De mi-mars à mi-mai, le collectif a enregistré 107 refoulements, soit trois personnes par jour.
Promiscuité et errance
Depuis le déconfinement, 50 migrants sont raccompagnés à Vintimille quotidiennement. «Aux postes frontières, les gens sont dans une grande promiscuité, on leur donne à peine du savon. Puis ils sont renvoyés dans l’errance. Les conditions se sont aggravées. Une demandeuse d’asile et son enfant avec une poche gastrique ont été remis côté italien. C’est l’hôpital qu’il fallait appeler, pointe la chargée de projet de la Cafi, Agnès Lerolle, qui a fait un recours devant le Conseil d’Etat. Le confinement a compliqué les choses. Les associations ont moins accès aux personnes pour proposer des soutiens et se rassembler.»

Dans le jardin niçois, l’espoir est maigre pour que Mila et Vedran voient leur dossier de réexamen de demande d’asile accepté. «On voudrait une simplification des démarches pour désengorger les services administratifs, milite Elysabeth Marque. Il faut un titre unique, durable et qui donne l’autorisation de travailler.» Au-delà du déconfinement.
(1) Les prénoms ont été changés.

Par Mathilde Frénois, correspondante à Nice, le 1er juillet 2020.

 

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La presse

galère pour les migrants après le déconfinement

À 71 ans, la fondatrice de l’Association pour la démocratie à Nice (AdN), rend hommage aux « héros de chair et d’os » dans son livre « Les sentinelles, Chroniques de la Fraternité à Vintimille », co-écrit avec la journaliste Aurélie Selvi
 

 

« Il était important de rendre hommage à ces héros de tous les jours. Il y a eu tellement de belles histoires là-bas, des adoptions, de l’entre-aide, venant de personnes qui n’avaient jamais fait ça avant », raconte Teresa Maffeis, la voix rauque, un café fumant à la main, assise sur son canapé.

Cette Niçoise d’adoption, d’origine italienne, cheveux roux, habillée en vert sinon « on ne la reconnaîtrait plus », explique-t-elle amusée, est co-auteure du livre Les sentinelles, Chroniques de la Fraternité à Vintimille, un journal de bord sorti le 18 juin, qui retrace cinq ans d’engagement auprès des migrants bloqués à la frontière franco-italienne. Cette date de sortie n’est pas anodine, presque symbolique. En juin 2015, la frontière franco-italienne a été fermée, empêchant les migrants de passer en France.
« Des héros de chair et d’os »
Depuis, celle qui a créé en 1991 l’Association pour la démocratie à Nice (AdN) et qui lutte contre toutes les formes d’exclusions a continué à se rendre à Vintimille pour distribuer des vêtements, de la nourriture et un peu de gaîté dans la vie de ceux qui ont quitté leur pays. « Je ne leur demande jamais ce qui leur est arrivé. Ils ont souvent un parcours difficile, sanglant, qu’ils essaient d’oublier. Vous savez, avant de partir, les femmes se mettent des patchs contraceptifs, car elles savent qu’elles vont se faire violer. Donc quand on est avec eux, on essaie de les faire rire », explique Teresa.

Ce récit des « héros de chair et d’os », écrit-elle dans l’avant-propos, est à la première personne. « C’était pertinent. Elle est le fil rouge de ce livre, enfin le «fil vert». Pour ce bouquin, je me suis mise sur ses pas. Parfois j’ai été rattrapé par ma vie professionnelle et personnelle. Mais ce n’est pas grave car tu sais que même si toi tu n’es pas là un temps, elle, elle y sera toujours. Elle est constante dans son engagement Teresa. C’est dans son ADN », témoigne Aurélie Selvi, journaliste et co-auteure de l’ouvrage. « Quand il y a eu les problèmes à la frontière italienne elle continuait à aider les sans-papiers, à la scolarisation des enfants roms. Elle ne lâche pas. Elle se met au service des autres et parfois, elle s’oublie un peu », décrit celle qui est devenue son amie.
« Rien ne bouge parce qu’il n’y a pas de volonté politique »
« J’aide juste des gens dans le besoin c’est tout », répond Teresa lorsqu’on lui demande comment elle parvient à tout gérer. « Les gens pensent que je ne fais que ça. Mais je vais aussi à des expos, je vais voir des films, je voyage. Je vis quoi, j’ai du temps. Alors je le donne aux autres ». « Mes parents étaient des immigrés italiens. Je suis très sensible au rejet. Mon père était pauvre et tu sentais que tu n’étais pas comme tout le monde », raconte-t-elle. Un besoin de justice face à des situations difficiles loin de la décourager : « J’ai beaucoup de peine, pas de colère. Ça me révolte. Mais rien ne bouge parce qu’il n’y a pas de volonté politique pour ça. L’humain n’arrivera jamais en premier. Mais on ne lâche rien. »

