Depuis qu’il a expliqué, dans une vidéo, avoir déversé de l’acide dans une décharge à ciel ouvert de Moselle pour le compte d’ArcelorMittal, en juin dernier, le chauffeur intérimaire n’a pas été réembauché… Le lanceur d’alerte, qui s’est pourtant bien gardé de révéler son identité, “ne retrouve plus de boulot”. Selon lui, il est blacklisté, et toutes les portes se ferment devant lui. “J’aurais dû me taire et continuer ma vie, a-t-il fini par déclarer sur France Info. Mes enfants en ont pâti, mon couple en a pris un coup.”

De fait, s’ils sont célébrés comme des héros des temps modernes par la presse et les réseaux sociaux, les lanceurs d’alerte (whistleblowers en anglais) paient souvent très cher tout signalement d’actes illicites ou dangereux touchant à l’intérêt général. “Nous sommes devenus les parias de la société”, écrit ainsi Stéphanie Gibaud dans son dernier livre, La Traque des lanceurs d’alerte (éd. Max Milo), préfacé par Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks.

Sur écoute

Cette ex-responsable du marketing événementiel France de la banque UBS sait de quoi elle parle. Tout commence pour elle à l’été 2008, quand elle refuse de détruire un listing de clients impliqués dans une affaire de fraude fiscale. Elle est alors mise à l’écart et privée de tout rôle opérationnel. Son employeur va jusqu’à la placer sur écoute et pirater son ordinateur. Une situation de harcèlement moral confirmée en 2015 par le conseil de prud’hommes de Paris, qui a condamné UBS à lui verser 30.000 euros de dommages et intérêts.

Combat cannibale

Résultat de cette méfiance des dirigeants : en sept ans, Stéphanie Gibaud n’a pas retrouvé le moindre poste en adéquation avec sa carrière longue de vingt-six années. Elle a envoyé plus d’un millier de CV, n’a reçu aucune réponse. “Je suis présente sur LinkedIn, Twitter et Facebook. N’importe quel chasseur de têtes peut me contacter, explique-t-elle. Silence total…” Comme si elle avait été rayée de la carte. Depuis trois ans, elle survit avec 450 euros de RSA par mois, en sus de ce que lui rapporte son premier livre, La Femme qui en savait vraiment trop (éd. Le Cherche midi). Elle confie aujourd’hui avoir “fait le deuil” d’un CDI. “Je suis punie pour avoir fait connaître la vérité.”

  • Stéphanie Gibaud : licenciée d’UBS
  • 2008 : responsable du marketing événementiel de la banque UBS France depuis 1999, elle dénonce des mécanismes d’évasion fiscale pour les clients français. 2012 : elle est licenciée.
  • Aujourd’hui : en recherche d’emploi, elle vit avec les minima sociaux.

CE QUE DIT LA LOI SAPIN 2 : UN DISPOSITIF BIEN CADRÉ

Le statut du lanceur d’alerte a été défini par la loi Sapin 2. A partir du 1er janvier 2018, les entreprises de plus de 50 salariés devront créer un dispositif interne pour recueillir les signalements de faits touchant à l’intérêt général. Chaque entité sera chargée d’établir les modalités à suivre par les lanceurs d’alerte et de désigner un référent pour recueillir les faits. Personne physique ou morale, interne ou externe à la société, celui-ci sera tenu à la confidentialité. Les entreprises devront en outre assurer une communication suffisante sur cette procédure, y compris à l’adresse des collaborateurs extérieurs et occasionnels.