Quelques

passages...

 

EXTRAIT

Samira :
Moi, j’aime bien les grosses. C’est tout chaud, c’est tout rond, tout beau comme Yema. Elle est en colère Khalti Nafissa, mais que voulez-vous, quand la lumière du jour vire au noir, me lever devient impensable...Ca lui passera. C’est quand elle sait qu’elle va être très en retard à son travail ... mais ça lui passe... Elle n’aime pas que je l’appelle Khalti Nafissa, Tante Nafissa, elle n’a pas l’âge, elle dit...50 ans, quand même... elle veut me faire croire qu’elle en a 10 de moins, je ne la juge pas, pourquoi dire qu’on a 60 ans quand on fait 50...mais je le sais ...et elle aussi puisqu’elle fait la prière depuis peu. Ce n’est pas tant pour se rapprocher de Lui, non, elle ne s’est jamais sentie bien loin, même quand elle s’est battue contre Lui. Ne me demandez pas quelle métier elle exerce, elle n’a jamais voulu me le dire, mais c’est une femme comme ça ! Elle sait tout, est au courant de tout, achète, vend tout. Mais tu vends quoi ? “ Tout, je te dis, je pourrais même te vendre, mais ça ferait des histoires avec ta famille ”. Combien je coûte ? J’aurais bien aimé savoir... Elle rêve, aussi, et elle fume. Un jour, peut-être pour me mettre à l’aise, elle m’a proposé une cigarette. J’ai refusé. Pas par préjugés, je lui ai expliqué : je ne veux pas abîmer mes ovaires. Elle a ri de toutes ses belles dents fortes et blanches. Je ne sais pas si elle m’aime...je crois qu’elle n’a pas le temps... Il faudrait simplement que je comprenne que les jours qui passent ne sont pas d’interminables nuits froides .Si seulement un petit rayon de soleil perçait, m’aidait à le comprendre ... Ta, ta, ta, ta, me dit Nafissa, et ça veut aller vivre à Londres ! ...

EXTRAIT

Nafissa :
Une épave… une épave au milieu du salon. Elle maigrit à vu d’œil …seul le téléphone la ranime, et encore, à peine… Samira, Samira ! Allons, allons, petite sœur, il n’y à pas de problème sans solution. Que dirais-tu d’un mariage blanc... Non, ne révulse pas les yeux comme ça, on croirait la petite fille dans  “ l’Exorciste ”. Sitôt le mariage prononcé, finis les problèmes de papiers. Bonjour, Londres. Un joli mariage religieux avec H’san en attendant que tu divorces. Vous n’oublierez pas de me rembourser, n’est ce pas...
Le préposé au mariage blanc, c’est Omar, “ Omar-pot-de-colle ”, un garçon un peu paumé, mais gentil. Je lui explique le topo. “ Pas de problèmes, j’assure, je réunis les papiers, il me faudra, quoi, deux mois et on y va. ”
Deux mois ! J’ai manqué de m’évanouir, et elle aussi. “  Tu comprends, faut que je fasse la demande à Nantes. Il y a des papiers à demander en Algérie pour les parents. On ne sait pas combien de temps ça met tout ça. Bon on va dire un mois, mais je veux une partie de l’argent maintenant, c’est du boulot tout ça. ” Un peu paumé mais avec un sens certain des affaires.
(…)
Depuis, il est là lui aussi, chez moi….
Il a donné mon adresse pour les papiers. Il mange ici, il adore la chorba surtout quand c’est Samira qui la prépare. Il la regarde amoureusement servir les plats et n’est pas du tout décontenancé lorsqu’il sent qu’en retour elle lui donnerait bien un coup de louche sur la tête. Non, il suit ses petites mains délicates. Rêveur, ému… Il aime bien écouter du “ châabi ” aussi. Il découvre. Il dit que c’est comme qui dirait, “ un retour aux sources ”. Un jour, plus de Omar-pot-de-colle. Samira dit : enfin on respire. Une semaine plus tard, ring, Allô, Omar?
- Nafissa, écoute je t’appelle pour te dire au revoir. Je suis à la préfecture mais je vais bientôt aller à l’aéroport… Enfin je vais en Algérie... Non ce n’est pas trop pour les papiers. Enfin si, indirectement… je suis expulsé... Non, non je suis français, Nafissa je t’assure mais j’ai pas mes papiers. Enfin, comment dire, c’est dans le cadre de la double peine, c’est un problème administratif. Je t’expliquerai. Je suis né ici, mais le temps de réunir tous les papiers pour prouver que je suis français, ça va prendre quoi ? Deux mois. T’inquiète pas ? j’assure...C’est des conneries ça, Nafissa, j’avais quoi ? 20 ans. Je t’expliquerai, mais dis surtout à Samira que les choses n’ont pas changé pour moi. Je règle cette histoire et je reviens. Et dis lui que si je ne reviens pas, qu’elle vienne au bled. Je l’attendrai, tu comprends, on se mariera là-bas, C’est pas grave. Je l’aime moi, dis lui que je l’attendrai... Matune…C’est qui Matune…ah, ta tune…
Nafissa, Il faut que je raccroche. Dis lui que je l’aime et que je l’attends en Algérie. ”

