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La Nordiste Stéphanie Gibaud, qui avait dénoncé les agissements de la banque UBS en 2008, attend le prochain projet de directive européenne sur les lanceurs d’alerte…
 

 

 

Julian Assange, Edward Snowden, Antoine Deltour… La liste est longue des lanceurs d'alerte qui sont inquiétés par la justice. Alors que la Commission européenne doit plancher, ces jours-ci, sur une directive pour mieux protéger ces lanceurs d’alerte en Europe, 20 Minutes a interrogé la Nordiste Stéphanie Gibaud sur le sujet. Auteure d’un livre La traque des lanceurs d’alerte, sorti en octobre 2017, elle a elle-même dénoncé l'affaire UBS dont un procès doit se tenir en octobre à Paris.
Qu’attendez-vous de cette directive ?
Il est temps car pour l’instant, en France, le gouvernement semble plus préoccupé à protéger les secrets des affaires que les lanceurs d’alerte. Cette loi, qu’Emmanuel Macron soutient, sera une façon de censurer la liberté d’expression car les journalistes vont avoir peur des conséquences juridiques. Dans l’affaire Luxleaks, un journaliste s’est déjà plaint du viol du secret des sources.
Vous parlez beaucoup d’éthique…
Il y a les paroles, mais où sont les actes ? On se dit que dans un pays comme le nôtre où il y a le plus de lois et de règlements, l’éthique est protégée. Or on voit des laboratoires pharmaceutiques fabriquer des médicaments dangereux pour la santé, des entreprises agroalimentaires empoisonner les consommateurs, des banques faciliter l’évasion fiscale… Où est l’éthique ?
En France, il existe la loi Sapin qui évoque la protection des lanceurs d’alerte…
Ce n’est pas suffisant. Les lanceurs d’alerte sont licenciés, ruinés et abandonnés de tous. Ils se retrouvent devant la justice avant ceux qui fraudent. J’ai récemment été auditionnée sur le sujet par l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques]. J’ai évoqué l’affaire récente d’un chauffeur qui accuse Arcelor Mittal d’avoir déversé des produits toxiques dans la nature en Moselle. C’est le chauffeur qui est traîné en diffamation et personne ne bouge.
Dans votre livre, vous racontez l’expérience de plusieurs lanceurs d’alerte…
J’évoque une cinquantaine de personnes, dans toute l’Europe, qui ont tout perdu pour avoir dit la vérité. Des experts de l’ONU ont estimé par exemple que Julian Assange, par exemple, était traité de manière arbitraire. Même les avis de l’ONU ne sont pas écoutés. La démocratie a été prise en otage.
Existe-t-il des solutions ?
Les lanceurs d’alerte sont simplement des témoins, des victimes et des plaignants. On ne revendique rien d’autre. Nous sommes le nombre. Toute solution ne viendra que de la mobilisation citoyenne. Grâce à Internet et aux réseaux sociaux, on parvient à savoir ce qui se passe et à se rassembler. Par exemple, une plateforme de lanceurs d’alerte s’est créée en Afrique.
Il reste de l’espoir…
Je viens d’être nommée membre du jury pour un Award à remettre, à Strasbourg, en mai, à un lanceur d’alerte ou un journaliste qui s’est montré pro-actif pour défendre le droit à l’information. Cette récompense a été fondée par des parlementaires européens – il n’y a pas de Français — en l’honneur de la mémoire et du travail de la journaliste Daphné Carouana, tuée il y a six mois à Malte, alors qu’elle enquêtait sur la corruption des élites. Ce genre d’initiative éveille les consciences.
Comment vivez-vous ?
Aujourd’hui, j’ai des problèmes de sécurité. Parfois, mon téléphone portable tombe en panne mystérieusement. J’ai touché mon dernier salaire en février 2012. Depuis, mon patrimoine y est passé. J’essaie de me réinventer. En début d’année, j’ai créé une société, Eticare, qui me permet de donner des conférences dans des entreprises solidaires.

 

20 Minutes Lille - Propos recueillis par Gilles Durand

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La presse

Où sont les actes ?

Stéphanie Gibaud, lanceuse d’alerte
"Les rôles sont clairement inversés : la personne honnête est stigmatisée par l’employeur, alors que le contenu de son alerte n’est le plus souvent pas commenté par l’entreprise."

 

Stéphanie Gibaud, qui fut licenciée après avoir dénoncé en 2008 les pratiques de son entreprise, la banque UBS, fait ce constat : les informations des entreprises, des États ou des administrations sont mieux protégées que les citoyens. “Un lanceur d’alerte est un citoyen honnête et de bonne foi qui décide de témoigner publiquement d’actes délictueux, d’actions illicites ou illégales dont il a pris connaissance. (…) Il est avant toute chose un témoin mais il est aussi une victime, et très souvent il se trouve être un plaignant qui touche au bien commun ou à l’intérêt général”, souligne-t-elle. Ce faisant, le lanceur d’alerte s’expose quasi inéluctablement aux représailles qui vont “du harcèlement, à l’isolement, du licenciement au discrédit”. Triste réalité qu’elle décrit dans son livre ‘La traque des lanceurs d’alertes’, qui renvoie à ce qui s’apparente à une véritable “guerre de l’information” mettant en cause gouvernements, services de renseignements et multinationales. La bataille n’est pour autant pas perdue. ONG, associations, coopératives œuvrent pour plus de transparence et d’intégrité et éveillent les consciences.

Les lanceurs d’alerte défraient la chronique depuis plusieurs années, avec notamment les cas emblématiques et très médiatisés de l’Américain Bradley (aujourd’hui Chelsea) Manning et celui d’Edward Snowden, exilé à Moscou, mais également à cause de la façon inacceptable dont est traité Julian Assange, le fondateur et rédacteur en chef de Wikileaks, enfermé depuis 7 années à l’ambassade d’Équateur à Londres, malgré les rapports d’expertise de l’ONU datant de 2016 et demandant qu’il soit libéré. Ces hommes ont mis en évidence des dysfonctionnements liés directement au gouvernement des États-Unis et souffrent d’emprisonnement, d’exil ou encore d’enfermement. Heureusement, la peine de 35 années de prison de Chelsea Manning a été commuée par le président Obama à son départ de la Maison-Blanche, pour des raisons sanitaires.
“Diseur de vérité”
En France, le grand public a découvert ce terme “lanceur d’alerte” notamment après la loi de moralisation de la vie publique passée après que le scandale Cahuzac a éclaté. En ce qui me concerne, je ne trouve pas ce terme approprié car personne au sein de la société civile ne comprend véritablement sa définition, ni les enjeux liés à ce “statut”. Pour moi, un lanceur d’alerte est avant toute chose un témoin, mais il est aussi une victime, et très souvent il se trouve être un plaignant dans un dossier qui touche au bien commun ou à l’intérêt général. La Courage Foundation, basée à Berlin – qui défend entre autres Assange, Snowden et Manning – définit un lanceur d’alerte comme un “diseur de vérité”. Je trouve cette définition très juste. Tous ceux qui disent la vérité sont assassinés, au sens propre ou au sens figuré, quel que soit le pays où l’alerte est donnée.
““lanceur d’alerte”, je ne trouve pas ce terme approprié car personne au sein de la société civile ne comprend véritablement sa définition, ni les enjeux liés à ce “statut””
Il s’agit de citoyens honnêtes et de bonne foi, qui décident de témoigner publiquement d’actes délictueux, d’actions illicites ou illégales dont ils ont pris connaissance. Les affaires d’évasion fiscale institutionnalisées au sein des banques ont été très médiatisées ces dix dernières années ; des hommes courageux ont dénoncé chacune d’entre elles en prenant des risques énormes liés à leur sécurité, à leur carrière, à leur famille. Ils se sont retrouvés en justice bien avant que les banques ne soient sur le banc des accusés. Ce qui est vrai avec la finance depuis longtemps l’est aujourd’hui avec la quasi-totalité des industries et des administrations.
Inversion des rôles
Lorsque j’ai écrit ‘La traque des lanceurs d’alerte’ (Max Milo), j’ai rencontré des fonctionnaires qui m’ont très bien expliqué qu’ils sont tous obligés, dans le cadre de leur emploi, de dénoncer des irrégularités et des dysfonctionnements, en vertu de l’article 40 du code de procédure pénale. Hélas, dès qu’ils actionnent cette sirène d’alarme obligatoire, imposée à chaque fonctionnaire en poste, ceux-ci sont systématiquement placardisés, isolés et traînés en justice, alors que les personnes qu’ils dénoncent, les auteurs des délits, ne sont pas mises en examen et encore moins poursuivies.

Dans le secteur privé, les violences professionnelles sont monnaie courante. Dès que le “lanceur d’alerte” dénonce en interne, un modèle répétitif de pressions s’exerce contre lui, du harcèlement à l’isolement, du licenciement au discrédit. Les rôles sont clairement inversés : la personne honnête est stigmatisée par l’employeur, alors que le contenu de son alerte n’est le plus souvent pas commenté par l’entreprise. Les lanceurs d’alerte subissent tous des représailles plus ou moins violentes. Pour la plupart d’entre eux, ils ont tous été harcelés et licenciés par les entreprises dont ils ont dénoncé les dysfonctionnements. Ils ont tous été traînés en justice par ces entreprises avant même qu’elles n’y soient elles-mêmes amenées.
“Les rôles sont clairement inversés : la personne honnête est stigmatisée par l’employeur, alors que le contenu de son alerte n’est le plus souvent pas commenté par l’entreprise”
Des mots et des expressions reviennent, inlassablement identiques dans la communication des grands groupes, notamment ceux “d’allégations mensongères”, de “présomption d’innocence”, voire de ne “jamais commenter une affaire tant qu’elle est en cours”…

Les représailles sont parfois physiques, elles sont très souvent psychologiques, elles sont également juridiques et judiciaires, elles sont enfin financières, puisque la grande majorité des lanceurs d’alerte ne retrouve pas d’emploi. La précarisation guettant tout lanceur d’alerte, c’est une façon de le museler et d’indiquer à tout lanceur d’alerte potentiel qu’il se retrouverait dans la même situation s’il osait, lui aussi, dénoncer des dysfonctionnements touchant à l’intérêt de chacun.

Pendant ces années de combat, la justice prend son temps. En étant parcellaire dans ses jugements, elle n’indemnise ni ne répare les citoyens – quand toutefois elle leur donne raison.
L’opacité des entreprises et des administrations
À notre époque, les lanceurs d’alerte jouent tout simplement le rôle de celui que devraient avoir en entreprise les auditeurs, les responsables de la conformité, les responsables juridiques ou les dirigeants. Ils jouent aussi le rôle de journalistes d’investigation, puisqu’ils vont au contact de l’information pour la comprendre, pour la décrypter. Les journalistes, qui sont les premiers à alerter, trouvent des sources fiables et très bien informées au sein des entreprises.

