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« L’humanité est un devoir. Aidons les migrants à s’en sortir la tête haute »

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Dans un journal de bord, co-écrit avec la journaliste Aurélie Selvi, Teresa Maffeis, figure militante niçoise, revient sur les citoyens connus ou inconnus qui ont aidé des réfugiés.

 

 

La France, pays d’accueil, de liberté et de fraternité ? Des termes qui divisent et qui malheureusement restent un doux rêve. Il suffit de voir les politiques menées face à la détresse des migrants qui arrivent dans des conditions épouvantables dans notre pays. Pourtant, des citoyens bravent des « interdits » pour aider un autre être humain comme eux. Des initiatives que Teresa Maffeis, une militante de la première heure, a voulu mettre en lumière dans un livre type journal de bord, en collaboration avec Aurélie Selvi, journaliste : LES SENTINELLES – Chroniques de la fraternité à Vintimille.

Derrière chaque page se cache un boulanger ou un retraité, une aristocrate ou un agriculteur, un anarchiste ou un curé. Ces individus se mobilisent avec courage et passent à travers des arrêtés municipaux et préfectoraux pour nourrir, héberger, ou encore, faire voyager des migrants qui ont fui des vies de souffrance.

Teresa Maffeis, d’une de ces voix de combattants qu’il est facile à percevoir, nous explique qu’elle ne veut pas se mettre sur le devant de la scène. Elle n’est qu’une parmi tant d’autres aidants. « Le livre n’est pas un recueil de portraits de militants, mais il sert à montrer qu’il y a eu tout un flot d’entraide qui peut mettre des larmes aux yeux tellement c’est fort« , confie-t-elle.

Pourtant, difficile de passer à côté de cette femme de conviction, cette niçoise d’adoption d’origine italienne, soixante-huitarde, qui milite dans de nombreux domaines : elle est la fondatrice de l’Association pour la démocratie à Nice (AdN), elle aide à la scolarisation des enfants roms, s’investit dans les quartiers difficiles, est présente dans un collectif de droits des femmes, tient des permanences juridiques pour les étrangers qui arrivent à dans sa ville et s’engage écologiquement.

« Je lutte pour toutes les personnes dont on ne s’occupe pas et qui sont discriminées ou dans des situations difficiles. Je suis révoltée de voir des personnes souffrir. Les gens ont un regard négatif sur les réfugiés alors que ces derniers n’aspirent qu’à travailler et avoir une vie meilleure« , explique cette engagée des causes.

Des jeunes filles et des réseaux de prostitution

Le livre qui revient sur cinq ans d’engagement auprès des migrants bloqués à la frontière franco-italienne au niveau de Vintimille donne l’occasion à Teresa Maffeis de nous raconter les images qui hantent sa mémoire.

Elle a ainsi vu de nombreuses jeunes filles arriver seules en Italie, des Érythréennes que les parents faisaient venir pour trouver une autre vie. « C’était affreux ! Elles ont été la proie d’agressions et de la prostitution. J’ai appris que leurs mères leur mettaient un patch qui durait deux ans pour qu’elles n’aient pas d’enfants. Vous imaginez une mère qui fait cela, car elle sait que sa fille va se faire violer en Libye et dans d’autres pays. Il y a vraiment de grandes souffrances dans les pays d’origine, car tu ne peux pas en arriver à ce stade. La recherche d’une vie meilleure amène à ce genre de réflexion« , affirme Teresa Maffeis.

« Je me rappelle une fois, une bande d’érythréennes m’ont dit en sortant de l’église : on s’en va. En leur demandant quelles manières, elles m’ont dit : nous avons trouvé des camionneurs. Je ne veux pas imaginer ce qui s’est passé…« , ajoute-t-elle.

Aujourd’hui, selon la militante, les femmes n’arrivent plus seules. Elles peuvent ainsi s’associer à un autre réfugié homme pour un parcours entre les pays plus « facile ». Elle voit aussi des familles entières venant de Syrie et d’Iran.

Si on ose lui demander si elle est essoufflée par le manque d’évolution des mentalités politiciennes, elle nous répond en toute sincérité que la guerrière des droits est, et sera toujours présente. « J’entends toujours des personnes me poser la question : ‘comment tu fais pour militer encore ?’ J’aimerais leur dire : ‘mais comment tu fais toi pour ne pas le faire ?’ Mais je réponds avec plus de diplomatie que j’ai ma propre vie avec ce militantisme à mes côtés. »

Une loi sur l’humanité

Teresa Maffeis le martèle, ces femmes et ces hommes traversent des situations très risquées pour s’installer dans un pays calme, trouver un travail et donner un peu d’argent à leur famille restée sur place. Et elle est consternée par la législation française qui ne permet pas d’aider. Par exemple, elle affirme la nécessité du regroupement familial qui permettrait aux familles de se retrouver. « Cela ne sert à rien de faire attendre des gens ici (en France) qui n’ont personne alors que des proches les attendent ailleurs en Europe. L’humanité est un devoir. Aidons les migrants à s’en sortir la tête haute« , explique-t-elle.

Pour cette humaniste, il faut encore et toujours se mobiliser, que les aidants n’aient pas peur : « j’ai vu des gens en Italie qui n’étaient pas très accueillants avec les personnes noires, pourtant ces mêmes personnes ont adopté des enfants réfugiés, donné à manger à la Caritas ou se sont occupés des femmes. Ce que je veux montrer dans le livre c’est que n’importe qui peut donner un peu de lui dans ce concept d’aider les autres.« 

Sa plus grande satisfaction est de voir les migrants construire leur nouvelle vie. « Une jeune fille qu’on connaît bien est devenue aide-soignante, c’est magnifique. J’aime suivre leur destinée, je reçois même des photos de leurs enfants. Je ne suis pas du genre à aider une fois puis à fermer ma porte« , nous transmet avec générosité Teresa Maffeis.

Par Céline Peschard, le 8 juillet 2020

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