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TRIBUNE / Philippe PASCOT / Moralisation de la vie politique : la peau de chagrin des parlementaires

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À l’instar de la peau de chagrin « originale », décrite par Balzac, qui rétrécit à chaque désir du personnage principal et, en disparaissant ainsi peu à peu, le conduit à la mort, la loi sur la moralisation de la vie politique se voit grignotée à chaque fois que les parlementaires le désirent, ce qui, tout en les engraissant, conduit lentement mais sûrement notre démocratie à la mort.

Le redressement moral promis par Emmanuel Macron lors de sa campagne présidentielle n’aura donc été que de la poudre aux yeux, car une loi a beau être promulguée, si aucune instance ne se charge de la faire appliquer et de procéder aux vérifications qui en découlent, elle reste lettre morte.

Le symbole était pourtant beau lorsqu’en 2017, notre Président signait cette loi devant un panel de médias, laquelle avait été votée à une écrasante majorité par les deux Assemblées. Mais dans le détail, le vernis s’effritait déjà : au lieu des six points promis durant sa campagne, seuls quatre avaient été retenus, dont deux remaniés.

Ainsi, dans les faits, seules l’interdiction des embauches familiales et la suppression du régime spécial de retraite parlementaire ont été retranscrites à l’identique entre le programme de campagne et la loi. Cependant, si les embauches familiales directes – conjoints et enfants – sont bel et bien interdites, les directives sur l’embauche de parents plus éloignés comme les frères et sœurs et leurs enfants, ou de proches « illégitimes » – comprenez les maîtresses ou les favoris –, de même que les embauches « croisées », où un parlementaire emploie un parent d’un autre parlementaire, ne sont sujets qu’à des « mesures de transparence » déclaratives auprès de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP). En termes de lutte contre le népotisme – qui étymologiquement vient du latin nepos, le « neveu », donc s’étend au-delà du cercle familial direct – on est très loin du compte !

N’abordons pas non plus le verrou de Bercy, toujours bien cadenassé, ou encore la Haute Cour de Justice, bien pratique pour maintenir en place les responsables mais jamais coupables de nos dignitaires, quand il y sont jugés. Enfin, mais la liste pourrait être plus longue, les items sur la lutte contre le conflit d’intérêts au Parlement et l’obligation d’avoir un casier judiciaire vierge pour pouvoir se présenter à une élection, quant à eux, ont été revus à la baisse. On se demande bien pourquoi…

Dans mon dernier livre, Pilleurs de vie, sur le pouvoir des lobbies et leur faculté à manipuler la classe politique, j’expose une multitude de cas révoltants d’interférence de ces entités dans des scrutins, mais aussi les activités de conseil des élus concomitantes à leur mandat. Comment voulez-vous que ces gens-là pensent à l’intérêt général quand leurs intérêts particuliers entrent en ligne de compte ?

Quant à la présence d’élus entachés de condamnations à tous les échelons du pouvoir, c’est déontologiquement indéfendable ! À l’heure où les Français se méfient plus que jamais de leur classe politique, le devoir d’exemplarité des élus devrait être à son maximum ! Pourtant, nombreux sont ceux – y compris issus de la société civile, de ce « Nouveau Monde » voulu par Emmanuel Macron – qui ne se retirent pas en dépit de faits reprochés graves, tels que des violences envers les femmes ou encore des fraudes aux cotisations sociales et des détournements de fonds. La présomption d’innocence doit bien sûr être préservée, mais le devoir de probité et de faire preuve d’un certain retrait en cas de mise en cause judiciaire me semblent tout aussi importants !

De plus, certaines procédures n’ont même pas le temps d’aboutir que passe-droits et subsides affluent déjà, j’en veux pour preuve le remboursement anticipé et la rénovation immédiate des dégâts causés, soi-disant par des « gilets jaunes », sur les bâtiments de l’Assemblée Nationale, ou encore sur les domiciles de certains parlementaires, alors même que ces dégradations constituent des éléments de preuve et que les coupables n’ont pas encore été désignés !

En outre, face à tous ces coups de canifs dans la loi, et alors que la limitation des mandats dans le temps et la présentation annuelle du bilan du Président face au Congrès, les deux derniers points promis, ont été repoussés à la future réforme des institutions – en suspens jusqu’aux conclusions du Grand Débat National – de nouvelles directives de l’Assemblée Nationale viennent, dans une discrétion toujours plus malsaine, relâcher la bride des parlementaires, notamment sur les frais de mandat.