Les actions de ces lanceurs d’alerte permettent de contribuer à la transparence et l’éthique que chaque administration et chaque entreprise se doit d’avoir vis-à-vis de ses clients, de ses usagers ou encore contribuables. Pourquoi est-il véritablement surprenant qu’une génération se lève vis-à-vis de ces dérives ? Ne s’agit-il pas là de redonner tout simplement son sens à la démocratie, au vivre-ensemble ?

Nous savons aujourd’hui que les citoyens sont très observés (Patriot Act aux États-Unis par exemple – loi massive de surveillance). Les entreprises et les administrations quant à elles sont bardées de protections, qui permettent de facto l’opacité de leurs informations. La directive Secret des Affaires à Bruxelles va dans ce sens et la précipitation avec laquelle son application en France est votée – sans prendre en compte le volet de la loi Sapin II relative à la protection des lanceurs d’alerte – nous fait nous interroger sur la liberté de la presse, le devoir de vigilance, le travail des ONG et les libertés syndicales. En effet, la définition liée à la “protection des savoir-faire et des informations commerciales” étant très vaste, il est à craindre que n’importe quelle information interne pourra être classée dans cette catégorie. Des sanctions pénales sont prévues, avec des procédures longues et coûteuses, pour celles et ceux qui divulgueront des informations. Nos affaires ont déjà prouvé que les informations étaient mieux protégées que les citoyens. Preuve en est avec nos propres dossiers, qui traînent en longueur depuis 2007 : la France, pays des droits de l’homme, ne s’est dotée d’un chapitre lié à la protection des citoyens lanceurs d’alerte au sein d’une loi-cadre dite “loi Sapin II” que très récemment, en décembre 2016, entrée en application en entreprise qu’au 1er janvier 2018.
“La directive Secret des Affaires à Bruxelles va dans ce sens et la précipitation avec laquelle son application en France est votée nous fait nous interroger sur la liberté de la presse, le devoir de vigilance, le travail des ONG et les libertés syndicales”
Nous avons tous à gagner à plus de transparence et d’éthique, puisque nous sommes tous concernés par les dysfonctionnements d’intérêt général. Il s’agit ici de redonner du sens à nos vies et à celles des générations futures. Il est question à la fois de la responsabilité individuelle des collaborateurs et des fonctionnaires, mais aussi de responsabilité collective. Comment accepter que des entreprises vendent à leurs clients des produits ou des services qui ne sont pas bons ? Si certains ne se sentent pas concernés par certains types de dérives, ils le seront de facto par d’autres produits puisqu’aujourd’hui, nous savons que toutes les industries sont concernées.

Les enjeux sont colossaux car l’opacité, le secret dont bénéficiaient ces pratiques ont permis l’impunité. Est-il utile de rappeler l’aplomb avec lequel notre ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac a menti à la fois aux journalistes, sur des plateaux de télévision et face aux caméras de notre Assemblée nationale au sujet de ses comptes offshores chez UBS à Genève ?

Julian Assange ne serait pas enfermé dans l’ambassade de l’Équateur à Londres depuis 7 années s’il ne disait pas la vérité. La lanceuse d’alerte Françoise Nicolas n’aurait pas subi une tentative de meurtre sur son lieu de travail si elle n’avait pas dénoncé les dysfonctionnements comptables de l’ambassade de France pour laquelle elle travaillait.
Une guerre de l’information
Il est important de comprendre que le combat n’est plus contre l’entreprise X ou l’administration Y. Cette guerre d’informations est menée contre nos gouvernements et nos services de renseignement. Nos affaires le prouvent : nos élus et nos gouvernements permettent ce type de dérives, voire les incitent car ils en profitent directement. Un élu me racontait récemment être témoin du fait que certains lobbies préparent et rédigent eux-mêmes les projets de loi. Nous marchons sur la tête !

Un autre exemple : nous avons entendu un commissaire européen déclarer début 2018 qu’il n’y avait plus de paradis fiscaux en Europe. Tout leur semble permis.

Depuis dix ans, un travail exceptionnel a été fait en matière d’information face à la communication établie par les multinationales et les gouvernements. Les consciences s’éveillent doucement grâce à Internet et la pluralité des chaînes de télévision et de radio qui y sont hébergées. La jeune génération comprend que le canal des médias mainstream n’est pas adapté aux enjeux de notre civilisation ; elle est à même d’aller chercher du contenu ailleurs, sur le web.
“Un élu me racontait récemment être témoin du fait que certains lobbies préparent et rédigent eux-mêmes les projets de loi. Nous marchons sur la tête !”
Les journalistes d’investigation œuvrent pour la plupart sur le web, il est primordial qu’ils puissent continuer à informer en travaillant en toute sécurité. Nous avons appris ces derniers mois l’assassinat de deux journalistes en Europe qui enquêtaient sur des affaires de corruption à Malte et en Italie. Le vieux continent est pointé du doigt en matière de liberté de la presse, même la France. Gardons également à l’esprit que 95 % des médias mainstream français sont détenus par neuf milliardaires. Bruxelles quant à elle n’a jusqu’à présent pas montré d’intérêt particulier pour une presse indépendante et libre.

Les informaticiens sont ceux qui maîtrisent les outils et le fonctionnement des réseaux, ils expliquent de manière didactique les enjeux des blockchains, des bitcoins ou encore des logiciels libres pour plus que l’information, porteuse de vérité, soit à la portée de tous.

Les solutions au changement vers plus de transparence et d’intégrité sont citoyennes, elles réussiront grâce au travail des ONG, des associations et des coopératives qui œuvrent à cet éveil des consciences. Ces propositions citoyennes passent par exemple par le boycott de produits qui ne sont pas éthiques ou ne sont pas bons pour les consommateurs, mais aussi par le “boycott”, c’est-à-dire acheter un produit parce qu’il est inscrit dans une dynamique écologique, par exemple. Ainsi, il n’y a qu’en nous rassemblant que nous lutterons efficacement contre les dérives et défendrons nos intérêts citoyens.
Bio express
Stéphanie Gibaud, spécialiste des relations publiques et du marketing événementiel, entre en 1999 chez UBS France à Paris (Union des banques suisses). Son métier est de développer sur le territoire français des partenariats avec des maisons de luxe et d’organiser des événements pour les clients fortunés de la banque. Lanceuse d’alerte, elle dénonce dès 2008 les pratiques financières de son employeur. Elle publie en février 2014 ‘La femme qui en savait vraiment trop’ (au Cherche midi). Dans ce livre, elle explique certains dysfonctionnements de la banque, concernant notamment le démarchage illicite des chargés d’affaires suisses sur le territoire français et l’évasion fiscale.

En 2015, elle reçoit le Prix Anticor. Depuis lors, elle est régulièrement auditionnée, que ce soit au Parlement européen ou à l’Assemblée nationale, sur ces questions. Dans son dernier livre ‘La traque des lanceurs d’alerte’ (chez Max Milo), elle détaille la vie d’une cinquantaine de lanceurs d’alerte et dénonce les risques pris par ceux-ci au nom de l’intérêt général. Elle a été co-présidente du comité de soutien de Nicolas Dupont-Aignan, candidat à l’élection présidentielle de 2017.

 

Le Nouvel Économiste - Propos recueillis par Philippe Plassart

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La presse

Sur la brèche

Le politologue Paul Ariès, l'ancien député suisse Josef Zisyadis, le président de Slow food international Carlo Petrini et Jean Ziegler, l'ancien rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation considèrent qu'il est possible d'avoir une alimentation bonne, saine et juste pour tous, si l'on évite deux écueils. « Le premier danger serait de nous laisser imposer une alimentation toujours plus carnée, le second danger serait d’accepter les viandes artificielles issues des biotechnologies.»

 

L’année 2018 commence par un double signal.
La famine menace à nouveau presque un milliard d’humain.

Nous ne pourrons nourrir 8 et bientôt 10 milliards d’humains que si nous choisissons d’avancer vers une alimentation bonne, saine et juste, ce qui suppose déjà de nous prémunir de deux dangers relatifs à notre alimentation carnée. Le premier danger serait de nous laisser imposer une alimentation toujours plus carnée, le second danger serait d’accepter les viandes artificielles issues des biotechnologies. Nous refusons ces deux aspects d’un même productivisme. Nous faisons, au contraire, le pari qu’il est possible de manger certes moins de viandes mais meilleures, car garantissant le bien-être animal, de bonnes conditions de travail aux éleveurs, aux salariés des abattoirs, et, le maximum de plaisir, de partage et de santé aux mangeurs.

Une alimentation moins carnée

La viande représente environ 50 % de notre impact sur l’environnement au titre de notre alimentation alors que son apport en nutriments est infiniment plus faible : le taux de transformation des calories végétales en calories animales est de 4 pour 1 pour la production de porc et de poulet et de 11 pour 1 pour le bœuf et le mouton. Toutes les viandes n’ont pas le même bilan carbone : il faudrait au regard de ce seul critère préférer le poulet au porc, le porc au mouton, le mouton au bœuf, le bœuf au veau. Le choix des viandes les moins nocives n’est, cependant, pas aussi simple au regard d’autres critères. Il faudrait, par exemple, préférer la viande de veau et de bœuf au porc et à la volaille, car ces derniers, omnivores sont des concurrents directs des humains alors que les ruminants, grâce à leur système de digestion, transforment des aliments grossiers à base d’herbe en protéines utilisables par les humains et ceci, sur des surfaces (plateaux montagneux, plaines inondables) où il serait impossible de réaliser du maraîchage ou des céréales. La viande de bovin est, en outre, beaucoup moins chargée en résidus de pesticides et de produits chimiques que les autres. La production de 1 kilo de viande de veau rejette, cependant, la même quantité de gaz à effet de serre qu’un trajet automobile de 220 kilomètres contre 30 km pour 1 kilo de porc. Pour une même surface, une alimentation végétale nourrit 30 personnes, une alimentation à base de viande, œufs, lait 5 à 10 personnes, et, si ce repas comprend surtout de la viande rouge, 2 à 3 personnes. Nous ne devons pas oublier, cependant, les services indispensables que les animaux d’élevage rendent en matière d’aménagement des territoires mais surtout de qualité des sols. Sans élevage, nous serions acculés à une fuite en avant vers toujours plus d’industrialisation et d’artificialisation agricoles.

