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Retour de l’Etat de droit

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Retour de l’Etat de droit : la difficile et délicate mission de la lutte contre le narcobanditisme

 

C’est une autre facette du terrorisme : la peur des conséquences concrètes qui suivraient un retour de l’Etat de droit dans les cités. En réalité, l’Etat a peur. Les gros bonnets s’en frottent les mains. Un caïd de Vaulx-en-Velin me disait récemment :

-Nous, non seulement on a pas peur que l’armée et la police investissent nos cités, mais on les attend avec impatience. On est prêts. De toute manière, ils viendront jamais. Ils auraient aucun intérêt. Ils perdraient des hommes pour rien. Ils tueraient des gamins. Vaut mieux qu’ils restent là où ils sont. Nous, on fait notre business dans notre coin. On emmerde personne. Et comme on fait du bif chez nous, on a levé le pied sur les braquages. Ils ont tout à gagner à nous lâcher la grappe. D’ailleurs, vous avez vu comment ils ont galéré pour gérer les manifs des gilets jaunes, alors que les mecs ont pratiquement pas d’armes ? Vous croyez qu’ils vont venir affronter chez nous des tas de types armés de kalash ?

La quatrième raison est un constat : peut-être parce que les victimes sont des pauvres, l’Etat se désintéresse de la question. Disons-le, la perspective dans laquelle est abordée la question des cités et du narcobanditisme ressortit du je-m’en-foutisme. Rien de paresseux, dans ce laisser-aller – la simple conviction que le but du pouvoir est de le conserver ; le moyen est de limiter les soubresauts sociétaux ; la conséquence est que personne ne souhaite s’attaquer à un problème de première importance, d’autant qu’il est politiquement très risqué. Autrement dit, à mon sens, ça va empirer. Le manque de courage va nous tuer.

Une dernière anecdote, en guise de synthèse : j’ai relu récemment un livre stabyloté lors de mes années à Sciences-Po – un ouvrage dirigé par Yves Cannac sur les réformes « dont l’Etat a besoin ». Trente ans après, on n’a pas avancé d’un iota. Le phénomène de paupérisation, de sclérose, de replis sur soi et d’abandon de nombreux territoires comme de leurs habitants, s’est aggravé. C’est un échec absolu. La puissance des grands narcobandits des cités et leur rayonnement hors de leur territoire traduisent sans fard cette terrible évidence.

Décrire la France des caïds, c’est évoquer une pieuvre aux tentacules infinies. Le grand banditisme est poreux. Insidieux. Osons le néologisme : insinueux. Il s’insinue partout. Il ne se limite ni aux braquages, ni au narcobanditisme, ni à l’extorsion, ni au business de la mort. Il est souvent multicartes. Certes, les cités recèlent nombre de trafics d’importance, mais ceux-ci s’étendent bien au-delà des zones dites « de non-droit » ou, ce qui revient au même, « de reconquête républicaine ». L’argent sale fait vivre des pans entiers de la société. Les narcotraficants se substituent à l’Etat pour soutenir, non sans arrière-pensées, familles démunies et petits commerçants croulant sous les dettes. Néanmoins, l’argent sert aussi à s’assurer les bonnes grâces des politiques en finançant leurs campagnes, contre de petits ou grands avantages ; de plus, il permet aux entrepreneurs de contracter des prêts en dépit de la sévérité des banques ; et il offre l’occasion à certaines professions libérales de ruser avec l’Etat.

Le blanchiment de la manne stupéfiante peut aussi bien financer le train de vie des grands truands, la survie d’une « sœur » dans une impasse, le nouveau yacht d’un chirurgien capillaire, des embryons de terrorisme ou les ambitions d’un parti politique susceptible de se montrer reconnaissant à moyen terme. En d’autres termes, il n’y a pas, d’un côté, les voyous patentés, oeuvrant dans les cités tout en risquant de violentes incursions hors de leur territoire, et, de l’autre, de bonnes gens irréprochables.

Le grand banditisme est spongieux. Il efface les frontières. Il aspire les franges. C’est sa force. Tout le monde grignote son gâteau empoisonné, du manant au grand commis de l’Etat, de la maman célib de cité (ou d’ailleurs) avec quatre enfants à charge au patron de PME cherchant du cash pour baisser ses charges. Chacun trouve son intérêt dans ces crimes et délits ; et, pour le dire rondement, tout se passe comme si l’ensemble des Français vivaient, directement ou indirectement, au crochet des caïds.

Aussi peut-on se demander si la notion même de « caïd », chargée de représentations comme elle est, a encore un sens. Le caïd, c’est bien sûr l’individu qui s’adonne à tout type de trafics. Le grand voyou qui gère un point de deal et monte à l’occasion au braquo tout en s’occupant de blanchir l’argent ainsi récolté. Cependant, c’est aussi ce même personnage, adulé des hautes sphères de l’Etat, qui est soupçonné de tremper dans des trafics d’une gravité insondable. A plus d’un titre, le caïd est insaisissable.

Logique que, en conséquence, la France des caïds efface les frontières. Les absorbe. Détrousse l’idée que les citoyens se peuvent faire de la justice. Cette France-là, notre France malgré qu’on en ait, vit dans un autre monde. Un monde où les grands voyous tutoient les représentants de la République quand ils ne sont pas les meilleurs amis de hauts fonctionnaires de la police.

Extrait du livre de Gérald Pandelon, « La France des caïds », aux éditions Max Milo

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