En dépit du ras-le-bol de l’immense majorité des Français au sujet de leur train de vie, l’utilisation de l’ex-Réserve Parlementaire, transformée en Avance sur Frais de Mandat, a été à nouveau remaniée malgré des dérives certaines – comme la location d’un pied-à-terre voire d’une « garçonnière », ou encore le remboursement des notes de restaurant sans justificatifs des convives (ceux ou celles qui fréquentent aussi la garçonnière…), et autres « petits arrangements entre amis ». Ainsi, depuis le 7 novembre dernier, au lieu d’être renforcés comme le préconisaient l’ensemble des ONG anti-corruption, les contrôles ont été diminués, les questeurs de l’Assemblée Nationale préférant miser sur « la droiture du Nouveau Monde » et la confiance. Quelle blague !

Une fois de plus, il ne s’agit pas de jouer les inquisiteurs ou les commissaires du peuple, mais de comprendre pourquoi ce qui est exigible d’un petit patron sur ses notes de frais ne l’est pas dès lors qu’il s’agit d’un élu, ou encore pourquoi 396 métiers exigent un casier vierge et pas la mandature républicaine ?

Là réside la grande perversion de notre système politique : plus les élus s’approchent du pouvoir central, plus leur capacité à rester honnête diminue et plus la question de la transparence de la vie politique fait consensus dans toutes les couches de la société, plus sa mise place « obligée » par les politiques s’effectue, tous partis de concert, en renforçant son opacité. Comme disait Coluche il y a déjà quarante ans : « je me demande si ce n’est pas ça, la loi du milieu ». Triste constat d’actualité, vous ne trouvez pas ?

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  1. Jean Molliné Répondre

    C’est non seulement un triste constat, mais c’est aussi un sacrée leçon pour tout le monde.

    Ça met en perspective deux points que défend Étienne Chouard : la désignation par tirage au sort qui ne pourrait pas donner lieu à une assemblée pire que celle qui sévit actuellement dans l’hémicycle, et l’écriture des règles du pouvoir par les citoyens eux-mêmes, règles que ces élus devraient craindre en montrant une probité à toute épreuve, ce qu’on obtiendra pas tant qu’on laissera les élus écrire ces règles.

  2. Baribaud Répondre

    Bravo Philippe !
    Ce combat que vous menez, j’y adhère à 200% ! Tant que nous laisserons des escrocs diriger notre pays, nous serons manipulé, trompé, et réduit au silence !
    Comme le dit si justement notre ami Etienne Chouard, la véritable démocratie c’est un pouvoir du peuple par la formation d’ateliers constituants formés de volontaires aux vraies compétences !
    Avec toute ma considération.
    éric ( John le cétacé sur FCB )

    • Pascot Répondre

      Merci john on va finir par gagner. Nous sommes le nombre . Cdlt pp

  3. DIDIER MELMOUX Répondre

    Le diable se cache dans les détails.

    A peine votée, cette loi sur la confiance dans la vie politique s’est totalement effritée avec les quelques décrets publiés, comme par exemple pour la fameuse peine automatique de 6 ans d’inéligibilité. Elle ne s’appliquera que pour les faits commis après la promulgation de la loi. En fait dans le meilleur des cas, les premières sanctions tomberont en 2038.

    Tout comme l’enterrement discret du non cumul dans le temps, pas plus de trois mandats COMPLETS, il suffit de démissionner du poste 6 mois avant le terme pour des raisons personnelles et le tour est joué, on est reparti pour une série de trois. Et pour les Maires c’est encore plus simple, cela ne concerne que les communes de + de 9.000 habitants, autrement dit – de 3% des communes.

    La façade de cette loi est belle, l’intérieur l’est beaucoup moins.

  4. michael Répondre

    on ne s’en sortira pas autrement. Nos élus doivent être transparent. Et si possible avoir dans l’assemblée des retraités, des ouvriers et pourquoi pas des gens sans emploi. De sorte à ce que ce soit plus représentatif. Pas plus de 2 à 3 mandats consécutifs. Le fait qu’il y ait un député maire ne me gêne pas car ils sont en principe plus sur le terrain.

  5. Tanguy Répondre

    Le fonctionnement de la 5eme république fut remaniée ou modifiée depuis son instauration tel du hacking, les modifications ou introduction de petites phrases ou changement de conjonctions ou carrément l’introduction d’articles dans les textes de la constitution ou de la législation permettent à certains de se servir impunément du système français.