Le piège des biotechnologies

L’autre grand danger est l’invention d’une agriculture sans élevage avec le développement de substituts industriels aux productions animale, qualifiées d’élevage « biotech ». Ces premières viandes artificielles pourraient être introduites sur le marché sous forme de carpaccio avant d’être commercialisées, dans dix ans, sous forme de morceaux produits in vitro. Cette solution présentée comme miraculeuse ne va pas sans menaces : produire de la viande artificielle entraînerait des coûts exorbitants, nécessiterait d'énormes quantités d’hormones pour favoriser la croissance et d’antibiotiques pour éviter les contaminations. Depuis le début du XXIe siècle, on ne compte plus cependant les brevets déposés pour produire de la viande soit par clonage soit en cultivant en laboratoire des cellules musculaires de poulet, de bœuf ou de porc, comme on le pratique, déjà, pour fabriquer de la fausse bière ou des faux yaourts. Les promoteurs de cette agriculture sans élevage se recrutent au sein des grandes firmes. La fondation Bill Gates soutient ainsi Beyond Meat et Hampton Greek Foods qui proposent, déjà, des ersatz de poulet sans poulet, de bœuf sans bœuf, des œufs qui n’en sont pas, etc.

L’alternative à ces deux dérives productivistes est bien d’inventer un nouveau mariage entre les humains et les animaux, les premiers donnant de bonnes conditions d’élevage et les seconds offrant leur viande, dans le respect de la chaîne alimentaire.

Signataires :

Paul Ariès, politologue, auteur de « Une histoire politique de l’alimentation du paléolithique à nos jours », Max Milo, 2017.

Carlo Petrini, président de Slow Food international.

Josef Zisyadis, ancien député, Président de Slow Food Suisse, membre du Comité national suisse de la FAO.

Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation, vice-Président vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies.

 

Le blog de Les invités de Mediapart

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La presse

Pour une nouvelle alliance entre animaux, éleveurs et mangeurs !

Une mère de famille comparaît devant la cour d'assises de Pau pour avoir tué sa fille de 2 ans et demi.

Elle est atteinte du syndrome de Münchhausen, une forme de maltraitance rare et méconnue du grand public.

 

 

Depuis lundi, Laëtitia, 32 ans, comparaît devant la cour d'assises de Pau pour avoir étouffé Lilyana, sa fille de 2 ans et demi en 2014. Elle est aussi soupçonnée d'avoir tenté d'asphyxier un autre de ses sept enfants à plusieurs reprises en 2005. «Je voulais que le petit ne respire plus pour que les infirmiers viennent s'en occuper...Je faisais pareil avec Lilyana. Je l'étouffais avec ma main», dira-t-elle devant les enquêteurs. Cette forme de maltraitance a un nom: le syndrome de Münchhausen par procuration ou SMP, dans le jargon médical.

Mais de quoi parle-t-on exactement? Il s'agit d'un comportement anormal de la part d'une personne - très souvent une femme - qui blesse ou rend malade volontairement un tiers - souvent son enfant - dans le but d'attirer l'attention et d'apparaître comme un parent dévoué et exemplaire aux yeux des autres. Celui qui en est victime subit dès lors une double maltraitance: celle de la mère et celle du médecin qui lui administre des traitements inutiles, des examens lourds et parfois des interventions irréversibles.

Du savon sous la peau, des opérations inutiles
Dans les cas les plus extrêmes, cette maltraitance peut conduire à la mort, comme c'est le cas de Laëtitia à Pau, accusée d'avoir directement étouffé son enfant. «Mais plus fréquemment, ce sont des mères qui vont provoquer des fièvres, des diarrhées ou des anémies en prélevant du sang», constate le Dr Catherine Isserlis, pédopsychiatre et anciennement chef de service à l'hôpital de Versailles. Au départ, «elles ne sont pas dupes de leur comportement mais à la longue, elles peuvent s'autopersuader que leur enfant est malade».
Des cas rapportés dans la presse par des soignants ou dans la littérature scientifique font froid dans le dos. Il y a par exemple cette mère qui injectait du savon sous la peau de sa petite fille, ce qui créait des lésions dermatologiques impossibles à soigner. Une autre, toujours en France, avait fait hospitaliser son enfant pour des saignements dans les selles. Les médecins avaient finalement découvert qu'elle mettait le sang de ses règles dans les couches de son enfant. Une autre encore, en Australie, donnait des anticancéreux à sa fille de 4 ans quand une autre aux États-Unis a fait subir 13 opérations à son garçon de huit ans, selon CBS.
«C'est là que c'est pervers. Le parent pousse le médecin dans son impuissance à trouver la maladie» Dr Catherine Isserlis, pédopsychiatre

Face à ces parents maltraitants, les médecins ont souvent beaucoup de mal à comprendre ce qui se joue et mettent du temps avant de poser un diagnostic. Comment imaginer un instant qu'une mère aussi attentionnée puisse manipuler le corps médical? Elle maîtrise souvent très bien le vocabulaire médical et le spécialiste se prend au jeu. «C'est là que c'est pervers», commente le Dr Isserlis. «Le parent pousse le médecin dans son impuissance à trouver la maladie». Et lorsque ce même parent sent qu'il est sur le point d'être démasqué, «il emmène son enfant vers un autre hôpital», ajoute le médecin aujourd'hui à la retraite.

Certaines mères font preuve d'une redoutable ingéniosité pour tromper les médecins. Comme celle de Delphine, qui avait falsifié les résultats d'analyses pour faire croire au médecin que sa fille souffrait d'insuffisance rénale. À aucun moment, le médecin ne s'est douté que les résultats biologiques pouvaient être faux et il a retiré le rein gauche de la petite fille de 8 ans. Dans la foulée, sa mère a insisté pour qu'elle subisse une seconde ablation du rein. Son désir absolu: que sa fille reçoive une greffe de rein. C'est là que le professionnel de santé a commencé à douter. Il a réalisé des examens en cachette et a découvert que Delphine n'avait aucun problème. Elle a raconté son histoire dans un livre* et dans un récent documentaire diffusé sur France 5.
De lourds traumatismes pour l'enfant
Combien, comme Delphine, ont subi ce type de maltraitance? Difficile de le savoir car «nombre de cas ne sont pas signalés et un nombre encore plus important passe inaperçu», remarquait le Dr Isserlis dans un article publié sur le sujet en 2008. Elle cite cependant une étude réalisée en Grande-Bretagne et en Irlande qui permet d'avoir un ordre de grandeur: 2,8 sur 100.000 enfants de moins d'un an seraient concernés. D'après nos calculs, 21 nourrissons subiraient ce type de maltraitance en France. «Une extrapolation à prendre avec prudence», prévient le Dr Isserlis. «Ce qui vaut pour la Grande-Bretagne, ne vaut pas forcément pour la France». Ce qui est certain, c'est que le phénomène reste rare.

C'est une incohérence dans le discours de la mère, l'intervention d'un parent extérieur ou le médecin lui-même qui va finir par mettre un terme à cette spirale infernale. Lorsque ce dernier va découvrir l'ampleur des mensonges, il va faire un signalement à l'aide sociale à l'enfance et un autre au procureur de la République. Le juge des enfants pourra alors décider d'un placement judiciaire. À court terme, les répercussions de ce syndrome sur l'enfant peuvent être importantes. Véronique Masuy, psychologue clinicienne au sein d'un Centre Médico-Psychologique dans le Var, a pu observer des «difficultés d'investissement dans les apprentissages» et des «troubles relationnels» chez plusieurs enfants qu'elle a suivis.

«Toutes ces années passées à l'hôpital, la désillusion brutale quand il découvre que sa mère n'était pas dévouée mais maltraitante... Tout ça est très traumatique pour l'enfant et nécessite une prise en charge psychothérapeutique sur le long terme», insiste le Dr Isserlis. Quant à la mère maltraitante, la pédopsychiatre pense qu'elle peut être soignée. «On peut essayer de comprendre comment elle en est arrivée en mettant en place une psychothérapie». Un travail toutefois difficile et de longue haleine, concède la médecin.
Les histoires extravagantes du baron de Münchhausen
Ce syndrome a été décrit pour la première fois en 1951 par un médecin anglais, un certain R. Asher, dans la très sérieuse revue scientifique The British Medical Journal. Ce médecin l'avait baptisé «Münchhausen», du nom d'un militaire allemand dont les exploits fantaisistes et invraisemblables avaient été racontés par Éric Raspe au XVIIIe siècle. Au départ, le Dr R. Asher s'était intéressé aux personnes qui simulaient ou se rendaient volontairement malades pour attirer l'attention des autres mais c'est le Dr Roy Meadow, qui plus tard théorisa le syndrome de Münchhausen par procuration pour définir ces personnes qui utilisent un tiers pour susciter la compassion d'autrui.
«Quand on leur dit qu'elles sont maltraitantes, elles ne le reconnaissent pas et disent au contraire qu'elles aiment leur enfant» Dr Catherine Isserlis, pédopsychiatre

Curieusement, ces mères éprouvent un profond amour pour leur enfant. «Quand on leur dit qu'elles sont maltraitantes, elles ne le reconnaissent pas et disent au contraire qu'elles les aiment», commente encore le Dr Isserlis. Derrière ce besoin viscéral de susciter l'admiration des autres, on trouve des traumatismes liés à l'enfance. «Souvent, la mère a d'abord souffert d'un syndrome de Münchhausen, provoquant ces troubles sur elle-même, ou a été maltraitée ou abusée dans son enfance et a une faible estime d'elle-même», expliquait dans 20 Minutes Hélène Romano, docteur en psychopathologie et experte auprès des tribunaux. «Ce sont souvent des jeunes femmes très immatures, qui n'ont pas reçu beaucoup de sollicitude de la part de leur propre mère», décrit pour sa part le Dr Isserlis.

Un père absent, une mère alcoolique, des violences et deux viols quand elle était enfant. Lundi, la cour d'assises de Pau s'est penchée sur l'enfance instable de Laëtitia. L'un des enjeux de ce procès est de comprendre ce qui l'a poussé à maltraiter deux de ses enfants, Mathis et Lyliana. Devenue à son tour alcoolique, elle a raconté les coups au sein de son couple, ses passages en hôpital psychiatrique, sa «dépression» et ses «idées suicidaires». «Pour Mathis, ça s'est passé à l'hôpital. J'ai fait une tentative de meurtre. J'avais l'impression qu'on ne s'occupait pas de lui, pas de moi», a-t-elle déclaré depuis le box des accusés, tout en niant son implication dans le meurtre de sa fille Lyliana.

Le verdict est attendu jeudi. Laëtitia encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre de sa fille.

