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Teresa Maffeis, une « sentinelle » engagée pour les migrants à Vintimille

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À 71 ans, la fondatrice de l’Association pour la démocratie à Nice (AdN), rend hommage aux « héros de chair et d’os » dans son livre « Les sentinelles, Chroniques de la Fraternité à Vintimille », co-écrit avec la journaliste Aurélie Selvi

 

 

« Il était important de rendre hommage à ces héros de tous les jours. Il y a eu tellement de belles histoires là-bas, des adoptions, de l’entre-aide, venant de personnes qui n’avaient jamais fait ça avant », raconte Teresa Maffeis, la voix rauque, un café fumant à la main, assise sur son canapé.

Cette Niçoise d’adoption, d’origine italienne, cheveux roux, habillée en vert sinon « on ne la reconnaîtrait plus », explique-t-elle amusée, est co-auteure du livre Les sentinelles, Chroniques de la Fraternité à Vintimille, un journal de bord sorti le 18 juin, qui retrace cinq ans d’engagement auprès des migrants bloqués à la frontière franco-italienne. Cette date de sortie n’est pas anodine, presque symbolique. En juin 2015, la frontière franco-italienne a été fermée, empêchant les migrants de passer en France.

« Des héros de chair et d’os »

Depuis, celle qui a créé en 1991 l’Association pour la démocratie à Nice (AdN) et qui lutte contre toutes les formes d’exclusions a continué à se rendre à Vintimille pour distribuer des vêtements, de la nourriture et un peu de gaîté dans la vie de ceux qui ont quitté leur pays. « Je ne leur demande jamais ce qui leur est arrivé. Ils ont souvent un parcours difficile, sanglant, qu’ils essaient d’oublier. Vous savez, avant de partir, les femmes se mettent des patchs contraceptifs, car elles savent qu’elles vont se faire violer. Donc quand on est avec eux, on essaie de les faire rire », explique Teresa.

Ce récit des « héros de chair et d’os », écrit-elle dans l’avant-propos, est à la première personne. « C’était pertinent. Elle est le fil rouge de ce livre, enfin le «fil vert». Pour ce bouquin, je me suis mise sur ses pas. Parfois j’ai été rattrapé par ma vie professionnelle et personnelle. Mais ce n’est pas grave car tu sais que même si toi tu n’es pas là un temps, elle, elle y sera toujours. Elle est constante dans son engagement Teresa. C’est dans son ADN », témoigne Aurélie Selvi, journaliste et co-auteure de l’ouvrage. « Quand il y a eu les problèmes à la frontière italienne elle continuait à aider les sans-papiers, à la scolarisation des enfants roms. Elle ne lâche pas. Elle se met au service des autres et parfois, elle s’oublie un peu », décrit celle qui est devenue son amie.

« Rien ne bouge parce qu’il n’y a pas de volonté politique »

« J’aide juste des gens dans le besoin c’est tout », répond Teresa lorsqu’on lui demande comment elle parvient à tout gérer. « Les gens pensent que je ne fais que ça. Mais je vais aussi à des expos, je vais voir des films, je voyage. Je vis quoi, j’ai du temps. Alors je le donne aux autres ». « Mes parents étaient des immigrés italiens. Je suis très sensible au rejet. Mon père était pauvre et tu sentais que tu n’étais pas comme tout le monde », raconte-t-elle. Un besoin de justice face à des situations difficiles loin de la décourager : « J’ai beaucoup de peine, pas de colère. Ça me révolte. Mais rien ne bouge parce qu’il n’y a pas de volonté politique pour ça. L’humain n’arrivera jamais en premier. Mais on ne lâche rien. »

Une ténacité et une force malgré des histoires qui l’empêchent parfois de trouver le sommeil. « Il y a des choses auxquelles je pense tout le temps. Cette jeune fille, Milette, dont on parle dans le livre. Morte sous un camion. J’ai l’obsession de sa maman, qui reçoit le cercueil de sa fille, ce qu’elle a ressenti, ça, ça ne me quitte pas. Ou ce migrant, rieur, qui s’est rasé «Paris» sur le crâne, plein d’espoir. Je pense à lui et je ne sais pas ce qu’il est devenu », se rappelle Teresa Maffeis.

Et si le livre retrace cinq ans d’engagement, le sien n’est pas fini. Depuis la fin du confinement et la réouverture de la frontière avec l’Italie, Teresa est retournée à Vintimille, au camp de la Croix-Rouge. « C’est compliqué actuellement là-bas. Le camp va peut-être disparaître alors même qu’il avait fermé temporairement pendant le confinement après un cas détecté de Covid-19 », s’inquiète-t-elle, plus volubile quand il s’agit d’évoquer les difficultés contre lesquelles il faut se battre.

« Les sentinelles, Chroniques de la fraternité à Vintimille », éd. Max Milo, 19,90€.

 

Par Olfa Ayed, publié le 01/07/20

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