Une ténacité et une force malgré des histoires qui l’empêchent parfois de trouver le sommeil. « Il y a des choses auxquelles je pense tout le temps. Cette jeune fille, Milette, dont on parle dans le livre. Morte sous un camion. J’ai l’obsession de sa maman, qui reçoit le cercueil de sa fille, ce qu’elle a ressenti, ça, ça ne me quitte pas. Ou ce migrant, rieur, qui s’est rasé «Paris» sur le crâne, plein d’espoir. Je pense à lui et je ne sais pas ce qu’il est devenu », se rappelle Teresa Maffeis.

Et si le livre retrace cinq ans d’engagement, le sien n’est pas fini. Depuis la fin du confinement et la réouverture de la frontière avec l’Italie, Teresa est retournée à Vintimille, au camp de la Croix-Rouge. « C’est compliqué actuellement là-bas. Le camp va peut-être disparaître alors même qu’il avait fermé temporairement pendant le confinement après un cas détecté de Covid-19 », s’inquiète-t-elle, plus volubile quand il s’agit d’évoquer les difficultés contre lesquelles il faut se battre.

« Les sentinelles, Chroniques de la fraternité à Vintimille », éd. Max Milo, 19,90€.

 

Par Olfa Ayed, publié le 01/07/20

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La presse

une « sentinelle » engagée pour les migrants à Vintimille

En pleine crise du Covid, l’objectif était de sauver des vies, coûte que coûte. Et pourtant, sans ciller, on laisse près de nous des vies disparaître dans l’eau ou se dissoudre dans des camps de mauvaise fortune. Avec leur livre, Les Sentinelles, la combative Teresa Maffeis et la journaliste Aurélie Selvi témoignent et mettent en lumière la solidarité de quelques indociles à la frontière franco-italienne.
 

Qu’est-ce qui peut donner envie à 3 artistes comme Edmond Baudoin (voir son interview “Il faut faire l’inventaire des vivants“), Jacques Ferrandez et Ernest Pignon-Ernest de s’inscrire dans le même livre ? Sûrement le sentiment d’urgence, l’urgence de faire partie d’une chaîne humaine. Et pas n’importe laquelle. Celle qui relie un groupe solidaire aux milliers de migrants, femmes, hommes, enfants qui fuient une vie devenue impossible et se heurtent aux frontières.

Le 18 juin 2020 verra la sortie du livre Les Sentinelles, chroniques de la fraternité à Vintimille (Max Milo éditions), ou le récit d’une solidarité sans faille, émanant d’anonymes, d’associations, de figures locales, vers des exilés, coincés entre la France et l’Italie.

La misère n’étant pas moins cruelle au soleil, Vintimille cristallise les paradoxes. D’un côté, supermarché des azuréens qui surconsomment, de l’autre, supermarché de la souffrance en transit qui doit se cacher ; d’un côté, l’inaction des pays européens, de l’autre, le soulèvement d’une poignée d’hommes et femmes, totalement investis ; d’un côté, le brouhaha de la Riviera, de l’autre, le silence des médias…
Hommage aux Justes
Les deux auteures du livre ne sont pas restées silencieuses. Militante bien connue, petite-fille de migrants italiens, toujours de vert vêtue, Teresa Maffeis est fondatrice de l’Association pour la démocratie à Nice, ou AdN. Et justement, dans son ADN, les causes humanitaires, comme la lutte contre les discriminations et l’exclusion des sans-papiers, la scolarisation des enfants Roms, l’aide aux sans-abri, les droits des femmes, le handicap, le vieillissement…