* Delphine Paquereau, Câlins assassins, aux éditions Max Milo, 24 mars 2016

 

Caroline Piquet, Le Figaro

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La presse

Le syndrome de Münchhausen par procuration, un amour mortifère

Jean-François Bouchard est économiste, expert du monde monétaire et bancaire. Ancien conseiller du Fonds monétaire international pour l’Afrique centrale, il répond à mes questions à l’occasion de la parution de l’ouvrage : « Un demi-siècle au bord du gouffre atomique », aux éditions Max Milo.

 

 

Combien de fois avons-nous risqué d’être entrainés dans une guerre nucléaire depuis 1945 ?

En soixante-dix ans, il y a eu exactement vingt-deux crises internationales ou conflits ouverts au cours desquels l’usage de bombe atomiques a clairement été sur la table.

La crise la plus célèbre est sans doute celle des fusées de Cuba : l’un des épisodes les plus « chauds » de la guerre froide entre le bloc occidental et le bloc soviétique. Mais d’autres épisodes de forte tension nucléaire ont marqué cette guerre froide, par exemple en 1961, avec la crise de Berlin, ou en 1983 lors des grandes manœuvres de l’OTAN Able Archer, ou encore lorsqu’un sous-marin atomique soviétique lanceur de missiles, le K-219, a coulé au large des côtes américaines en 1986.

Plusieurs bombardements atomiques ont été envisagés au cours de l’interminable conflit au Vietnam, comme en 1959 avec le plan White ou en 1968 au moment de l’offensive du Têt déclenchée par le général Giap. Mais ce qu’on sait peu, c’est qu’en 1954, lorsque l’armée française était assiégée à Diên Biên Phu, les Américains ont proposé au gouvernement de Guy Mollet trois bombes atomiques pour dégager le camp retranché.

D’autres épisodes nucléaires bouillants ont eu lieu en 1973, lors de la guerre du Kippour, lorsque le général Moshe Dayan a voulu atomiser Le Caire et Damas afin d’inverser le sort d’une guerre où Tsahal semblait ne pas pouvoir résister aux offensives arabes, ou en 1969, au moment de la guerre de frontière entre l’URSS et la Chine : Brejnev, le dirigeant soviétique de l’époque, fera demander presque officiellement aux États-Unis quelle sera leur attitude lorsqu’il déclenchera le feu nucléaire sur le territoire chinois. Heureusement, le conflit s’apaisera lorsque Soviétiques et Chinois parviendront à se parler lors des obsèques de Hô Chi Minh.

Mais la tentation d’utiliser des bombes nucléaires sera aussi très forte à trois reprises contre la Corée du Nord, d’abord en 1950 pendant la guerre de Corée, mais aussi en 1968 et en 1976 lors d’agressions nord-coréennes contre les armées américaines. On peut ajouter dans le même registre qu’en 1994 le président américain Bill Clinton voulait déclencher une guerre classique afin d’en finir avec les développements d’armes atomiques nord-coréens.

Pourquoi la politique des États-Unis vis-à-vis de la Coré du Nord est-elle, selon vous, inadaptée ?

En premier lieu, elle est inadaptée si l’on constate son résultat : les États-Unis, nation la plus puissante du monde, ont été incapables d’empêcher la Corée du Nord, l’un des pays les plus misérables de la planète, d’accéder au statut de puissance nucléaire dotée de fusées intercontinentales. Les trois dictateurs de la famille Kim qui règnent depuis 1948 sur la Corée du Nord ont su magnifiquement manœuvrer les présidents américains pour développer leur puissance nucléaire en dépit des menaces et sanctions de tous ordres.

La politique américaine est aussi inadaptée quant à ses modalités : agir par le biais de sanctions économiques est inopérant. Le meilleur analyste en la matière est Vladimir Poutine, qui a déclaré que les Nord-Coréens mangeront de l’herbe plutôt que de renoncer au programme nucléaire, qu’ils envisagent comme la garantie de leur sécurité face aux menaces américaines. De plus, ces sanctions ne fonctionnent pas : des rapports de l’ONU ou de l’ISIS montrent que de nombreux pays, y compris la France, l’Allemagne ou même le Japon, ont encore des liens économiques avec la Corée du Nord. Il est techniquement très difficile, voire impossible, d’isoler totalement un pays dans un contexte d’économie mondiale globalisée et ouverte.

Enfin, la politique américaine est philosophiquement contreproductive. La Corée du Nord a été fondée, et tire depuis soixante-dix ans sa cohérence, sur un sentiment profond, qui est la haine des Américains. Il faut se rappeler la guerre de 1950-1953 dans la péninsule coréenne : à la fin de celle-ci, la Corée du Nord est un pays ravagé jusqu’à l’os. Il est détruit à hauteur de soixante-dix pour cent. Les villes nord-coréennes ne sont que des tas de cendres et sur les trois millions de morts du conflit, deux millions sont du côté nord-coréen. C’est beaucoup pour un petit pays d’une douzaine de millions d’habitants à l’époque. Kim Il-sung va rebâtir son pays en capitalisant sur la haine des Américains, jugés responsables de cet épouvantable situation. Le mois de juin sera déclaré officiellement « mois de la haine de l’Amérique ». La détestation des Américains deviendra une matière obligatoire enseignée dans les écoles du pays. Les sanctions toujours plus dures et les discours toujours plus menaçants des présidents américains, et notamment aujourd’hui de Donald Trump, ne font que conforter cette situation dans laquelle les Nord-Coréens ont peur des menaces d’une Amérique qu’ils détestent. Et c’est pourquoi se doter de l’arme nucléaire est à leur yeux la seule solution pour se mettre en sécurité, de sorte qu’ils supportent sans se révolter les privations et la dictature.

Vous dressez, de manière surprenante, l’éloge de Clément Attlee…

L’Histoire juge assez mal Clement Attlee, Premier ministre du Royaume-Uni entre 1945 et 1951. Il souffre de la comparaison avec Winston Churchill, qui le méprisait ouvertement. Mais quel que soit le jugement que l’on porte sur Attlee, un épisode au moins justifie de reconsidérer sa mémoire : en décembre 1950, alors que la guerre de Corée faisait rage, il prit un avion pour Washington afin de rencontrer à titre privé le président américain Harry Truman. Attlee est très peu concerné par le conflit coréen ; certains ministres de son cabinet ne savaient même pas situer la péninsule coréenne sur la carte du monde... Mais Attlee est préoccupé par l’aspect moral que prend le conflit : en effet, le général MacArthur, qui dirige la coalition internationale contre la Corée du Nord, veut utiliser des bombes atomiques pour détruire en Mandchourie les bases arrière chinoises qui appuient Kim Il-sung. Or, pour Attlee, employer ces armes épouvantables ne saurait être justifié qu’en situation désespérée, et certainement pas dans un conflit entre la surpuissante Amérique et la minuscule Corée du Nord. L’opprobre qui en résulterait jetterait le discrédit pour l’éternité sur un monde occidental qui apparaîtrait n’accorder aucune valeur aux vies asiatiques.

Truman fut sensible à cet argument. Il s’engagera moralement à consulter ses alliés et refusera finalement à MacArthur l’autorisation d’utiliser des armes nucléaires. Il faut porter cela au crédit d’Attlee : si aucune bombe atomique n’a été utilisée depuis Hiroshima et Nagasaki, peut-être est-ce en partie grâce à cet homme, qui a su placer l’usage de ces armes terrifiantes sur un plan moral, et pas seulement militaire, et institutionnaliser la concertation avant le déclenchement de cette effroyable puissance destructrice.

 

Le blog de Pascal.Boniface, Mediapart

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La presse

Au bord du gouffre

Leur combat ne s’arrête jamais. Les parents d’enfants autistes interpellent sans relâche la société mais aussi les pouvoirs publics pour alerter sur le quotidien de leurs enfants. Olivia Cattan, la présidente de l’association SOS Autisme, nous avait raconté  il y a quatre ans son parcours de combattante pour que son fils autiste puisse aller à l’école.

 

 

Son histoire ressemble à celle de nombreuses mères qui s’échinent à trouver des solutions et déploient des trésors d’ingéniosité pour que tout roule à peu près. Souvent, elles doivent mettre leur vie professionnelle entre parenthèses (comme de nombreux parents confrontés au handicap), et l’isolement guette parfois. Cette année, la nouvelle campagne de l’association – lancée à la veille de la journée internationale de l’autisme lundi 2 avril – souhaite mettre en lumière l’accès aux soins des personnes autistes. Il faut rappeler qu’actuellement, en France, seule l’ortophonie est remboursée par la Sécurité sociale. Pourtant, des milliers de parents font appel à des psychomotriciens, des psychologues ABA, des ergothérapeutes ou des assistantes de vie scolaire privées pour permettre à leur fille et leur fils de pouvoir mener une vie presque comme les autres. Une prise en charge pluridisciplinaire s’élevant en moyenne à 2 500 euros par mois. Un spot avec Bernard Campan et Samuel le Bihan appelle les Français(es) à « parrainer la prise en charge d’un enfant autiste ».
Seules 2% des personnes autistes ont accès à l’emploi
Selon un sondage Ifop pour SOS Autisme*, 89% des Français seraient favorables au vote d’une nouvelle loi permettant un remboursement total de la prise en charge d’un enfant autiste. Les sondés se sentent concernés : ils sont ainsi 83% à se prononcer pour l’intégration des enfants autistes à l’école. Actuellement, seuls 20% d’autistes ont accès à l’école primaire. Aller au collège et au lycée relève du défi : seule une vingtaine d’élèves obtiennent leur bac chaque année. Si on regarde un peu plus loin, côté job, là aussi le chiffre est éloquent : seules 2% des personnes autistes ont accès à l’emploi. Pourtant, 85% des Français se disent prêts à embaucher ou à travailler avec des personnes autistes. Pour rappel, 600 000 personnes autistes vivent en France, dont 250 000 enfants. Alors qu’un quatrième plan Autisme va être présenté la semaine prochaine, les parents sont dans l’attente de ce qui pourrait être annoncé. Un douloureux suspense pour ce qui relève souvent d’un combat quotidien.

* « Les Français et l’intégration des autistes dans la société », Ifop pour SOS Autisme, mars 2018

> Le 2 avril paraîtra également un livre intitulé « Autiste… et Alors ! » (éd. Max Milo). On y retrouve des textes engagés de Monica Bellucci, Marc Lavoine, Juliette Binoche ou encore Patrick Pelloux, accompagnés de photos signées Nikos Aliagas ou Yann Arthus-Bertrand.