    Seules l’éthique et la morale permettent à nos gouvernants de faire respecter un semblant de démocratie pour ceux qui en ont encore (je cherche encore). Il n’y a qu’à regarder les profils et CV de chaque élus et surtout au gouvernement pour se rendre compte de leur égo, leurs ambitions souvent personnelles, leur démagogie …
    Les liens et amitiés entretenues avec des entreprises importantes du CAC40 où l’on voit des personnalités politiques travaillées dans ces dernières à des postes prestigieux et inversement pourtant ils n’en ont pas pour beaucoup les compétences ni l’expérience. Aussi le placement immorales à des postes importants de personnes qui ont le profil de soumission ou de copinage mais pas forcément les compétences avec le gouvernement en place dans des organismes d’état ou des ministères.

    Je suis impressionné de certains élus qui savent encaisser des reproches ou des attaques verbales avec arguments et restent de marbres avec le sourire, s’en suit rabaissement et amalgame automatique de l’interlocuteur à un raciste, antisémite, un facho extrémiste avec souvent détournement des propos en leurs faveurs et toujours sans preuves, en cela ils ont une formation exceptionnelle. Ils n’hésitent pas non plus à balancer leurs collaborateurs comme fusible en cas de problème qui normalement dans une société civile seul le patron devrait être responsable :
    – l’affaire Bygmalion où dans un premier temps Copé était montré du doigt
    – Affaire kerviel, la direction n’a jamais été inquiété
    – Benalla …
    – …
    En 2014 il y a eu re-découpage de circonscriptions pour les élections législatives, il a été décidé que nous avons élus nos députés en 2017 suivant l’ancienne carte des circonscriptions d’avant 2014. De ce que j’ai pu voir, il existe une étude de probabilité au service de l’état qui permettait de dire en 2014 que la nouvelle carte bénéficierait à la droite d’où mon questionnement sur la légitimité des élections législatives en plus du matraquage médiatique effectuée aux dernières élections. Ceci s’est fait sur décision du gouvernement Hollande.

    L’expérience et les compétences de nos élus me questionne aussi énormément. Au gouvernement, combien ont déjà été au chômage, subi un licenciement économique ou pour faute, perdu leur maison, été bénéficiaire dans une association d’aide au logement ou pour se nourrir ? Combien d’entre eux ont une carrière et une expertise sérieuse dans une activité professionnelle dont il serait responsable de l’augmentation du capitale et non responsable de part leur présence de l’ouverture à des marchés nationaux et plus ? Ont-ils étés pêcheurs, artisans, agriculteurs, commerçants, aides-soignants, militaires, … Alors, comment font ils pour nous sortir des lois aussi détachées de la réalité économique et fonctionnelle de nos métiers à part dans l’intérêt des grands groupes (fluidifier les marchés de l’emploi, le ruissellement, les accords d’entreprises…) ? Peut-on se permettre de juger et pondre une loi qui aura des conséquences sur une catégorie de personnes ou une filière sans en comprendre les mécanismes ? Trouvez-moi un seul élu au gouvernement qui fait preuve d’empathie, de droiture, de sérieux, d’humanisme et qui œuvre dans le sens des citoyens français.

    À force de m’informer et de commencer à comprendre l’imposture, je suis devenue réactionnaire politique sans partie, un mouton punk rebelle qui attend une tonte qui risque d’être difficile pour celui qui essaierait, en soit je suis un Gilet Jaune.
    Mr Pascot, merci de tout votre travail et analyses mettant en avant cette imposture qui va je l’espère se transformer en révolution pacifique dans l’intérêt de tous.
    Sincères salutations.

    • Tanguy Répondre

      Pour les redécoupage en 2014 des circonscriptions je me suis planté donc veuillez m’excusez de cette mauvaise info, il s’agit du redécoupage des cantons donc ce que j’ai écrit à ce sujet n’est pas valable. Difficile à comprendre au premier coup, entre les circonscriptions pour les législative et les circonscriptions cantonales (départements) qui ne sont pas les mêmes.

    • pascot Répondre

      hello tanguy
      merci pour votre rectification du découpage de 2014. je dirais plutôt à titre personnel tripatouillage

      amitie
      pp

  6. Jauffres Dominique Répondre

    Philippe, seule la mobilisation et le partage des infos fera avancer les choses dans le bon sens. Ton travail nous est précieux, et tes interventions dans les médias très justes.
    Continue..À fond derrière toi. Cordialement..D Jauffres

    • pascot Répondre

      merci dominique
      plus vous saurez , moins ils pourront
      cdlt
      pp

  7. Equinoki Répondre

    « Ces êtres ne sont pas corrompus. Ils sont la corruption ».
    J’aime cette formule de Juan Branco qui remplace avantageusement le « tous pourris » qui en plus d’être désuet à toujours été mensonger.

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