Aux côtés de “Mamma Teresa”, sa complice, la jeune journaliste Aurélie Selvi, à la fibre sociale et environnementale affirmée. Ex-rédactrice en chef du magazine Ressources, axé sur le développement durable, lauréate du prix Eco-reportage 2017 pour la région de Nice, Aurélie a partagé avec Teresa, sur le terrain, maraudes nocturnes, collectes, visites et cours de français.
70,8 millions de déracinés
Grâce à leur livre Les Sentinelles, Teresa et Aurélie témoignent de “cinq années de rencontres, de tristesse, de joie, de vie, de mort, d’espoir et de désillusion, cinq années que l’Histoire ne devrait pouvoir — ni devoir — oublier”. Les auteures y rendent un vibrant hommage à toutes les personnes franco-italiennes qui, inlassablement depuis 5 ans, manifestent, dénoncent, apportent aide et soutien de toute nature aux réfugiés de Vintimille… à moins de 20 minutes de la France. De vrais citoyens qui, en guise de reconnaissance, gagnent parfois un aller devant les tribunaux. Le livre met également en exergue des textes d’Enzo Barnaba, romancier et historien sicilien, de Philippe Jérôme, journaliste monégasque, et d’André Tosel, le regretté philosophe français.

Ce 20 juin 2020 marquera la journée mondiale des réfugiés, comme depuis 19 ans. Bien triste journée, car fin 2018, le monde a atteint, selon l’ONU, un score de 70,8 millions de déracinés, fuyant guerres ou persécutions dans le monde. Soit le plus cruel record jamais atteint. Combien en faudra-t-il de plus pour nous réveiller ?

 

 Par Laurence Fey

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La presse

la fraternité

TRIBUNE. Alors que « Mourir peut attendre », le 25e film de la série 007, est prévu pour l’automne, l’essayiste Aliocha Wald Lasowski décrypte la recette du « cocktail bondien ».
 

Qu’est-ce qui fait encore, pour nous, spectateurs de la première heure ou d’une nouvelle génération, le charme irrésistible du célèbre espion, après presque six décennies de bons et loyaux services devant la caméra ? Depuis le 5 décembre 1962, date de la première londonienne sur tapis rouge de « James Bond contre Docteur No », l’agent 007 porte bien ses rides et a plutôt bien vieilli, chacune de ses sorties au cinéma restant auréolée de succès, critique et populaire.

Alors que le 25e  film de ses aventures sera sur les écrans à l’automne, il reste, dans le monde, l’icône pop inégalée. Le secret de sa longévité tient notamment au chic du gentleman, l’élégance et la séduction indémodables. James Bond way of life, véritable marque de fabrique pop-culturelle, mythe au sens de Roland Barthes, à savoir un signe devenu une vérité, et se passant de langage pour incarner des valeurs partagées par tous. C’est la britannicité attitude, tour à tour incarnée par l’Ecossais Sean Connery, l’Australien George Lazenby, le Gallois Timothy Dalton, l’Irlandais Pierce Brosnan, en passant par les Anglais Roger Moore et aujourd’hui Daniel Craig.
L’espion s’habille en Prada
Au fil des missions, 007 a su se démarquer rapidement de ses confrères infiltrés pendant la Guerre froide. Pour John Le Carré, maître de la manipulation sombre et de la filature discrète, qui fut lui-même membre du MI6, les services secrets britanniques, l’espion vient du froid, et y retourne. Pour Ian Fleming, ancien officier du renseignement naval de Sa Majesté et père de James Bond, l’espion, au contraire, s’habille en Prada. Il est doté de tous les avantages : goût pour les meilleurs champagnes, comme Dom Pérignon et Bollinger, fréquentation des grands couturiers, jusqu’au costume Brioni du « Monde ne suffit pas », passion pour les voitures de luxe, parmi lesquelles la célèbre Aston Martin DB5. Tout indique sa préférence pour l’éclat et le pétillement de la vie. Les Bahamas plutôt que Moscou. Et toujours so british !

