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08/02/2019 – Les journalistes sont-ils devenus des cons ?

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La défiance envers les médias ne cesse de grimper. Qu’est-ce qui explique cette fracture grandissante ? On a demandé son avis au journaliste français Olivier Goujon qui signe un essai au titre provocateur Ces cons de journalistes.

Selon le dernier baromètre de l‘IWEPS, l’institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique, plus d’un wallon sur deux n’a plus confiance dans les médias. En France un autre baromètre récent montre que seuls 25% des Français estiment que les journalistes sont vraiment indépendants du pouvoir politique. Le divorce entre le public et les médias est-il consommé ? La faute à qui ou à quoi ? Olivier Goujon, photo reporter, signe un essai intitulé « Ces cons de journalistes ».

 

Comment expliquez-vous que tant en France qu’en Belgique, les médias n’aient plus la cote ?

Ce qui est inquiétant, c’est que la France et la Belgique ont des paysages médiatiques complètement différents et, pourtant, la défiance est la même des deux côtés. En France, on dit que c’est parce que la presse est entre les mains de sept ou huit milliardaires. Et on les soupçonne de s’en servir à des fins personnelles, de lobby. La Belgique est bien différente, avec des petits groupes plus familiaux, un paysage plus éclaté. Or la méfiance à l’égard des journalistes est identique. Il y a donc d’autres raisons.

Lesquelles ?

Nous sommes tous, nous journalistes, un mâle blanc de 45 ans avec des parents qui gagnaient plus de 4000 euros par mois. Je généralise par provocation mais il y a une forme d’endogamie. Le jour où j’ai dit ça sur un plateau, j’ai vu quatre ou cinq journalistes se lever et dire que ce n’était pas du tout le cas alors qu’ils étaient blancs et avaient 45 ans. Ils confirmaient en fait ce que je disais. Le problème, c’est que la reproduction sociale provoque la déconnexion avec toutes les réalités. Et le public s’en rend compte. Un autre problème est que l’urgence de l’information prime sur le fait de vérifier et de recouper, donc sur la qualité de l’information. C’est dramatique et le public s’en aperçoit.

Il y a pourtant des jeunes journalistes…

Oui. De plus en plus, les reportages sont assurés par des journalistes toujours plus précarisés et qui tendent vers le sensationalisme parce qu’ils doivent vendre leur travail. Je ne leur reproche pas. Quand on est pigiste et qu’on gagne 1000 euros par mois, la qualité, on s’en fout. C’est normal. C’est pour survivre. On est dans une situation de prolétarisation de la profession. Or quand on touche à la presse, on touche à la démocratie. On peut ajouter le poids des agences de communication. Les bureaux de presse pèsent de plus en plus sur le journalisme. Des attachés appellent des journalistes pour peser sur ce qu’ils écrivent. Or ces journalistes fragilisés ne sont pas en position pour résister au pouvoir qui leur fait face. Et puis, il y a l’auto-censure. On avait par le passé des rédacteurs en chef protecteurs. Aujourd’hui, ce sont de plus en plus de simples courroies de transmission entre la rédaction et les actionnaires. Les journalistes ne se sentent plus protégés. Ils hésitent à être dérangeants et ne pas être dans l’air du temps.

Vous êtes très pessimiste.

Il y a aussi des motifs d’espoir. Je vois sur le net des espaces de liberté se créer. Mais ils touchent un public déjà averti, à la recherche d’un journalisme qui prend le temps, et ça reste réduit. Mais j’aime mon métier. C’est le plus beau du monde avec celui d’enseignant. C’est celui de la transmission. Je ne l’exerce plus aujourd’hui comme reporter ou photo reporter mais dans le monde de l’édition en écrivant des livres. Mais j’ai fait 500 reportages dans 160 pays.

Pourquoi ce titre violent ?

Cela fait référence à une expression populaire et à une généralisation. Les gilets jaunes parlent de ces « cons de journalistes » mais ils font référence à 150 éditorialistes, toujours les mêmes. Mais l’objet du livre, c’est de dire que tous les journalistes ne sont pas à mettre dans le même panier. Et puis, ça fait référence au fait que les journalistes n’ont pas vu venir ce qui arrive aujourd’hui. Et peut-être qu’on est bien con d’exercer encore notre métier avec passion.

 

Par Catherine Ernens

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