facebook twitter youtube

05/11/2019 – Témoignage d’une rescapée de l’alcool

Want create site? Find Free WordPress Themes and plugins.

Dans son livre, Virginie Hamonnais, installée à Authiou, raconte l’alcoolisme dont elle est sortie il y a un an

Il y a bientôt un an, dans la maison familiale d’Authiou, Virginie Hamonnais stoppait sa descente infernale dans l’alcool. Devenue rapidement dépendante à 35 ans, après quelques verres le soir, pour égayer une vie quotidienne plombée par de graves problèmes familiaux devenus trop lourds à porter, cette réalisatrice et assistante de production a réussi à trouver le déclic. Interview.

Il y a moins d’un an, Virgnie Hamonnais, réalisatrice de reportages télé, maman d’un adolescent, faisait une croix définitive sur l’alcool et reprenait son souffle après avoir vécu quatre ans noyée dedans, comme le résume le titre de son livre témoignage qui vient de paraître, Noyée dans l’alcool (éditions Max Milo).

Le point de départ : le père de son fils, un journaliste, boit de plus en plus et s’éloigne d’eux. Le couple se sépare. Quelques années plus tard, le jeune garçon est victime d’inceste de la part de sa soeur. Virginie soutient son fils pour porter plainte. La machine judiciaire est lancée mais la jeune femme de 35 ans s’épuise à tout gérer. Elle commence à boire.
Depuis la résidence secondaire d’Authiou, où elle a eu le déclic d’arrêter, elle nous explique comment elle s’est retrouvée prise au piège de l’alcool, comment elle a arrêté et livre ses conseils pour les alcooliques et leurs proches.

Comment bascule-t-on dans l’alcoolisme ?
Quand on est en soirée avec des amis, on voit que l’alcool rend plus gai. ça a été très rapidement de soi car l’ambiance était difficile à la maison. Je voulais retrouver l’ambiance gaie et l’alcool a été une évidence.

Votre ex-conjoint buvait, vous voyiez les effets néfastes. Cela ne vous a pas freiné ?
Pas du tout. Car on croit maîtriser l’alcool. On augmente les doses pour retrouver l’état d’euphorie une heure. Moi je buvais pour noyer ma tristesse. Certains le font pour se remplir. Il faut comprendre pourquoi on boit. Une fois qu’on sait pourquoi on boit, on a fait une partie du chemin pour arrêter.
Au départ, il y a un besoin psychologique d’alcool, pour oublier ses problèmes, pour dormir. Puis on tombe rapidement dans un besoin d’alcool corporel. Si vous ne buvez pas, vous tremblez, de delirium tremens. Moi je voyais des gens en noir et blanc, je ne pouvais pas tenir une tasse de café. En sevrage, on vous guérit le manque d’alcool corporel. Mais pas le manque psychologique. Donc quand vous sortez de sevrage, vous replongez automatiquement. Car vous retrouvez vos problèmes. L’alcool est votre meilleur ami. Vous le retrouvez partout. C’est le meilleur anxiolytique possible, en vente libre.

Vous n’aviez pas pensé à voir le médecin pour qu’il vous prescrive des calmants quand vous n’étiez pas bien ?
Non, car je ne pensais pas tomber dans l’alcool. En plus, avec le parcours juridique de mon fils, on devait raconter constamment notre histoire. Je pensais que j’allais tenir le coup. Je me pensais plus forte. Donc je pensais rendre l’atmosphère joyeuse avec l’alcool.
Et puis il y a eu le rituel d’aller chercher de l’alcool. Quand on est une femme, en plus, on met en place des circuits. Par exemple, l’alcool du soir, je l’achetais le matin. Mais je le buvais avant. Alors je gardais toujours un peu d’alcool pour trouver le courage, le lendemain, de redescendre aller acheter de l’alcool.


Est-ce qu’on se rend compte qu’on est alcoolique ?

On pense qu’on est plus fort que le produit. Mais on ne se rend pas compte. L’entourage se rend compte. Mais on ne veut pas les entendre. On se rend compte qu’on est vraiment alcoolique, qu’on est dépendant, quand c’est le corps qui réclame le produit, quand on ne peut pas s’en passer. Toute la journée est rythmée par le produit.
L’alcool est un produit de sociabilisation. Il facilite les rencontres, il décomplexe. On boit après le boulot, entre amis… On se rend compte qu’on est dépendant quand il désociabilise. Quand vous n’allez plus que chercher l’alcool en magasin pour vous-même.