007 porte bien son nom, au croisement de Bond Street, rue des enseignes de haute couture à Londres, au cœur historique de Mayfair, et de St James’s Street, près de Piccadilly, et qui possède le plus ancien club de gentlemen de la capitale. La scène de cinéma où 007 apparaît pour la première fois à l’écran a lieu au Cercle des Ambassadeurs, une salle de jeu privée et fictive de Londres. On ne voit pas le visage, seules les mains tiennent et posent les cartes d’une partie de chemin de fer, variante du baccara de casino. Soudain, allumant une cigarette, la flamme du briquet l’éclaire, l’homme, dont on découvre enfin les traits, prononce la ritournelle la plus glamour de l’histoire du cinéma : « My name is Bond, James Bond. » Le charme opère. Un style et une attitude s’imposent dans le monde.

Le succès toujours présent du héros tient aussi à autre chose, un supplément d’âme qui transcende les costumes et les gadgets, les décors de rêve, l’artefact et le trompe-l’œil de l’espionnage de gala. Une forme de désinvolture et de nonchalance, de facilité et de chaleur. 007 possède ce que Jack Bauer ou Jason Bourne, agents new generation aux mêmes initiales que lui, n’auront jamais : il y a en James quelque chose d’un italian lover caché. Mêlant décontraction, modestie et humour, fanfaron léger comme Roger Moore ou matamore mélancolique comme Daniel Craig, porté par ces acteurs, James Bond a la fougue animale et virile du marin génois rentré au pays. Ou encore lorsqu’il est incarné par Sean Connery, qui transforme une saga d’espionnage en comédie à l’italienne.
Secret du cocktail bondien
Ici, en ouverture de « Vivre et laisser mourir », de retour au bercail après une mission à Rome, 007 chuchote à l’oreille de Mlle Caruso « Siamo sole », dans un italien impeccable ; là, il se rend à Venise en charmante compagnie, dans « Bons baisers de Russie », « Moonraker » et « Casino Royale », tropisme majeur de l’attrait de James Bond pour la Piazza San Marco et le Palais des Doges ; sans oublier le moment où étincelle dans son regard le charme d’un Vittorio Gassman ou d’un Marcello Mastroianni. Suavité méditerranéenne, au cœur d’une maîtrise glacée, déchirant le brouillard londonien, tel est le secret du cocktail bondien !

Tel un esthète au style nietzschéen, l’agent secret quitte la grisaille du Nord pour l’éclat lumineux du Sud, délaisse les brumes de Parsifal et tombe dans les bras de la sensualité ardente de Carmen. James Bond latinise-t-il l’espionnage, comme Nietzsche défendait l’idée qu’il fallait « méditerraniser la musique » ? Puisse Daniel Craig, malgré la violence du monde, malgré les deuils qui s’accumulent, malgré, enfin, la part du Spectre en lui et de ses propres fantômes, puisse Daniel Craig mêler encore le sens de la dolce vita à l’affrontement des méchants les plus diaboliques, pour son dernier tour de piste en smoking à l’automne.

 

Par Aliocha Wald Lasowski (Essayiste)
Publié le 05 juin 2020

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La presse

Bond plaît-il encore aujourd’hui ?

Abus sexuels dans l’enfance, prostitution, être mère, Krystèle se livre sans tabou
 

 
Il y a des vies qui connaissent nombre de mésaventures. Krystèle (prénom d'emprunt) se raconte dans un livre poignant, naturel, sans le moindre filtre, des violences sexuelles qu’elle a vécu enfant à sa vie de prostituée tout en étant mère de famille. Une destinée singulière que nous avons voulu découvrir.

