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Pourquoi James Bond plaît-il encore aujourd’hui ?

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TRIBUNE. Alors que « Mourir peut attendre », le 25e film de la série 007, est prévu pour l’automne, l’essayiste Aliocha Wald Lasowski décrypte la recette du « cocktail bondien ».

 

Qu’est-ce qui fait encore, pour nous, spectateurs de la première heure ou d’une nouvelle génération, le charme irrésistible du célèbre espion, après presque six décennies de bons et loyaux services devant la caméra ? Depuis le 5 décembre 1962, date de la première londonienne sur tapis rouge de « James Bond contre Docteur No », l’agent 007 porte bien ses rides et a plutôt bien vieilli, chacune de ses sorties au cinéma restant auréolée de succès, critique et populaire.

Alors que le 25e  film de ses aventures sera sur les écrans à l’automne, il reste, dans le monde, l’icône pop inégalée. Le secret de sa longévité tient notamment au chic du gentleman, l’élégance et la séduction indémodables. James Bond way of life, véritable marque de fabrique pop-culturelle, mythe au sens de Roland Barthes, à savoir un signe devenu une vérité, et se passant de langage pour incarner des valeurs partagées par tous. C’est la britannicité attitude, tour à tour incarnée par l’Ecossais Sean Connery, l’Australien George Lazenby, le Gallois Timothy Dalton, l’Irlandais Pierce Brosnan, en passant par les Anglais Roger Moore et aujourd’hui Daniel Craig.

L’espion s’habille en Prada

Au fil des missions, 007 a su se démarquer rapidement de ses confrères infiltrés pendant la Guerre froide. Pour John Le Carré, maître de la manipulation sombre et de la filature discrète, qui fut lui-même membre du MI6, les services secrets britanniques, l’espion vient du froid, et y retourne. Pour Ian Fleming, ancien officier du renseignement naval de Sa Majesté et père de James Bond, l’espion, au contraire, s’habille en Prada. Il est doté de tous les avantages : goût pour les meilleurs champagnes, comme Dom Pérignon et Bollinger, fréquentation des grands couturiers, jusqu’au costume Brioni du « Monde ne suffit pas », passion pour les voitures de luxe, parmi lesquelles la célèbre Aston Martin DB5. Tout indique sa préférence pour l’éclat et le pétillement de la vie. Les Bahamas plutôt que Moscou. Et toujours so british !

007 porte bien son nom, au croisement de Bond Street, rue des enseignes de haute couture à Londres, au cœur historique de Mayfair, et de St James’s Street, près de Piccadilly, et qui possède le plus ancien club de gentlemen de la capitale. La scène de cinéma où 007 apparaît pour la première fois à l’écran a lieu au Cercle des Ambassadeurs, une salle de jeu privée et fictive de Londres. On ne voit pas le visage, seules les mains tiennent et posent les cartes d’une partie de chemin de fer, variante du baccara de casino. Soudain, allumant une cigarette, la flamme du briquet l’éclaire, l’homme, dont on découvre enfin les traits, prononce la ritournelle la plus glamour de l’histoire du cinéma : « My name is Bond, James Bond. » Le charme opère. Un style et une attitude s’imposent dans le monde.

Le succès toujours présent du héros tient aussi à autre chose, un supplément d’âme qui transcende les costumes et les gadgets, les décors de rêve, l’artefact et le trompe-l’œil de l’espionnage de gala. Une forme de désinvolture et de nonchalance, de facilité et de chaleur. 007 possède ce que Jack Bauer ou Jason Bourne, agents new generation aux mêmes initiales que lui, n’auront jamais : il y a en James quelque chose d’un italian lover caché. Mêlant décontraction, modestie et humour, fanfaron léger comme Roger Moore ou matamore mélancolique comme Daniel Craig, porté par ces acteurs, James Bond a la fougue animale et virile du marin génois rentré au pays. Ou encore lorsqu’il est incarné par Sean Connery, qui transforme une saga d’espionnage en comédie à l’italienne.

Secret du cocktail bondien

Ici, en ouverture de « Vivre et laisser mourir », de retour au bercail après une mission à Rome, 007 chuchote à l’oreille de Mlle Caruso « Siamo sole », dans un italien impeccable ; là, il se rend à Venise en charmante compagnie, dans « Bons baisers de Russie », « Moonraker » et « Casino Royale », tropisme majeur de l’attrait de James Bond pour la Piazza San Marco et le Palais des Doges ; sans oublier le moment où étincelle dans son regard le charme d’un Vittorio Gassman ou d’un Marcello Mastroianni. Suavité méditerranéenne, au cœur d’une maîtrise glacée, déchirant le brouillard londonien, tel est le secret du cocktail bondien !

Tel un esthète au style nietzschéen, l’agent secret quitte la grisaille du Nord pour l’éclat lumineux du Sud, délaisse les brumes de Parsifal et tombe dans les bras de la sensualité ardente de Carmen. James Bond latinise-t-il l’espionnage, comme Nietzsche défendait l’idée qu’il fallait « méditerraniser la musique » ? Puisse Daniel Craig, malgré la violence du monde, malgré les deuils qui s’accumulent, malgré, enfin, la part du Spectre en lui et de ses propres fantômes, puisse Daniel Craig mêler encore le sens de la dolce vita à l’affrontement des méchants les plus diaboliques, pour son dernier tour de piste en smoking à l’automne.

 

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