Emilie Poyard, ELLE

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La presse

Autisme : un combat qui ne s’arrête jamais

Le 2 avril, c'est la journée mondiale de l'autisme. Le 6, c'est au tour d'Emmanuel Macron et du Premier ministre de dévoiler non plus un « plan » mais une « stratégie » dans ce domaine. Cette démarche s'inscrit dans la lignée de la concertation lancée le 6 juillet 2018 à l'Elysée dans le cadre de la préparation du quatrième plan autisme.

 

 

 
Lettre à Macron et Macron
Méfiance de la part des associations qui se demandent ce qu'un tel changement de terme peut bien dissimuler. En attendant le verdict, certaines n'hésitent à prendre leur plume pour interpeller directement le chef de l'État et son épouse Brigitte Macron qui a plusieurs fois manifesté son engagement public sur cette question. C'est le cas de SOS autisme qui, à l'aube de cette journée tout en bleu (la couleur de l'autisme) voit plutôt rouge. Sa présidente, Olivia Cattan déplore une « situation plus qu'intenable pour des milliers de vos concitoyens. » Dans sa lettre ouverte, cette maman et sœur de personnes avec autisme affirme que «  la France a 40 ans de retard ». Elle cite des chiffres : l'intégration à l'école est toujours de 20% en primaire et seulement 2% de personnes autistes ont accès à l'emploi. « La situation des autistes adultes est catastrophique, poursuit-elle. Les médecins et l'ensemble des personnels de santé ne sont pas formés, les auxiliaires de vie scolaire et les professeurs ne le sont pas davantage. »
Argent, nerf de la guerre
D'autres motifs de colère, inlassablement répétés : les carences de l'école, le manque de place en établissements, les exils forcés, les médecins qui savent rarement appréhender ce trouble, le parcours du combattant pour soigner une simple carie. Cette maman raconte le quotidien de ces parents qui, comme elle, doivent s'informer sans cesse, quitte à se former à tous les métiers. Sans que leur dévouement et leur expertise ne suffisent puisqu'il y a toujours un moment où il faut se résoudre à mettre la main à la poche. L'argent, ce nerf de la guerre qui laisse des familles exsangues. Jusqu'à « 2 000 euros par mois pour une auxiliaire de vie scolaire privée lorsque nous tentons de leur offrir un parcours scolaire adapté », s'indigne Olivia. Une vie sans repos, sans répit, ni fric aussi !
Des méthodes non remboursées
Elle regrette qu'une prise en charge adaptée, notamment via les méthodes comportementales, ne puisse être « offerte » à tous les enfants, faute de remboursement. 70 euros par exemple pour une séance de psychomotricité, à la charge des parents. Dispensées par des psychologues, ergothérapeutes, psychomotriciens, elles permettent pourtant d'apprendre à parler, à se tenir à table, à adopter les bons comportements, à tenir un stylo, à descendre les escaliers, à mâcher et avaler des aliments solides. Mais aussi à supporter certains bruits, certaines odeurs. Les enfants apprennent ainsi à maîtriser le temps, à s'organiser, à devenir plus autonomes, ce qui permet de limiter les crises de violence, les stéréotypies, les tocs. Dans ce contexte, l'association « exige de l'État qu'il élabore une loi afin que la prise en charge de nos enfants soit remboursée par la Sécurité sociale ».
Une mesure sans suite
Il y a deux ans, en avril 2016, la secrétaire d'État alors en charge du handicap, Ségolène Neuville, avait annoncé un dispositif destiné à pallier « l'insuffisance de prise en charge financière » de certains spécialistes. Il s'agissait de la création de « pôles de compétences et de prestations externalisées » (article en lien ci-dessous), des structures médico-sociales vers lesquelles les parents pourraient se tourner pour organiser les séances avec des professionnels. Ces derniers devaient ensuite être « rémunérés par ces structures sur des crédits de l'Assurance maladie ». Mais, selon Mme Cattan, les parents n'ont vu « aucune différence ». Le dispositif n'a pas eu le temps d'être déployé sous le quinquennat Hollande, et il n'y a « pas eu de suivi » après le changement de majorité, a-t-elle regretté.
Invitation à Brigitte Macron
Et de citer d'autres pays ou les personnes autistes sont mieux considérées et surtout intégrées ; le Canada, les États-Unis, Israël, l'Italie… En France, la présidente déplore qu'à part pour quelques députés « sensibles et engagés », ces enfants « ne semblent pas être une urgence ». Malgré de « bonnes intentions » du gouvernement et une « ministre du Handicap à l'écoute », Olivia Cattan déplore que « rien ne change ou si peu et surtout pas assez vite ». Le temps politique n'est décidemment pas en adéquation avec l'urgence de ceux qui vivent l'autisme au quotidien. Et de réclamer un « plan Marshall de l'autisme pour faire face une crise sanitaire de grande ampleur ». En conclusion, Olivia Cattan invite Brigitte Macron, « mère » elle aussi, à venir passer une journée avec elle pour comprendre « réellement » la situation, et pourquoi pas les nuits sans sommeil lorsque la « mélatonine n'agit plus ».
Une enquête et une campagne
Pour donner plus d'écho à son propos, SOS autisme s'est appuyée sur une enquête menée par l'Ifop à sa demande et dévoilée en mars 2018 : « Les Français et l'intégration des autistes dans la société ». Des Français qui, sur le papier, se déclarent en grande majorité (plus de 80%) inclusifs sur les trois questions posées ; ils accepteraient ainsi de voir plus de personnes autistes à l'école, de travailler à leur contact ou d'inciter à voter une loi permettant le remboursement total de la prise en charge. Et dans la réalité ? Pour impacter un peu plus les mentalités, SOS autisme lance, dans le même temps, une campagne nationale. Elle met à contribution quelques artistes, comme Bernard Campan ou Samuel Le Bihan (vidéo ci-dessous), qui, dans un spot, encouragent à « Parrainer la prise en charge d'un enfant autiste ». Son credo : « L'accès aux soins des personnes autistes : une urgence absolue ».
L'autisme à l'Assemblée nationale
Par ailleurs, l'expo photo Autiste et alors, signée, entre autres, Nikos Aliagas et Yann Arthus-Bertrand, qui s'est affichée sur les murs de l'hôtel de ville de Paris de décembre 2017 à février 2018 (article en lien ci-dessous), s'invite à compter du 11 avril, pour plusieurs semaines, dans la salle des Pas perdus et la Rotonde de l'Assemblée nationale avec l'objectif de sensibiliser les députés. Elle a également donné lieu à un livre éponyme (éditions Max Millo) qui traite de toutes les thématiques liées à l'autisme, l'école, l'emploi, les méthodes éducatives mais aussi des thèmes comme la famille, la croyance, la sexualité, la vieillesse. Il rassemble les témoignages de nombreuses familles et personnes autistes, filles et garçons, de 7 à 77 ans. Plusieurs textes de personnalités (Monica Bellucci, Marc Lavoine, Juliette Binoche, Patrick Pelloux, Marina Carrère d'Encausse, Michel Cymès, Axel Kahn…) concluent ce guide dont l'objectif est d'expliquer l'autisme pluriel.

La 3ème édition du Salon international de l'autisme se déroulera à Disneyland Paris le 6 et 7 avril 2018 (centre de convention Disney's Newport bay club).

 

Emmanuelle Dal'Secco, Handicap.fr

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La presse

Autisme, urgence nationale

"La France a 40 ans de retard" : la lettre à Emmanuel et Brigitte Macron de la présidente de SOS Autisme
 

Olivia Cattan, présidente de SOS Austisme, écrit une lettre ouverte à Emmanuel Macron et à sa compagne Brigitte, impliquée sur ce sujet, avant la présentation du 4e plan autisme attendue début avril. Le JDD a décidé de la publier.

Faciliter l'accès aux soins des enfants autistes : telle est l'une des demandes d'Olivia Cattan au couple Macron dans un courrier rendu public vendredi. La présidente de l'association SOS Autisme France a pris la plume avant la journée mondiale de l'autisme, le 2 avril, et la présentation attendue du 4e plan autisme par l'exécutif. Au chef de l'Etat et à son épouse, qui s'est engagée personnellement sur cette question, cette mère d'enfant autiste regrette que "rien ne change ou si peu et surtout pas assez vite". Elle demande notamment de passer par la loi pour rembourser les soins des personnes autistes, de la psychologue à la psychomotricienne et ergothérapeute. Voici sa lettre.

"Monsieur le président de la République, Madame Brigitte Macron,

Cela fait plusieurs années que je travaille auprès des enfants autistes, étant mère d’un enfant autiste et sœur d’un autiste diagnostiqué à 35 ans. Je suis présidente de SOS autisme France que vous connaissez pour nos différentes actions de sensibilisation et de lutte pour l’intégration des personnes autistes dans notre société. Vous avez tous deux montré de l’intérêt pour cette cause. Je vous ai rencontré et travaillé avec vous sur les différentes propositions qui changeraient la vie des familles. Mais aujourd’hui, la situation est plus qu’intenable pour des milliers de vos concitoyens.

Vous le savez, la France a 40 ans de retard et cela ne se rattrapera pas en un jour, nous en sommes tous conscients.

L’intégration à l’école est toujours de 20% en primaire et il n’y a toujours que 2% de personnes autistes qui ont accès à l’emploi. La situation des autistes adultes est catastrophique. Les médecins et l’ensemble des personnels de santé ne sont pas formés, les auxiliaires de vie scolaire et les professeurs ne le sont pas davantage. Les séances des thérapeutes formés à l’autisme sont hors de prix et non remboursés par la sécurité sociale.

Et malgré vos bonnes intentions, et une ministre du Handicap engagée et à l’écoute, rien ne change ou si peu et surtout pas assez vite. Nos enfants grandissent et n’ont plus le temps d’attendre. Le temps politique n’est pas en adéquation avec notre urgence.

Il ne suffit pas de vouloir changer les choses avec quelques mesures qui mettront des années avant d’être effectives et ressenties dans notre quotidien. Il faut un plan Marshall de l’autisme pour faire face une crise sanitaire de grande ampleur.

La situation des familles est dramatique. Surendettées, précaires, isolées, les familles sont seules face au handicap de leur enfant, devant se battre pour trouver les rares spécialistes de l’autisme, des thérapeutes formés et compétents, pour les inscrire à l’école, trouver des places en Sessad ou IME et des formations professionnelles…

Les mamans d’enfants autistes sont, généralement, obligées de s’arrêter de travailler et leur isolement social est d’une violence indicible.

Mais le pire dans tout cela est l’inégalité sociale d’une prise en charge nécessaire et adaptée que nous ne pouvons pas tous offrir à nos enfants. Et cette inégalité d’accès aux "soins" est inacceptable. Pourquoi alors qu’il y a 600.000 personnes autistes, la prise en charge n’est-elle toujours pas remboursée intégralement?