Dès le début de l’entrevue téléphonique, une petite voix, presque enfantine, nous répond. Tout en fragilité, Kristèle dont le livre "Une maman presque parfaite", vient de paraître chez Max Milo éditions, donne le ton de l’interview : sincérité et tabou dévoilé. Mère de cinq enfants, Kristèle, 47 ans, habitant le Var, revient en détails sur sa vie qui a traversé de nombreuses épreuves, sûrement trop pour une seule personne. Sa vie au quotidien, ses relations avec ses enfants, sa famille, ses amis, et l’engrenage qui l’a mené à se prostituer, tout est abordé.
"Chaotique", c’est le mot choisi par Krystèle pour résumer son enfance, pilier de la vie de chacun mais ici horriblement sombre. Elle est placée les premières années de son existence dans une famille d’accueil, car sa mère ne pouvait s’occuper d’elle. À ses cinq ans, notre interlocutrice retrouve sa mère. Cette dernière vit avec son compagnon de l’époque. "Un soir, quand elle est partie faire des ménages pour gagner sa vie, l’homme avec qui elle partageait sa vie m’a réveillé dans mon sommeil. Et il m’a dit ‘viens manger le poisson’." Cette métaphore scabreuse évoque la fellation. Un moment plus que douloureux et traumatisant. "J’ai vomi et il m’a demandé de tout nettoyer avec ma bouche", témoigne la mère de famille. La petite fille ne dit rien à sa mère, car son bourreau lui dit qu’il la tuera si elle avoue. Des suspicions de maltraitance alertent les services sociaux, car l’enfant est aussi battu. Mère et fille quittent le domicile. Krystèle dit tout à sa mère, celle-ci lui répond "on n’en parle plus, c’est fini". Au vu de cette réponse, dans l’esprit de la petite fille, ces abus deviennent presque normaux, "pas graves".

Un espoir d’une nouvelle destinée se présente. La mère de Krystèle se remet en couple. Un petit frère arrive vite. Étant bipolaire et maniaco-dépressive, c’est à l’auteur d’"Une maman presque parfaite" de s’occuper du bébé. Une enfant s’occupant d’un enfant. "Je mettais mon frère dans la poussette et j’allais faire les courses", confie-t-elle. La noirceur des mauvais jours revient hanter la jeune fille. Ce nouvel homme, ce nouveau beau-père, lui montre des revues pornographiques et des sévices en découlent. Un éternel recommencement dans la perversion humaine se joue.
Quelle est donc sa vision de la sexualité face à ces monstruosités ? "Je savais à l’époque que ce n’était pas bien, que je n’avais pas l’âge pour voir cela. J’étais gênée. Le monde des adultes est arrivé très vite, je n’ai pas eu d’enfance. Quand je suis devenue maman, je me suis dit ce n’est pas possible de faire cela à un enfant."
Pendant ses études, une véritable souffrance s’installe. Au collège, Krystèle se sentait "différente des autres" et ses camarades ne l’aidaient pas à aller mieux. Brimades, exclusions, l’école n’est pas cet endroit où elle peut respirer dans un quotidien déjà difficile. Au bout d’un moment, elle décroche du système scolaire malgré "un bon potentiel".
Seul lieu pour décompresser : la boîte de nuit. "C’était une délivrance, une échappatoire. Mais c’est aussi là-bas que j’ai découvert l’alcool, à 14 ans", explique-t-elle. Dans ce milieu de la fête, Krystèle s’aperçoit qu’elle plaît aux hommes. Elle accepte ainsi toutes leurs demandes sexuelles, car la jeune femme cherche de la tendresse avant tout. Pour elle, donner son corps était le prix à payer pour trouver une épaule sécurisante.
À bout de souffle, à 20 ans, Krystèle fait une tentative de suicide en avalant des pilules appartenant à sa mère : "Je n’ai pas regretté ce geste, car je n’ai pas pensé à la suite. Pour moi, me réveiller ou non n’était pas une crainte". Deux jours après sa sortie de l’hôpital, elle est de retour en boîte de nuit, tout en gardant en elle, comme toujours, ce dégoût de cette vie. "J’ai l’impression de ne pas mériter une vie normale", témoigne Krystèle.
Cette "vie normale", elle y goûte quelques années après. Elle devient femme de militaire, avec trois enfants, pendant 10 ans. "Mais du jour au lendemain, j’ai tout fait s’envoler", nous dit-elle. Une réelle autodestruction qu’elle ne cache pas.

