Le metteur

en scène

 

J’ai rencontré Nadia Kaci à Alger sur le tournage de “ Viva L’Aldjérie ”, film de Nadir Moknèche. Pour la première fois depuis des années, le tournage d’un long métrage se déroulait dans Alger. Nous ressentions très physiquement l'exaltante vitalité d’une jeunesse exprimant la volonté de se construire un avenir, quelqu’en soient les moyens.
Il est apparu à Nadia la nécéssité d’écrire un texte qui nous dévoile le mal de vivre de cette jeunesse qui quitte le pays. Le sujet s’est enrichi du choix de la protagoniste : Samira, une jeune femme, qui ajoute au handicap d’être jeune celui d’être femme.
La France est pour elle une étape vers Londres où l’attend son fiancé. L’étape se prolonge, l’élan se brise, et sa tante, qu’elle envahit, doit lui trouver un travail au service d’une vieille femme diminuée, dans le 16ème arrondissement de Paris.
Avec ces mots très simples, venus tout droit de sa propre expérience, avec l’humour et la dérision que les algériens ont sur eux même, Nadia parle de ce voyage interrompu, de la mémoire de la jeune femme qui fait mal, de la mémoire de la vieille femme qui déraille. Au milieu de cet univers lourd pétille la légèreté du petit compagnon Peter, le chien sans souci de la maison.
La scénographie prend le parti de la légèreté et de l’évocation. Des images originales, des objets au service du jeu, sont proposés en contrepoint du récit pour en révéler les saveurs et les couleurs, pour en libérer l’émotion sans s’enfermer dans des clichés.
Le jeu n’utilise pas le biais de l’illustration mais trouve un mode de représentation du texte qui en démultiplie toute la poésie l’humour et la cruauté.


Nicolas DELETOILLE