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17/10/2019 – L’alcoolisme féminin, une maladie encore taboue

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Du Mojito entre copines à l’addiction destructrice, il n’y a parfois que quelques verres. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à flirter avec l’alcool.

Comment en est-elle arrivée là ? Virginie Hamonnais ne se l’explique pas. Certes, elle était passée par des moments difficiles après sa séparation. Il y avait notamment eu ces attouchements sexuels que son fils avait subis de la part de sa demi-soeur. Mais la jeune femme avait réussi à garder la tête haute pendant toute la durée de la procédure judiciaire. Jamais cette assistante de production n’aurait imaginé sombrer un jour dans l’alcool.

Pourtant, le « produit », comme elle l’appelle aujourd’hui pudiquement, s’est immiscé dans sa vie. Comme ça, insidieusement. La trentenaire s’est versé un soir un verre de vodka, histoire de se détendre, puis deux autres le lendemain, parce qu’elle s’était sentie heureuse la veille, et encore plusieurs les jours suivants… sans raison apparente. Enfin si, pour s’anesthésier, pour s’assommer. Virginie a mis le doigt dans l’engrenage. Sa descente aux enfers, qu’elle retrace dans Noyée dans l’alcool*, à paraître le 17 octobre, durera plus de cinq ans. Cinq longues années durant lesquelles elle ingurgitera quotidiennement jusqu’à deux litres de son breuvage incolore.

L’histoire de Virginie est hélas tristement banale. Si, dans les années 1960, les femmes se sont mises à fumer comme les hommes, elles boivent désormais presque autant qu’eux. Un paradoxe quand on sait que la consommation globale diminue depuis un demi-siècle. La dernière étude de Santé publique France, publiée en 2017, révélait que 20,3% des femmes consommaient de l’alcool entre une et trois fois par semaine, contre 29,8% des hommes. Même le binge drinking – un mode de consommation qui consiste à boire beaucoup en peu de temps – n’est plus l’apanage des jeunes garçons.

Les femmes diplômées davantage concernées

Certes, ces messieurs restent trois fois plus nombreux que ces dames à consommer quotidiennement. Il n’empêche : l’alcoolisme féminin est une réalité. Mais il diffère de celui des hommes. « Il concerne principalement les classes éduquées, précise Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre en charge d’une consultation d’alcoologie pour femmes à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, notamment celles qui travaillent dans les médias, les relations publiques, l’enseignement, la santé et la magistrature ».
Alors, pourquoi ces femmes bardées de diplômes et de responsabilités sombrent-elles dans la dépendance ? Les causes sont multiples, mais les spécialistes dénoncent quasiment tous les nombreuses injonctions qui pèsent sur elles. Elles doivent non seulement être belles, gentilles, douces et intelligentes, mais on leur demande maintenant aussi de réussir.

Entre le dossier urgent à boucler, le dîner à préparer, le linge à plier et le carnet de notes à signer, le surmenage n’est jamais très loin pour la mère de famille qui endosse la plus grande part de la charge mentale. Quant à la célibataire sans enfant, sommée de se jeter à corps perdu dans le travail tout en se dépêchant de dégoter l’âme soeur pour ne pas finir vieille fille, elle est à peine mieux lotie. Pour toutes ces femmes, l’alcool reste la seule soupape de décompression accessible sans ordonnance.
Laurence Cottet se souvient de cette pression qu’elle a longtemps eue sur les épaules. Cette élégante quinqua, infatigable lanceuse d’alerte sur l’alcoolisme féminin, occupait autrefois un poste important dans un grand groupe parisien de BTP, en l’occurrence Vinci. Et elle a bu, plus que de raison. Pour oublier les jalousies et les coups bas. Jusqu’au jour où elle s’est effondrée, ivre morte, devant une assemblée de cadres médusés. C’était il y a dix ans.

Boire pour oublier ses traumatismes

Le stress n’explique pourtant pas tout. Lorsqu’elle reçoit une nouvelle patiente en consultation, Fatma Bouvet de la Maisonneuve commence systématiquement par passer au crible son histoire personnelle. Présente-t-elle une prédisposition héréditaire à l’alcoolisme, à la dépression, voire aux troubles du comportement alimentaire ? Souffre-t-elle d’une timidité excessive ? A-t-elle, au cours de son enfance, été victime de maltraitance ou de sévices sexuels ? Son chemin a-t-il, à un moment donné, croisé celui d’une personne toxique ? « Derrière une femme qui dérape, il y a presque toujours un mal-être ou une blessure de l’intime », soutient la psychiatre, également présidente de l’association Addict’elles*, qui organisera, le 9 novembre prochain, à Paris, une journée de sensibilisation et de prévention de l’alcool au féminin.

Comme pour Virginie, le mal s’insinue souvent de façon sournoise. Ça commence par un verre de Bordeaux le samedi soir, ou quelques apéros entre copines en rentrant du boulot et, hop, un beau jour on bascule et on boit seule, planquée dans la salle de bains, pour éviter le regard du conjoint ou celui des enfants. Quand le produit devient une obsession et parasite le quotidien, la maladie est installée.

Les femmes et l’alcool : une liaison dangereuse

Pendant ce temps, l’industrie de l’alcool, elle, se frotte les mains. Les femmes représentent un énorme marché à conquérir. Vins aromatisés à la griotte, liqueur parfumée au concombre et au basilic, prémix (du whisky ou du rhum mélangés à des jus de fruits)… Tout est fait pour appâter la gent féminine dès l’adolescence. Et c’est bien là que le bât blesse. Car les jeunes filles sont moins corpulentes et ne possèdent pas le même équipement enzymatique que les garçons. La dégradation de l’alcool par leur organisme est donc moins bonne.

Cirrhose hépatique, accident vasculaire, cancer du sein, trouble de la concentration, dépression… Boire peut avoir des effets graves sur la santé physique et psychique. Sans même parler des risques encourus par le foetus durant la grossesse. L’addiction entraîne aussi un isolement social. Quand un homme est pompette, il fait sourire (enfin, parfois), une femme éméchée, elle, n’attire que pitié et mépris. Dans l’imaginaire collectif, c’est une pochtronne qui néglige son foyer.

Envahie par la honte et par la culpabilité, l’alcoolique tarde, du coup, souvent à consulter. Ce qui retarde sa prise en charge médicale et accroît les risques de développer une maladie grave. Pourtant l’addiction n’est ni une tare, ni une fatalité. Les spécialistes sont unanimes : on peut facilement être soignée. Encore faut-il le vouloir. Un teint rouge et bouffi, les paroles blessantes d’un proche, une rencontre amoureuse… Tout peut déclencher le fameux déclic. Pour certaines, comme Virginie, c’est juste le sentiment d’avoir touché le fond.

Par Virginie Skrzyniarz

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