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19/09/2019 – Madame Piffaut, les secrets de « Mamie Cassoulet »

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Une femme à la double personnalité et une escroquerie financière à 300 millions d’euros… Un livre réunit tous les ingrédients d’un excellent roman noir.

Gorgée de morphine pour atténuer les souffrances d’un cancer du pancréas en phase terminale, Monique Piffaut, 78 ans, s’est éteinte le 30 novembre 2016. Veuve et sans enfant, cette patronne de fer, secrète et respectée, laissait derrière elle un empire agro-alimentaire pesant près de 900 millions d’euros de chiffre d’affaires et recouvrant plusieurs dizaines de marques prestigieuses dans la charcuterie, les plats cuisinés et la pâtisserie industrielle (Williams Saurin, Paul Prédault, Madrange, Panzani, Brossard…). Dans un communiqué émis par la holding Financière Turenne Lafayette, qui chapeautait l’ensemble, et dont elle était la dirigeante et l’unique actionnaire, Monique Piffaut annonçait léguer toute sa fortune à une fondation en cours de création.

Mais, une fois ouverts les livres de compte, il est apparu que Monique Rieferstalen, (son nom de jeune fille) laissait en héritage un trou financier estimé à près de 300 millions d’euros. Une dette considérable, laissant pantois ses fournisseurs, les pouvoirs publics et 3200 salariés. Tout aussi stupéfaits, financiers, industriels et journalistes découvraient qu’ils s’étaient fait « roulé » des décennies durant par celle dont on vantait les qualités de « gestionnaire et de visionnaire ».

On la surnommait « Mamie Cassoulet »

Septembre 2019 : dans son livre Madame Piffaut, la reine des escrocs (éditions Max Milo), le journaliste-écrivain Pierre Maraval a voulu faire la lumière sur ce que l’on ne savait pas de cette drôle de dame. C’est-à-dire à peu près tout. Se frayant un passage parmi les innombrables mensonges, affabulations et calculs cyniques de celle que l’on surnommait « Mamie Cassoulet » dans la presse économique, l’auteur met à jour, chapitre après chapitre, les misérables secrets personnels, mais aussi le cynisme et la dureté d’une femme solitaire et misanthrope.

Pour que le lecteur finisse par s’attacher à ce personnage qui donne froid dans le dos, Pierre Maraval, qui est aussi plasticien et cinéaste, a choisi de donner à son enquête la saveur d’un roman noir à la Simenon. Pour cela, il se glisse dans la peau de « La Reine des Escrocs », varie les angles de narration, reconstitue des dialogues et utilise la première personne lorsqu’il s’agit de livrer des confidences intimes où les blessures des origines.

On suit la petite Monique dans les couloirs glacés du couvent où elle sera élevée pour échapper à la déportation pendant la seconde Guerre Mondiale. Un père juif polonais, chaleureux et beau parleur, lui donne le goût des chiffres et de l’entreprise. Une mère catholique, autrichienne, rigide et froide, la dote de la fierté d’une origine aristocratique viennoise. Puis, c’est l’adolescence, un bac raté, la découverte qu’elle ne plaira jamais et la trouble attirance ressentie pour sa jolie amie Evelyne dont elle envie la beauté et le pouvoir que cela lui donne sur les hommes. Puis ce sera l’échec du mariage avec son mari dentiste qui se suicide en se pendant au cordon de sa « roulette », les rares et médiocres amants d’une femme qui s’invente un passé d’espionne, des enfants morts noyés dans une piscine pour donner du relief à une existence si terne qu’elle en ferait presque peur. Et pour seuls compagnons à ses côtés, une succession de caniches nains, remplacés à l’identique à chaque décès et tous nommés Gaëtan.

Pour transformer l’épicerie de luxe créé par son père en un groupe agro-alimentaire, Monique Piffaut va tirer parti de son physique disgracieux et de son absence de charme en endossant les habits d’une petite bonne femme banale, insignifiante, sans autre attrait que des résultats prometteurs, que les hommes méprisent au lieu de s’en méfier. Elle les observe, les déstabilise et les manipule sans qu’ils s’en rendent compte.

Fausses factures et gestionnaires véreux

Ainsi va prospérer le « système » Monique Piffault qui, depuis ses débuts, a choisi de corriger ses erreurs de gestion en les niant et en rédigeant elle-même, la nuit, des fausses factures, qui lui permettent de lisser ses pertes dans une croissance artificielle de son chiffre d’affaires. Une cavalerie qu’elle pratiquera jusqu’à la fin de sa vie avec la complicité, active de son entourage et l’aveuglement de ses financiers.

Dans son dernier tiers, l’ouvrage prend la forme d’une investigation serrée, démontrant que Monique Piffaut ne serait sans doute restée au stade d’une commerçante truquant ses comptes, si elle n’avait pas été portée par les dérives des années Tapie, le cynisme de la grande distribution et l’avidité des grands banquiers. Car l’intéressée n’a pas agi seule. Derrière son parcours, on découvre les tristes fantômes des années fric comme la SDBO et le Crédit Lyonnais. Autour d’elle, des gestionnaires peu scrupuleux encouragent la fuite en avant de la Financière Turenne Lafayette, servie aussi par la naïveté des pouvoirs publics toujours prompts à fermer les yeux sur la réalité des chiffres au nom de la sauvegarde de l’emploi.

Madame Piffaut ne sera jamais jugée. Son entourage, si. Après deux ans et demi d’enquête préliminaire, le parquet de Paris a ouvert le 8 avril dernier une information judiciaire contre « X », notamment pour abus de biens sociaux, escroquerie, présentation de comptes inexacts, faux et usage de faux, dissimulation de la véritable situation de la Financière Turenne Lafayette,

Finalement la « reine des escrocs » laissera pour seul héritage les trois grands amours de sa vie : sa Porsche noire, ses tailleurs Chanel et son caniche nain, le dernier des Gaetan, aboyant dans la vaine attente de son retour.

Par Jean-Luc Barberi

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