Dans votre livre, vous vous montrez déçue de la prise en charge des alcooliques.
Vous allez promettre mille fois que vous allez arrêter. Mais vous en pouvez pas le faire pour les autres. Vous ne pouvez le faire que pour vous. Vous pouvez aller voir tous les médecins du monde, il faut le faire pour vous. Il faut avoir le déclic. Mais on le trouve où ? Au cul de la bouteille ? Moi j’ai eu un tourbillon de trop d’alcool. J’étais ici, dehors, et j’ai été prise dans un tourbillon. Je sentais les odeurs d’hôpital, je me voyais dans les centres de cure… Je me suis dit : « Je vais mourir si je continue comme ça. »
Je buvais tellement que c’était en adéquation avec ma peine. C’était de la détresse, vraiment en adéquation avec la peine que je ressentais, jusqu’à vouloir en mourir. Et personne ne peut rien faire. Pour se soigner, ça prend du temps. Et quand la personne a ce déclic, il faut la prendre en charge immédiatement. Si on nous emmène de force, ça ne marche pas. On signe une décharge et on s’en va. Donc quand la personne est d’accord, il faut lui dire oui.

Quels conseils donneriez-vous à l’entourage et à la personne qui boit ?
Il faut savoir pourquoi on boit. On ne se lève pas un matin en se disant : « Je suis alcoolique. » Ça peut être pour se remplir d’une frustration ou d’un ennui. Il faut avoir une prise de conscience que l’alcool détruit, et détruit votre entourage. Psychologiquement, il faut être entouré aussi. Pas que physiquement. Attention, si on fait un sevrage tout seul à la maison, on peut en mourir.
Et une fois que vous avez arrêté, l’alcool vous a tellement anesthésié que ça endort vos émotions. Vous devez réapprendre à vivre et à gérer vos émotions sans alcool. Vous devez reprendre confiance en vous. L’Anpaa (Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie) m’a aidée d’un point de vue médicamenteux et psychologique. Il a fallu calmer les angoisses avec un traitement médicamenteux. Mais j’ai décidé de le faire hors hôpitaux. Après l’alcool, il faut s’occuper. Donc mon ami m’a très vite fait travailler dans le jardin. Il a fallu aussi que je change mon entourage et mon quartier où j’avais mes rituels alcooliques (ses achats d’alcool chez l’épicier, NDLR). J’ai quitté Paris.

Votre fils (14 ans actuellement) vous a été retiré et a été placé à l’aide sociale à l’enfance (ASE) en 2015. Quelle est votre relation avec lui aujourd’hui ?
Le système de l’ASE est traumatisant pour la mère et pour le fils. Il devait voir son père, sa mère, ses grands-parents… Il avait des rendez-vous à toute heure de la journée, avec 1 h 30 de trajet. On a peur avant le rendez-vous, après. Et pendant le rendez-vous, on me dit qu’il est violent et qu’il faut que je le gronde. On ne travaille pas sur l’avenir en plus : l’ASE a voulu réécrire son histoire.
Aujourd’hui, il ne va pas bien. Il est chez ses grands-parents dans le cadre d’une action éducative en milieu ouvert. Il a un double traumatisme : on ne lui pas expliqué ce qu’est la maladie, et l’ASE l’a perturbé. Il ne veut pas voir d’éducateur. À chaque fois, on met tout notre espoir dans un éducateur mais il change. Donc on doit raconter l’histoire de nouveau et on remue la merde.
Il y a un rejet. Il ne veut pas me voir. Je demande sa garde, mais je ne l’aurai pas facilement. Ma porte lui sera toujours ouverte. Je demande que la justice nous laisse tranquille maintenant. Je suis une mère bienveillante tombée dans l’alcool par détresse et par souffrance. Si vous saviez combien je souffre pour mon fils.

Par Jenny Pierre

Did you find apk for android? You can find new Free Android Games and apps.
Parlez-en !
Lire la suite

Laissez un commentaire

*