Pages : 166 ISBN : 2-914388-15-2 Traducteur : Jacques Meunier Rubrique : Littérature allemande "A travers deux visions tragiques de destins historiques, Klabund montre dans un style singulier à quel point l’homme peut être contradictoire dans l’accomplissement du bien ou du mal." Pierre Deshusses. Le Monde. Mohammed, le roman d’un prophète (1917) Dans son roman bref et féerique Mohammed, Klabund accuse beaucoup moins les traits négatifs, despotiques et obsédés du protagoniste, en comparaison avec les autres Romans de la Passion. Le Prophète est certes décrit, comme les héros des autres romans, comme un être humain sensuel, passionné, voire provocateur, et empli de vindicte contre ses ennemis. Mais la sensualité de Mohammed est religieuse, et la victoire sur La Mecque, l’incroyante, n’est remportée que parce que les disciples réfrènent leur soif de vengeance. Dans son interprétation subjective et poétique du personnage, l'auteur vise surtout à rejeter certaines descriptions négatives de Mohammed comme fanatique religieux et épileptique: "Je le considère […] bien moins comme un fondateur de religion que comme un homme haut en couleurs et un être humain rayonnant (lettre à Walther Heinrich Unus, 7 mai 1917)." Raspoutine, un roman-scénario (1928-29) Le bref et saisissant Raspoutine de Klabund passe pour le premier roman au présent de la littérature allemande. Il ne put être publié du vivant de son auteur, qui venait de succomber à la tuberculose. Le sous-titre manque dans la première version, vraisemblablement publiée au début de 1929. Classé l'année suivante parmi les Romans de la Passion à la place de Bracke, Roman de Till l’Espiègle , on lui accola la mention Un roman-film , une désignation qui lui correspond d'ailleurs parfaitement. En effet, les séquences courtes évoquent le découpage d’un scénario. Chaque paragraphe forme ainsi le noyau de scènes d’un film non seulement imaginé, mais réellement projeté. En outre, Klabund se sert d’effets visuels et de techniques issus du cinéma de l'époque. La dernière scène est à cet égard frappante. Le cœur de cette biographie fictive est évidemment le légendaire prêtre ou plutôt starets Grigori Yéfimovitch Raspoutine (1864/65-1916), élevé au rang de conseiller de la Tsarine et de porte-parole supposé du Tsar. Ni les scènes hautes en couleurs qui décrivent la vie dissolue de Raspoutine, ni l'action, intense et violente ne dissimulent la pensée de Klabund : Raspoutine, comme ses ennemis les révolutionnaires, ont oeuvré au même but. Dans sa préface aux souvenirs de Youssoupoff, Klabund le dit clairement : "L’assassinat de Raspoutine a donné le coup d’envoi de la Révolution[…]. Et lui, le prince Youssoupoff, avait lancé la première torche enflammée dans sa propre maison ".