EXTRAIT

Samira :
Véronique. Je la trouve très classe.
Pendant que je fais la toilette de Marie-louise, Véronique vient se regarder dans la glace. Elle se trouve pas trop mal pour son âge : 48 ans ; même si elle pense refaire un régime. Elle a repris… depuis son dernier régime, du temps où un confrère lui faisait des avances. Quel homme ! Beau, grand, distingué ! Il ressemblait beaucoup à son papa :Dady! C’est ainsi qu’elle l’appelait car il était américain. Deux mois de yaourt au bifidus actif O% MG et de soupes en sachets, elle acquis une silhouette de rêve. Déception ! L’homme était marié. Elle se lâcha. Ses yaourts n’étaient plus sans matière grasse. Elle rajouta du poulet et des biscuits diététiques dans son régime. Véronique aime aussi, beaucoup les pommes. Elle est Chiraquienne ; contrairement à Pauline qui, elle, n’aime pas Chirac. Ni les gros Ni les arabes. Ni les noirs. Ni les plombiers, les concierges, les juifs, les handicapés, les chinois. Elle ne les trouve pas beaux. A part ça, elle est toujours souriante. Elle n’aime pas les pommes non plus : trop dures à mâcher... Enfin, elle n’aime que les aliments liquides et les toutes petites pilules blanches à base de Valium... ainsi que son travail. Pauline m’impressionne elle ne s’arrête jamais de travailler.
La dernière fois, c’était la panique à bord. Véronique avait très mal à la tête. Elle avale un Doliprane; mais il ne passe pas, il reste coincé là, juste là. Elle a beau boire de l’eau, il ne passe pas. Elle suffoque et court dans tous les sens. Pauline reste là. De marbre, comme si elle assistait à un spectacle affligeant mais qui ne la concernait pas. Véronique supplie Pauline d’appeler le Samu, mais l’autre ne bouge pas d’un pouce.
J’aurais juré que Pauline n’aimait pas non plus sa sœur.
Je me précipite vers le téléphone, je compose le numéro. C’est alors que Pauline prend le combiné et avec une pointe de moquerie mais très calmement : Allô, venez vite. Ma sœur est en train de mourir. Elle s’étouffe. Oui ? Elle a avalé un Doliprane. (Vers Véronique) Arrête de sauter comme ça, tu vas déranger les voisins !
Arrivée à l’hôpital, l’équipe soignante essaie tout : acupuncture, pressions sur le plexus…. Rien… n’y fait. Au bout de 2 h le comprimé est passé comme ça, tout seul.
Depuis, Véronique elle aussi, ne mange plus du tout d’aliments solides.
Il faut voir le bon côté des choses. Elle a perdu 3 kilos et se sent légère. La maison a l’air de baigner dans la sérénité. Même la mère a l’air très détendue. Marie-louise, Véronique et Pauline liées par les liens sacrés de l’aliment.