On ne guérit pas de l’autisme. Mais nos enfants grâce aux méthodes comportementales dispensées par des psychologues apprennent à parler, à se tenir à table, à adopter les bons comportements, à intégrer des apprentissages et réussissent à progresser. Grâce aux séances dispensées par des psychomotriciennes, nos enfants apprennent à tenir un stylo, à descendre les escaliers, à mâcher et avaler des aliments solides. Grâce aux ergothérapeutes, nos enfants parviennent à supporter certains bruits, certaines odeurs. Ils apprennent à maîtriser le temps, à s’organiser….Et ils apprennent ainsi à devenir plus autonomes. Ce qui limite les crises de violence, les stéréotypies et divers tocs.

Et là je m’adresse à Madame la première dame, à vous, chère Brigitte Macron, vous qui êtes une mère.

Voulez-vous chère Brigitte, que je vous raconte notre quotidien de maman? J’aimerais tellement vous inviter à passer une journée avec moi afin que vous compreniez réellement la situation.

Notre journée commence tôt et se finit souvent très tard. Les enfants autistes ont des difficultés de sommeil, dorment peu ou se réveillent plusieurs fois dans la nuit lorsque la mélatonine n’agit plus.

Certains enfants autistes vont à l’école lorsque nous avons réussi à les faire admettre, après de nombreuses batailles devant un corps professoral qui ne veut pas d’eux. Alors nous les accompagnons à l’école pour quelques heures ou pour quelques demi-journées, suivant ce qui leur est accordé. Et cela aussi sous condition d’avoir obtenu une Auxiliaire de vie scolaire. Parfois les familles se déplacent avec l’enfant pour rien, lorsque l’AVS est absente. Parfois elles ne se déplacent plus parce que l’AVS a démissionné et n’a pas été remplacée. Parfois elles se déplacent pour des réunions et encore d’autres réunions lorsque l’AVS, non formée spécifiquement à l’autisme, ne sait pas s’y prendre avec l’enfant. Et que les professeurs ne peuvent plus faire face à cette situation dans une classe de 30 élèves. Alors au lieu de se dire qu’il faut mieux former les AVS et le personnel enseignant, on exclut l’enfant expliquant aux familles que l’école n’est pas un lieu adapté à son handicap. Mais où est sa place alors? A son domicile? En IME?

Mais les IME sont pleins et les places sont manquantes, alors sa place est-elle à l’autre bout du lieu de résidence de la famille ou hors des frontières de leur propre pays, obligeant les familles à faire d’incessants allers-retours, ce qui détruit la fratrie!

Mais chère Brigitte, reprenons la description de notre journée. Lorsque l’enfant va à l’école. Il nous faut trouver tout de même les bons thérapeutes formés à ce syndrome spécifique : orthophonistes, psychologues, psychomotriciennes, ergothérapeutes. Le SESSAD ou l’IME qui a encore de la place en espérant que tous ces professionnels suivent les recommandations de la Haute autorité de Santé. Ce qui n’est pas toujours le cas.

Et nous accompagnons et raccompagnons nos enfants pour chacune de ces séances, devenant de véritables taxis.

Puis il y a toutes les crises à gérer à la maison, dans la voiture, en faisant ses courses ; les tocs répétitifs, leurs mains qu’ils lavent ou relavent, les stéréotypies qui parfois les envahissent. Les jets d’objets ou les coups violents.

Il y a le moment des repas où la sélection alimentaire que beaucoup d’entre eux font, nous oblige à composer chaque menu avec beaucoup de finesse afin de les nourrir correctement.

Puis il nous faut également trouver le médecin qui sait comment appréhender une personne autiste et établir un véritable parcours de soins. Ainsi qu’un dentiste qui accepte de le soigner, sans anesthésie générale, lorsque notre enfant a une simple carie. Parce que faire passer une radio, ou emmener un enfant autiste à l’hôpital est à chaque fois une longue préparation pour l’enfant et une appréhension pour nous, ayant peur d’être face à des Médecins ou infirmiers non formés qui ne sauront pas s’y prendre. Nous avons eu échos grâce à des médecins et des familles de situations dramatiques.

Et dans ce pauvre temps qu’il nous reste, on s’informe, on se forme à différentes méthodes afin de les aider au maximum.

Mais le nerf de la guerre reste aussi l’argent de chacune des séances de psychologues, de psychomotriciennes et d’ergothérapeutes, qui coûtent 70 euros l’heure. Sans compter les tarifs d’une auxiliaire de vie scolaire privée lorsque nous tentons de leur offrir un parcours scolaire adapté à leurs besoins et pérenne, et qui peut atteindre 2.000 euros par mois.

Donc vous l’aurez compris, nous parents d’enfants autistes, nous n’avons ni repos, ni répit. Parce que lorsque notre journée est finie, nous pensons à leur avenir lorsque nous ne serons plus. Et quel avenir peuvent-ils avoir en France si vous ne remédiez pas de façon urgente à la situation?

Les exemples d’autres pays où les personnes autistes sont bien pris en charge et intégrées ne manquent pas : le Canada, les Etats-Unis, Israël, l’Italie…Mais j’ai parfois l’impression que la situation de nos enfants n’émeut pas grand monde dans la classe politique. A part quelques députés sensibles et engagés, nos enfants ne semblent pas être une urgence. Sans parler de la Ministre de la Santé ou le Ministre de l’éducation nationale dont "les agendas sont surchargés" les empêchant de recevoir les familles.

Pourtant il ne s’agit pas seulement de handicap mais de santé publique et de droit à l’éducation.

Depuis plusieurs mois, nous avons recensés grâce à nos antennes de province toutes les difficultés des familles. Et sur tout le territoire, y compris dans les grandes métropoles, les difficultés sont immenses ; j’ai rencontré et parlé avec des médecins, du généraliste au spécialiste jusqu’au dentiste ; des urgentistes comme Patrick Pelloux ; des pompiers. Et ils tous sont d’accords sur deux points : les médecins ne sont pas formés et ne savent pas toujours accueillir et soigner les personnes autistes. Mais ce qui est préoccupant est que l’autisme n’est pas suffisamment enseigné aux étudiants en médecine. Les médecins de demain ne seront donc pas plus formés que les précédents.

Les séances dispensées par les psychologues et les psychomotriciennes ne sont pas remboursées par la sécurité sociale, créant une inégalité sociale entre nos enfants. Et il serait temps de faire une loi afin d’y remédier.

L’Education nationale dans son ensemble, à part quelques exceptions, n’est pas prête à accueillir nos enfants parce qu’elle n’a pas assez de moyens financiers, et pas d’accompagnantes de vie scolaire et de professeurs formés.

Quant à l’emploi, à la culture ou au sport, vous comprendrez qu’après un tel parcours de vie, peu de nos enfants, y ait accès.

Alors je me tiens à votre disposition pour vous remettre ces comptes rendus de nos antennes de province, pour vous faire rencontrer ces familles, ces médecins, ces avs, ces professeurs de bonne volonté qui nous soutiennent et qui dénoncent avec nous cette situation d’urgence.

Alors cher Président et chère Brigitte Macron, je vous adresse cette lettre ouverte afin que vous compreniez mieux la situation que vivent des milliers de familles, nos attentes et nos espoirs.

Olivia Cattan, présidente de l'association SOS Autisme France"

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La presse

Lettre ouverte au président de la République

Olivier Goujon est journaliste. Il a écrit un ouvrage sur « FEMEN, histoire d’une trahison ». Il les connait depuis le début de leur aventure. Ce qu’il révèle est éclairant sur ce qu’il faut bien appeler une « étrange manipulation ». Pourtant, les « médias » n’ont quasiment donné aucun écho à ce qu’il dévoile au prix d’une enquête minutieuse qu’il sera difficile de réfuter. C’est l’omerta de la pensée unique sur cette enquête.

C’est l’histoire de jeunes femmes ukrainiennes, qui se forment à l’école d’Engels et de Bebel, c’est-à-dire dans une conception de type « marxiste » dans une Ukraine baignée de stalinisme et de dictature. Leur aventure est dévoyée de Paris au compte des réseaux de Manuels Valls et au profit de sa politique.

Comme dans un roman interlope, les personnages que l’on croise sont souvent à vomir. Ils n’ont aucune dignité, seul le résultat compte. La morale n’y trouve pas son compte, le cynisme, oui. La Libre Pensée l’a interviewé. Olivier Goujon répond à nos questions.
La Raison : Bonjour. Pourriez-vous vous présenter ?

Olivier Goujon : C’est très pertinent de commencer par cette question parce que, justement, Inna Shevchenko et les militantes de Femen France arguent essentiellement sur les réseaux sociaux du fait que je suis un “inconnu” pour discréditer mon livre. Comme si la notoriété était un gage de sérieux… Aurais-je dû faire préfacer “Femen, histoire d’une trahison” par Cyril Hanouna?

Je suis journaliste indépendant depuis 20 ans. J’ai fait 500 reportages dans 160 pays, qui ont été publiés dans le monde entier. En France, c’est VSD qui a publié le plus grand nombre de mes sujets. J’ai travaillé aussi bien sur les derniers trappeurs du Canada que les vendeurs d’argent en Somalie, la féminité en Iran, les particularismes kurdes… Dans mes reportages je pars toujours de l’histoire incarnée, vécue, de femmes et d’hommes, pour rejoindre des enjeux de société, expliciter des conflits ou illustrer la défense de valeurs universelles. Dans cette optique, j’ai été l’un des premiers à m’intéresser à Femen, alors que le mouvement était naissant, en Ukraine en 2009.

Pour le reste, je suis né à Saint-Malo en 1962. Je suis athée, franco-italien, j’ai voté Mitterrand en 1981, Chirac en 2002, Royal en 2007, Hollande en 2012, Mélenchon puis Macron en 2017. J’aime la littérature française du XIXème s., marcher en montagne, le cinéma russe, les huîtres et le cinquecento italien. Notamment.

 

LR : Pouvez-vous expliquer ce que sont les FEMEN au début de leur existence ?

