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TRIBUNE / Philippe PASCOT / Macronie et écologie : une rime pour la frime ?

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Voici plus de 30 ans que scientifiques, peuples autochtones vivant en lien avec la Nature et simples observateurs soucieux de l’environnement lancent régulièrement des alertes sur les grands enjeux écologiques de notre siècle comme le réchauffement climatique, la destruction de la biodiversité, les pollutions environnementales, alimentaires, la disparition des abeilles et autres joyeusetés. Malgré ces alertes documentées, irréfutables, nos décideurs politiques successifs en sont encore au stade des « mesurettes », à la mise en place d’arrangements scabreux (souvent catastrophiques) avec les lobbys, ceci dans le souci constant d’un profit toujours plus grand.

Pourtant, le Grand Débat National a vu de très nombreuses propositions s’inquiéter de ces sujets vitaux pour notre avenir et notre survie ; les lycéens font grève tous les vendredis pour réclamer un monde plus propre et plus sain ; les médias publient régulièrement des articles factuels et alarmants qui pointent la dégradation de plus en plus rapide de notre unique espace de vie : la Terre.

Et tout ce que notre Président a trouvé à annoncer lors de son allocution télévisée sur l’écologie, après quarante minutes de discours traitant de tout autre chose (et surtout de n’importe quoi), c’est la création d’un 62ème Comité, pompeusement nommé le Conseil de Défense écologique interministériel qu’il présidera et d’un Comité de participation citoyenne composé de 150 citoyens chargés de réfléchir à la transition écologique. En gros, un comité « Théodule » de plus, dont la disparition nous avait pourtant été promis à l’arrivée du Nouveau Monde macronien…

Alors qu’Emmanuel Macron, bombardé « défenseur de la Terre », affirmait le 14 mars lors du One Planet Summit, que « la meilleure réponse au changement climatique, ce ne sont pas les mots mais les actions » et qu’il faisait de la cause écologique « la plus urgente et la plus impérieuse », que nous sert-il si ce n’est un verbiage inconsistant et un nouveau report d’une action, elle-même renvoyée à la responsabilité d’autres personnes, dont les résultats consultatifs nous seront servis aux alentours des calendes grecques ?

Le blason de notre « champion de la Terre » autoproclamé est loin d’être aussi vert qu’il ne veut le laisser entendre. Sur la question du changement climatique, l’État continue à subventionner les énergies fossiles en dépit de la fermeture des quatre dernières usines à charbon à l’horizon 2022. Côté biodiversité, il a cédé aux lobbys en accordant un sursis d’au moins 10 ans au glyphosate, tandis que le Parlement votait discrètement une loi permettant aux producteurs français de pesticides de continuer à exporter leurs produits potentiellement dangereux pour la santé dans des pays moins regardants, comme l’Ukraine ou la Russie ! Sur les différentes formes de pollution, dont je ne citerai que celle aux plastiques, là encore nous sommes loin du compte, et le discours envers les particuliers diverge de celui envers les professionnels. La loi, aujourd’hui de plus en plus à sens unique, va quasiment clouer au pilori le simple citoyen qui ne fait pas son tri sélectif de façon rigoureuse, qui jette le moindre papier à terre ou ne met pas en place son appareil à compost individuel dans son 25m2 parisien. Mais, à l’inverse, dès qu’il s’agit de taxer ou d’interdire la production de déchets issus des fabricants ou des industriels qui nous fournissent des emballages plastiques quasiment non recyclables[1] ou, comme pour l’entreprise Vinci, le déversement des résidus de béton dans la Seine[2], bizarrement la loi devient compréhensive, les élus regardent et légifèrent ailleurs, comme avec le refus récent du Sénat concernant la reconnaissance du délit d’écocide[3] (ou crime contre la nature). Cherchez l’erreur !

Ce ne sont là que quelques exemples du contraste et des contradictions entre une écologie de façade et une économie prégnante qui absorbe tout, y compris cette urgence dont la plupart des citoyens ont désormais conscience. Quiconque s’intéresse un minimum à la question sait que les plus gros pollueurs de la planète sont les 150 plus grosses entreprises mondiales et que si les gouvernements commençaient par s’attaquer à elles, une grosse moitié du travail serait fait. Mais non, ils préfèrent toujours culpabiliser le citoyen moyen, qui subit les conséquences du désastre écologique tout en devant supporter l’intégralité des efforts demandés !

Pourtant, l’écologie a soudain de nouveau le vent en poupe au sein de la macronie…  Serait-ce à cause de l’approche des élections européennes qui s’annoncent périlleuses pour la majorité en place ?

Question insidieuse : ce regain précipité d’intérêt impromptu ne serait-il pas un moyen roublard pour (re)lancer la campagne de Nathalie Loiseau, tête de liste LREM, actuellement au point mort, dans le but stratégique (et illusoire) de détourner les électeurs tentés de voter pour la liste EELV (Europe Écologie Les Verts) à son profit ? Je vous laisse juges…

Il semble qu’une fois de plus et uniquement au moment des échéances électorales proches, tous les partis se rappellent que l’écologie est devenue un sujet fédérateur : open bar et greenwashing pour tout le monde ! Mais avec quelle ambition, quel courage politique et dans quel souci de résultats derrière ? On est en droit de se poser la question même si, hélas, nous en connaissons déjà la réponse la plus probable…

L’écologie citoyenne est bien en avance sur l’écologie politique. D’ailleurs, quand on voit comment les hommes et femmes politiques dits « écolos » se tirent dans les pattes pour favoriser leur carrière ou leurs intérêts privés, le doute est sérieusement permis sur la possibilité d’une véritable « écologie politique ». Peut-être n’est-ce finalement qu’un vœu pieux… Toujours est-il que la transition menée par le peuple est déjà largement initiée et que ce serait un leurre de croire que les différents partis font autre chose que « prendre le train en marche » par opportunisme ou, pire, monter dedans en catastrophe de peur de rester seul sur le quai.

Aujourd’hui quasiment tous les récipiendaires à l’élection européenne se réclament d’une âme et d’une fibre écologiques sincères et indéfectibles. « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient », comme disait l’autre…

Philippe PASCOT
– Écrivain
– Politologue, ancien homme politique
– Chevalier des Arts et des Lettres

[1] http://www.semoctom.com/web/fr/116-dechets-non-recyclables.php
[2] https://www.valeursactuelles.com/faits-divers/pollution-vinci-avoue-avoir-deverse-du-beton-dans-la-seine-106242
[3] https://www.novethic.fr/actualite/environnement/pollution/isr-rse/la-proposition-de-loi-sur-l-ecocide-de-crime-contre-la-nature-est-rejete-au-senat-147223.html

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  1. Dominique Pautrel Répondre

    Nous n’avons aucunement aboli l’esclavage. Nous avons remplacé le fouet par la combinaison compte bancaire + agios. Ainsi la valeur Travail peut devenir une religion et on peut finalement casser du gilet jaune à la vue de tous.
    La Nature, qui elle donne gratuitement du retour sur investissement se retrouve toujours la grande perdante aujourd’hui.
    Comme disait notre brillant Albert Einstein, l’humanité aura ce qu’elle mérite.
    C’est simplement une lutte entre le fric d’un coté, et les peuples du monde de l’autre.
    Qui va gagner ?

  2. Pascot Répondre

    Le peuple ca gagner car il est le nombre

    • fred Répondre

      c’est rigolo cette erreur de frappe qui te le fait prononcer en créole : le peuple ka gagné !

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