La prostitution
Sur la prostitution, Krystèle est aussi très libre pour raconter son parcours. Très jeune, déjà, elle montait dans des voitures contre rémunération. "Je ne cherchais pas, cela venait à moi". Lors de son vrai premier rendez-vous dans l’’escorting’ aucune intimidation. "Quand on est inscrit sur un site Internet en tant qu’escort, on rencontre des hommes qui ne sont, en général, pas violents, en tout cas, moi, je n’ai pas vécu de mauvaises choses. Ce n’est pas comme dans la rue. Dans ces situations, je me déplace ou ils viennent chez moi", livre Krystèle. En ce qui concerne l’évolution du métier de prostituée au fil des années, elle nous explique qu’il y a beaucoup d’individus qui correspondent avec elle par messages sans jamais vouloir la voir, et en posant toujours les mêmes questions. "Ce sont des curieux. Une fois, j’ai eu un client qui, après avoir passé un moment avec moi, m’a fait la leçon via un sms : ‘pourquoi tu fais ce job ?’ Je lui ai dit ‘mais tu as fait appel à moi donc pourquoi tu me dis cela… ‘" Être une prostituée, c’est un métier pour Krystèle, comme n’importe quel autre. Elle voit ses clients puis elle revient à son rôle de mère. Son corps est son outil de travail qui lui permet de vivre. Mais elle n’hésite pas à dire qu’elle a hâte d’arrêter la prostitution. Une lassitude s’est installée. "Le sexe me dégoûte. Depuis trois ans, je ne fais plus rien avec mon compagnon", formule Krystèle. Son regard est le même sur les hommes. Une envie et une confiance se sont perdues.
Pour la sociologue Françoise Gil, la soi-disant contradiction ‘maman’ et ‘putain’ est une question à appréhender. Selon ses dires dans le livre de Krystèle, "ces mères travailleuses du sexe sont généralement très exigeantes quant à l’éducation de leurs enfants. La plupart d’entre elles inscrivent leurs enfants dans des écoles privées, contrôlent leurs résultats scolaires et surveillent leurs sorties et fréquentations. Elles tiennent leurs enfants à l’écart de mauvaises rencontres, de la ‘racaille’, comme disent certaines... Le mythe de la bonne mère tient toujours les femmes sous contrôle, même si les apports de la psychanalyse et les travaux féministes ont considérablement concouru à la déconstruction du concept."

Son rôle de mère
Une sorte de double identité définit Krystèle. Sans peur d'être jugée, elle nous dit que quand ses filles (d’une deuxième union) sont chez leur nounou, elle reçoit ses clients. Comme excuse, elle justifie de faire des ménages. Et sur la question du secret qui entoure son activité, tout est sous contrôle, aucun de ses enfants n’est au courant. Même quand elle les gâte avec un argent qui fait défaut certains mois, ses plus grands ne demandent rien. Certaines stratégies sont mises en place, quand ses enfants de son premier mari venaient la voir, elle travaillait des semaines avant pour mettre de l’argent de côté et être totalement disponible pour eux, sans avoir de contacts avec des clients.

Au moment où elle va chercher ses filles à l’école, un certain décalage avec les autres mamans se fait ressentir. "À force de mentir, je me dis que je vais devenir complètement mythomane !" Les soucis des autres femmes ne sont plus en adéquation avec son quotidien. "Je ne peux pas être amie avec elles", révèle-t-elle.
Le principal, ce sont ses "merveilles", comme elle appelle ses enfants, qui sont toute sa vie. Sans eux, elle n’est rien. Krystèle est une maman avant tout, qui fait attention à ce que ses enfants soient heureux et ne manquent de rien. "Une maman presque parfaite".

Par Celine Peschard créé le 2 juin 2020

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La presse

Maman et prostituée
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