OG : Femen, c’est l’expression d’une révolte humaniste portée par trois jeunes femmes, Oxana Chachko, Anna Hutsol, Sacha Shevchenko (aucun lien de parenté avec Inna) au sortir de l’adolescence dans une petite ville de l’ouest ukrainien, Khmelnytskyi, puis à Kiev dès 2008. Le moteur de cette révolte, c’est le besoin d’égalité et le refus de la société patriarcale ukrainienne. Oxana refuse qu’on batte sa mère, Anna d’étudier la comptabilité, Sacha qu’on la marie… Elles se réunissent autour de l’étude de textes philosophiques et surtout de l’ouvrage d’August Bebel : “La femme et le socialisme”. Elles organisent quelques actions dans leurs écoles, devant un hopîtal, lors de célébrations… Très vite, elles identifient le féminisme dans leur révolte, du fait de la domination masculine de la société ukrainienne, mais c’est l’injustice, au sens large, qui les meut. Parallèlement à leur formation intellectuelle, ce qui court tout le long de l’histoire ukrainienne de Femen, c’est la fulgurance géniale des intuitions de Sacha, Oxana et Anna – surgissement, posture hiératique, inscriptions, seins nus - et leur perception aigüe des codes médiatiques. La mise au point du “sextrémisime” est le fruit de cette genèse.

 

LR: Le “sextrémisme” ?

OG : C’est un concept complexe, bien loin de l’idée simpliste dans laquelle on l’enferme souvent et qui consisterait à “faire de la politique à poil”. Le sextrémisime, c’est la conjugaison réfléchie de la radicalité politique et de la sexualité. La radicalité indique qu’on reste dans le champ du débat social pacifique et non du terrorisme, et la sexualité renvoie au rapport au mâle, quand la nudité renverrait, elle, simplement à l’hygiène ou à l’archaïsme. Elles reconstruisent un sujet féminin, émietté par des siècles de domination, qui brandit face au patriarcat, l’objet de son désir et lui disent: “cet objet m’appartient et me constitue comme sujet”. C’est un message d’une puissance symbolique déstabilisante. Les seins deviennent anti-séducteurs. Les codes domestiques et sociaux sont bousculés. Et ce message est d’autant plus fort que les filles correspondent généralement aux canons de la beauté et de l’attraction sexuelle en occident. Sacha résume le malaise créé d’une formule lapidaire: “Barbie can speak” (Barbie peut parler).

Inna, elle, ne comprend rien au sextrémisime, elle le considère comme un moyen efficace d’accès aux médias, ce qu’il est aussi (surtout au début), mais c’est bien réducteur de ne voir dans les actions topless qu’une manière d’attirer l’attention. Il s’agit d’une recomposition ontologique qui va provoquer, à chaque fois, une réaction de violence physque bien supérieure à son encontre.

J’ajoute que leur courage est inouï. En France, elles seront confrontées à une police républicaine. En Ukraine, elles jaillissent à moitié nues au milieu d’hommes surarmés et surentraînés qui les arrêtent, les menacent, les violentent… et elles recommencent! Très vite, le mouvement prend de l’ampleur. La jeunesse est séduite.

 

LR: Le mouvement aurait-il pu naître ailleurs qu’en Ukraine?

OG: Il y a tant d’exemples de sociétés masculinistes ou simplement injustes! Mais au-delà de la caricature patriarcale du monde ukrainien et de sa déflagrante  confrontation à la société marchande occidentale des années 2000, qui constituent le liquide amniotique du mouvement, il y a aussi dans la survenue Femen un souffle romantique slave. Ces trois femmes incarnent jusqu’au sacrifice ultime – la mort les menace très vite – la dérision de Gogol, la violence de Dostoievski et la passion de Tolstoi.

 

LR : Comment ont-elles pu être dépossédées de leur combat ?

OG : C’est l’arrivée en France d’Inna qui change la donne pour toujours. Inna arrive à Paris le 21 août 2012. Elle a, dit-elle, fui dans l’urgence, des hommes armés qui forçaient la porte de son appartement. Elle choisit la France car le mouvement y possède déjà une branche, fondée par Safia Lebdi quelques mois auparavant.

Le récit de son “évasion” est invérifiable, plein d’incohérences, et se heurte frontalement aux témoignages de ses ex-compagnes de révolte. Je le démonte point par point dans le livre en refaisant son parcours. Mais ce récit est bien vite porté par ses nouvelles amies françaises, à commencer par Caroline Fourest, qui multiplie les interventions médiatiques et écrit un livre plein d’approximations, d’oublis et de contre-vérités pour expliquer l’arrivée d’Inna et justifier que les autres restent en Ukraine. Elle prétend par exemple qu’Inna “devait” s’échapper, car elle était poursuivie pour avoir tronçonné une croix chétienne.

Elle oublie de dire que les 3 autres tirent sur les haubans pour abattre la croix. Au regard de la loi ukrainienne, les 4 sont également coupables et rien ne justifie l’accueil d’Inna plutôt que celui des autres. La diplomatie française était d’ailleurs d’accord pour accueillir les 4. Je renvoie au livre pour comprendre comment Caroline Fourest explique à Sacha et Oxana qu’elles ne pourront pas être accueillies alors que la France regarderait d’un bon oeil l’arrivée d’Inna. Sacha et Oxana vont rentrer en Ukraine et continuer de se battre dans des conditions terrifiantes. Elles seront enlevées par les services secrets, battues, accusées de terrorisme tout en continuant de financer – c’est hallucinant de cynisme - la vie quotidienne d’Inna à Paris en vendant des objets dérivés Femen. Au bout d’un an, à la fin de l’été 2013, Sacha et Oxana se réfugient elles aussi en France, exténuées, pauvres, amaigries, Oxana s’est cassé les deux poignets en fuyant… Elles ignorent que le plus dur commence.

 

LR : C’est-à-dire ?

OG : Inna Shevchenko, la leader actuelle, et Caroline Fourest, vont instrumentaliser Femen France contre Sacha et Oxana. La raison est la même qui présidait au refus de les voir rester en 2012: Inna veut être seule à la tête de Femen, c’est pour cela qu’elle a organisé son “évasion” l’année précédente. Caroline Fourest, elle, veut utiliser Femen à son profit politique, or cet objectif sera beaucoup plus difficile à atteindre si le mouvement est dirigé en France par Sacha et Oxana, qui sont bien plus légitimes qu’Inna. Caroline Fourest s’inventera un prétexte romantique en prétendant être tombée amoureuse d’Inna. Je ne sonde pas les coeurs et les reins, mais je dis que c’est un prétexte. J’explique pourquoi dans le livre.

De son côté, Anna décide de rentrer dans le rang en Ukraine. Elle travaille aujourd’hui dans… la communication politique. C’est une défaite de plus pour le mouvement.

 

LR: Qui est Inna? D’où vient-elle?

OG : Inna arrive, de Kherson, en Crimée. Elle est recrutée à Kiev par Sacha et devient vraiment opérationnelle fin 2010 – plus de 4 ans après la création par les 3 autres de la Nouvelle Ethique, ancêtre de Femen. Elle n’a pas de formation intellectuelle, mais c’est une meneuse qui n’accepte pas l’organisation horizontale de Femen où toutes les décisions se prennent en commun et où les militantes historiques partagent tout, les coups, beaucoup, et les sous, peu.

Sacha dit aujourd’hui qu’elles savaient toutes qu’Inna était là par opportunisme, mais elles pensaient que ce serait bon pour Femen parce qu’Inna est active courageuse et bonne avec les médias… L’erreur de Sacha et d’Oxana, mais c’est difficile de la leur reprocher au regard des conditions dramatiques de leur exil, c’est d’avoir refusé de voir qu’Inna leur volait le mouvement, ou plutôt de l’avoir vu trop tard.

 

LR : On ne retient dans l’action des FEMEN aujourd’hui que des provocations à but médiatique, mais quels étaient les objectifs des FEMEN avant qu’elles ne soient trahies ?

OG : Comme je l’ai dit, le premier combat politique de Femen c’est l’égalité homme-femme à travers la lutte contre l’exploitation sexuelle. Il faut comprendre ce qu’est l’Ukraine au début des années 2000. Depuis la chute du mur de Berlin, les frontières tombent, les droits de douane disparaissent, le pays s’ouvre à l’économie de marché, une oligarchie économique se greffe sur l’ancienne société communiste et une classe politique corrompue, un mélange détonnant dont les conséquences se paient encore aujourd’hui. Le développement du tourisme sexuel, le délitement social et l’exploitation du corps des femmes seront les premiers combats d’Anna, Sacha et Oxana, et des militantes qui les rejoignent. Il y a des actions médiatiques. C’est même un enjeu fort pour un mouvement qui veut grossir. Mais il y a aussi un travail de fond. Les filles organisent des “safaris du sexe” au cours desquels elles descendent dans les quartiers chauds de Kiev, interpellent les clients des prostituées, interrompent des prestations dans des bordels, informent les prostitués sur leurs droits…
En France, le mouvement se focalisera sur les actions à forte plus-value médiatique. Inna organisera même des séances photos bidons où l’on voit des filles s’entraîner à la lutte et au surgissement. Jamais cela n’avait lieu en Ukraine alors même que les conditions étaient généralement bien plus dangereuses.

 

LR: Les médias ont-ils une responsabilité dans la “trahison” que vous évoquez?

OG: Enorme. Les réseaux de Caroline Fourest, mis au service d’Inna Shevchenko, vont être d’une efficacité redoutable. Je donne de nombreux exemples dans le livre: l’affaire du timbre Marianne, le faux attentat incendiaire du Lavoir Moderne,  l’attaque du théâtre... Toutes manipulations au service du pouvoir d’Inna! Aujourd’hui encore je lis souvent qu’Inna est l’une des fondatrices de Femen ! L’accumulation de ces manquements et de ces arrangements a été suffisamment dérisoire pour que la machine médiatique s’en accommode, mais suffisamment lourde pour réduire définitivement Sacha et Oxana et porter Inna.

 

LR : Dans votre ouvrage, on rencontre des personnalités médiatiques bien connues et qui se présentent comme des « laïques » dont l’unique préoccupation est d’attaquer les musulmans, ce qui n’a rien à voir avec le combat d’origine des fondatrices de FEMEN. Au  compte de qui et de quoi agissent ceux qui manipulent ?

OG : C’est exagéré de prétendre qu’on manipule Femen aujourd’hui. Le mouvement ne présente plus le même attrait. Mais sa surface médiatique incite encore des associations à imaginer “profiter” de son aura médiatique. C’est le sens par exemple de l’invitation d’Inna à discourir lors de la journée “Toujours Charlie” organisée par des associations proches de Manuel Valls. Pour autant, je n’affirme pas que l’unique préoccupation de Manuel Valls ou Caroline Fourest, si c’est à eux que vous faites allusion, soit d’attaquer les musulmans.

Dès l’origine, Femen s’en prend aux religions en tant qu’instrument d’oppression des femmes. A toutes les religions sans exception et de la même manière. Inna est ambivalente sur le sujet. Je fais état, dans le livre, de plusieurs témoignages qui accréditent à son encontre la qualification d’homophobie et même de racisme (je renvoie au chapitre sur la création de Femen France, Inna refuse, selon Safia Lebdi, de porter le combat pour le mariage pour tous, puis s’insurge qu’on la loge dans la XVIIIème arrdt de Paris, “une zone dangereuse à majorité d’arabes”). Pour autant, elle est aussi à l’origine de l’action de Notre-Dame qui fera perdre du crédit aux Femen dans l’opinion publique française et qui provoquera la colère de Caroline Fourest, opposée à cette action, et de Manuel Valls.

Par ailleurs, il y a, oui, de la connivence, et comment ! Le livre de Caroline Fourest en fait même état impunément : embarquée par la police dans une manif, c’est Valls, ministre de l’Intérieur qui s’inquiète de sa situation ! Plus loin elle se vante de sa relation privilégiée avec la Présidence, puis de ses contacts avec le ministère pour qu’Inna obtienne ses papiers (et de fait Inna obtient le statut de réfugié politique en 49 jours, record battu ! Les autres mettront 400 jours !)

Ce qu’il faut comprendre, au-delà du refus des religions comme instrument de domination des femmes, et évidemment de l’imposition du voile aux femmes par exemple, c’est que Femen, le Femen de Sacha et Oxana, était un mouvement intersectionnel qui combattrait aujourd’hui l’Islam pour ce qu’il opprime la femme mais qui soutiendrait les musulmans pour ce qu’ils sont des victimes souvent impuissantes de l’intégrisme et des attaques racistes. Jamais le Femen de Sacha et Oxana ne ferait l’amalgame entre les musulmans, l’Islam et l’islamisme… Inna, elle, mélange tout, comme Manuel Valls.

Safia Lebdi, fondatrice de Femen France et de Ni Putes Ni Soumises, écartée elle aussi par Inna et Caroline Fourest fin 2012, rêvait d’une jonction entre féminisme arabe et Femen. Inna avait des objectifs plus personnels et moins convergents.

 

LR : Récemment, Inna Shevchenko s’est vu décerner un prix de la « laïcité », qu’en pensez-vous ?

OG : C’est une mascarade honteuse pour ses promoteurs et insultante pour le peuple français. La laïcité, de Condorcet à  Pena-Ruiz, répond à des critères précis – égalité des droits, liberté des cultes, neutralité de l’Etat et mission universelle – auxquels Inna Shevchenko ne fait jamais référence, pas plus que Valls ou Caroline Fourest d’ailleurs. Inna se contente de brailler du haut d’une chaire médiatique des diatribes clivantes et accusatrices et on appelle cela du courage. C’est révoltant. Le courage, ce sont des milliers d’enseignants et d’éducateurs qui transmettent chaque jour les valeurs de la République Française à des élèves en construction civique.

 

LR : Voulez-vous rajouter quelque chose ?

OG : Sacha Shevchenko et Oxana Chachko ont vécu, dans la confiscation par Inna Shevchenko et Caroline Fourest du mouvement qu’elles avaient fondé, puis dans son égarement idéologique, une dépossession de l’être. On ne leur a pas pris ce qu’elles avaient, mais ce qu’elles étaient. La dépression qu’elles en ont conçu les a presque tuées. Parler a été pour elles le premier pas d’une reconstruction en même temps que l’expression chronique d’une douleur infinie. Je les remercie et je suis convaincu que l’histoire du féminisme leur rendra justice.

 

Christian Eyschen, La Libre Pensée

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La presse

Histoire d’une trahison

« Antisémite », le nouveau livre de Pascal Boniface est sorti en librairie le 11 janvier, aux éditions Max Milo. Le Courrier de l’atlas avait été le premier média à écrire un article à ce sujet. Un mois après, nous avons à nouveau rencontré Pascal Boniface. 

Quel bilan vous tirez un mois après la sortie de votre livre ?

Je suis content d’avoir écrit ce livre, d’avoir livré ma version de cette histoire qui, par ailleurs, n’a pas été factuellement contestée par personne. Cela montre que j’ai écrit la véritable histoire et non les fake news qui circulaient sur moi et la déformaient à dessein.

Beaucoup de gens n’en avaient que des brides quand d’autres l’ignoraient complètement. De nombreuses personnes m’ont signalé leur émoi et leur stupéfaction devant une telle campagne, intense, violente et longue. En même temps, je ne m’attendais pas à ce que ces attaques s’arrêtent après la publication de l’ouvrage. En France, une peine incompressible ne peut s’étaler au-delà de 22 ans ! Je suis condamné jusqu’à mon dernier souffle, et apparemment au-delà puisque quelqu’un comme Frédéric Encel (NDLR: professeur en sciences politiques connu pour ses positions pro-israéliennes) s’est même cru permis, en toute impunité, de s’attaquer à l’un de mes fils, comme je le raconte dans le livre. Au moins personne de bonne foi ne peut ignorer ce qui s’est passé. C’est le plus important.

Êtes- vous satisfait de la couverture médiatique ?

C’est mitigé. Quelques médias ont fait leur boulot : Politis, l’humanité, CNews avec Sonia Mabrouk qui a ensuite proposé un débat à Manuel Valls (que celui-ci a bien sûr refusé), 20 minutes, et également une bonne surprise chez Zemmour et Naulleau, où le débat avec le premier fut vif, mais correct. Eric Zemmour est un adversaire loyal, qui supporte la contradiction et accepte d’inviter des personnes aux idées opposées aux siennes et (tout comme Éric Naulleau) a fait l’effort de lire l’ouvrage. Ce n’est pas si fréquent. Sinon, aucune matinale de radio, aucun quotidien, ni aucun hebdomadaire n’en a parlé.

Comment l’expliquez-vous ?

Il y a ceux qui me sont simplement hostiles. Ils abhorrent les idées que je défends, et ne m’ont jamais invité, que je parle Proche-Orient, football ou Léo Ferré (je ferai un livre de recettes végétariennes, ce serait pareil). Il y a surtout l’autocensure, la peur de se mouiller, d’être exposé en s’exposant à mes côtés. Le sujet est explosif, donc il est plus facile de ne pas s’en approcher (ce qui le rend paradoxalement encore plus explosif ! ). Cette censure et cette autocensure alimentent le complotisme, souvent dénoncé, par ailleurs, par les mêmes...

Depuis près de 17 ans, vous êtes victime d’un chantage à l’antisémitisme basé sur rien du tout puisque vous n’avez jamais tenu des propos allant dans ce sens, aucune plainte n’a été déposée contre vous. La sortie de ce livre a-t-elle permis d’assagir la situation ou au contraire l’a-t-elle envenimée ?

En effet, aucune plainte n’a été déposée contre moi et si j’avais tenu depuis 17 ans le moindre propos antisémite, écrit dans un ouvrage ou prononcé lors d’une conférence ou quelconque intervention, j’aurais immédiatement été déféré devant la justice, ou une campagne massive aurait été portée contre moi. Quand on voit la facilité avec laquelle on fouille dans des tweets écrits il y a longtemps pour mettre quelqu’un à l’index, nul n’a trouvé la moindre accroche contre moi.

Recevez-vous plus de menaces depuis la sortie de ce livre ?

Il n’y a pas plus de menaces qu’auparavant : ce n’est pas que les choses se soient calmées, mais peut-être ces dernières sont-elles plus sournoises, indirectes ou masquées. Mais il y a aussi de bonnes surprises : quelques personnes ont rectifié leur jugement et surtout des gens qui, n’ayant pas réalisé l’ampleur des attaques, veulent manifester leur solidarité. Cela fait chaud au cœur.

Vous avez proposé de débattre avec Manuel Valls, mais celui-ci a décliné. Quels ont été les arguments avancés par l’ancien premier ministre pour refuser une telle offre ? Ses explications vous ont-elles convaincues ?

Dans un premier temps, il n’a pas dénié répondre lui-même : via Twitter, son assistante parlementaire a fait savoir que ce n’était pas moi qui allais dicter son agenda médiatique ! Mais je n’ai jamais demandé à ce qu’il m’attaque de façon aussi répétitive et injuste ! Je publie dans mon livre un mot de soutien qu’il m’avait adressé en 2003, disant qu’il était de tout cœur avec moi et qu’il partageait mes positions sur le Proche-Orient. Très franchement, écrire au ministère de la Défense et des Affaires étrangères pour demander la fin des relations avec l’IRIS (NDLR : Pascal Boniface est le directeur de ce centre de recherche) est proprement hallucinant. La même situation se déroulerait en Turquie ou en Russie, la presse française serait vent debout. M. Valls est présent dans tous les médias et personne ne l’interroge là-dessus. C’est stupéfiant. Sonia Mabrouk (NDLR : journaliste à CNews) qui, j’en ai fait l’expérience, mène des interviews assez incisives a eu le courage de lui demander pourquoi il ne voulait pas débattre avec moi : il a répondu qu’il ne voulait pas s’y « abaisser » et qu’il me trouvait « ambigu sur la question de l’antisémitisme ». Mais si je suis ambigu, il est très facile de me mettre en porte-à-faux. La vérité c’est qu’il a peur d’un débat contradictoire, parce qu’il sait très bien qu’il serait mis en difficulté.

Avec du recul, regrettez-vous d’avoir écrit cette fameuse note en 2001 qui a été le point de départ de ces quinze années de chantage à l’antisémitisme ? (NDLR :  une note à l’intention des dirigeants socialistes pour demander à ce que le PS retrouve ses valeurs de gauche en condamnant fermement le gouvernement d’extrême droite israélien de Sharon) ?

Je ne vous cache pas m’être parfois posé la question. Il est certain que ma vie aurait été plus facile, que de nombreuses portes se seraient ouvertes plutôt que fermées, et que ma carrière aurait pris une autre dimension. Mais à quoi servent les regrets ? On ne réécrit pas l’histoire. Et si, par ailleurs, cela m’a valu bien des désagréments, il y eut quand même des côtés positifs : beaucoup de gens saluent mon intégrité et mon courage. Je peux me regarder dans la glace et dire que je suis resté fidèle aux engagements adolescents qui furent les miens. Contrairement à M. Valls, je n’ai pas tourné casaque par intérêt opportuniste. De plus, le soutien de ma famille qui m’a vu faire face n’a pas de prix. Comme je le dis parfois, quand je vois la liste de mes amis et de mes ennemis, je suis aussi fier de l’une que de l’autre.

Quel retour avez-vous eu des lecteurs ou du public en séance de dédicace par exemple ?

Franchement, très agréable. Bien entendu, il s’agit plutôt d’un public de sympathisants ou curieux. Les premiers me confirment leur soutien quand les seconds me l’apportent. C’est toujours très chaleureux et humainement très réconfortant.

 

Nadir Dendoune, Le Courrier de l'Atlas

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La presse

Le bilan
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